L’aménagement des jardins de l’abbaye de Fontfroide par Gustave Fayet commence vers 1908, date de l’achat de la propriété et se prolonge jusque vers 1920. Il témoigne d’une reconstruction paysagère qui tient compte du passé de l’abbaye et de son évolution depuis le Moyen Âge jusqu’à son abandon à la Révolution. L’artiste-collectionneur non seulement restitue avec liberté ce qu’il imagine avoir été son cadre naturel cohérent, mais aussi poursuit sa mutation en parc ou jardin d’agrément pour des propriétaires aisés, initiée dès la fin du XVIe siècle. D’une part, il fait intégrer dans les maçonneries plusieurs fragments sculptés, d’autre part il donne libre cours à son goût pour une nature où végétal et pierre, plantes et sculptures se mêlent. Le nombre de ces éléments rapportés, en pierre ou terre cuite, est important de même que leur taille, qui peut aller jusqu’à l’imposant, est fort variable. Leur provenance aussi est diverse : si certains sont achetés, d’autres sont récupérés et déplacés d’autres propriétés familiales.
Les plus anciens sont médiévaux, comme la Vierge à l’Enfant et la sainte Trinité, inclus dans la maçonnerie du chenil, et que les intempéries depuis un siècle ont dégradés.
Dans les jardins, nombre d’œuvres sont d’époque moderne, des XVIIe et XVIIIe siècles, comme la paire de lions en terre cuite (IM11004200), installée devant le portique qui ferme la cour d’honneur de même que la plupart des pots à feu en terre cuite vernissée ou les statues d’Hercule (IM11004833), saint Laurent (IM11004836) et saint Nicolas (IM11004837). D’autres sont plus récentes encore, le plus souvent datables de la seconde moitié du XIXe siècle, comme le Char d’apollon (IM11004151), attribué à l’atelier parisien d’Étienne et Louis Gossin . La statue de l’Automne (IM11004835) en terre cuite, produite par le même atelier figure sur son catalogue de "sujets pour la décoration des bâtiments, parcs et jardins, objets religieux pour les églises", édité en 1860. Bon nombre de vases décoratifs, de fontaines ou de mascarons datent de cette époque.
En revanche, il est plus difficile de dater les éléments lapidaires qui ont permis de créer les 16 bancs recensés. Non seulement, les pièces sont hétérogènes mais il est envisageable que ces éléments aient été déplacés au fil du temps.
Contemporains sont la statue de saint Fiacre, datée de 2004, que la communauté bénédictine de Gaussan (Hautes-Pyrénées) à Fontfroide, et évidemment les grilles en fer forgé (IM11002373), puisqu’elles ont été réalisées par le ferronnier Trouilhet à partir de dessins de l’artiste.
La documentation que l’on possède sur la provenance des œuvres destinées à agrémenter les jardins est incomplète. Si l’origine des statues des Vertus (IM1100420) ou celle de Neptune (IM11004839), rapportées du Jardin Notre-Dame (préciser), ne fait aucun doute, celle d’Hercule (IM11004833) ou d’Euterpe (IM11004864) est moins sûre. Les autres œuvres sont acquises par Fayet, comme la croix monumentale, installée dans la roseraie (IM11004192), la paire de sphinges, ou le heaume d’armure à plumes (IM11004872), acheté à Paris en 1909, chez l’antiquaire parisien Heilbronner ou Vénus au sortir du bain (IM11004832), copie d’une œuvre de Christophe-Gabriel Allegrain, présentée au Salon de 1767 (n° 187).
En effet, pour Gustave Fayet, par ailleurs collectionneur averti, l’intérêt d’une œuvre ne dépend pas de son authenticité ni de sa valeur, mais du rôle qu’elle doit jouer dans la création de ses espaces voués au bien-être : peu importe qu’elle soit copie ou originale. Les œuvres installées dans les jardins se caractérisent par la richesse des matériaux : pierre calcaire, marbre, grès, métal, céramique et par la diversité de leurs techniques (décor en relief ou en creux, polychromie, éléments vernissés). Elles révèlent le soin de Fayet de mêler à la beauté de la nature celle de l’art. Cependant, leur rôle n’étant que d’accroître le charme de la végétation, elles sont le plus souvent de taille modeste, parfois à découvrir à l’improviste, à l’exception du bassin de Neptune, pendant du Char d’Apollon situé en contrebas, à l’entrée de l’abbaye.
Malgré leur rôle ornemental évident, on peut considérer qu’elles révèlent le caractère profond de Fayet, sensible au symbolisme, en quête d’une harmonie entre les principes masculins et féminins, qui doivent s’enrichir sans s’opposer ni se nier : « Le bonheur le plus précieux pour un homme de cœur sera toujours de penser au moment de rendre ses comptes à Dieu qu’il a fait pendant sa vie le bonheur d’une femme », a-t-il écrit dans son carnet personnel un an avant sa mort. Ainsi Apollon sur son char à l’entrée de l’abbaye, est-il assisté par Diane. On peut aussi interpréter comme une symbolique du yin et yang l’association des contraires dans la roseraie : l’horizontalité des parterres et la verticalité des cyprès, le cercle du bassin et les allées rectilignes qui se coupent. Masculin et féminin se trouvent aussi à égalité et aucun privilège n’est accordé à l’un ou l’autre sexe lorsque deux fontaines sont surmontées l’une de Venus sortant du bain (IM11004832), et l’autre de Triton (IM11004834).
Il n’est que logique que Fayet ait accordé une place essentielle au thème de l’eau, élément vital, pour l’associer au végétal et minéral, et qui est un symbole féminin puissant. Elle coule par des fontaines aménagées en divers lieux des jardins. Deux, qui se confondent en partie avec la muraille, sont faites d’une vasque distincte de la bouche d’où jaillit ce symbole de vie. Le mascaron de l’une, inséré dans le muret de la terrasse est un visage joufflu coiffé d’une corbeille de fruits ; il semble arroser un angelot entre deux oiseaux qui s’envolent. La vasque de l’autre, ornée de feuilles de pampre, reçoit l’eau que crache un masque noir inquiétant, au centre d’un ensemble de carreaux en céramique portant un décor en relief privilégiant des divinités tutélaires telles que lares ou chérubins. Deux autres bas-reliefs ont été transformés en fontaines : deux putti au sexe à peine caché, une main sur la poitrine et l’autre désignant l’embouchure d’où l’eau coulait.
Plusieurs éléments sont dans un état de conservation préoccupant. Cependant le travail insidieux du temps avec ses lichens, mutilations, érosions ou altérations, a aussi apporté sa contribution de charme romantique à l’univers poétique voulu par Gustave Fayet.
Chercheur partenaire de 2002 à 2008
Chercheur à l'Inventaire général depuis 2008