Pour mener à bien son projet de restauration de l’abbaye de Fontfroide, en accord avec son architecte Winckler et celui des Monuments historiques, Nodet, Fayet a fait confiance à des entreprises régionales : en maçonnerie Pierre Vassal, en menuiserie un certain Molinier avec son ouvrier Célestin, et plus particulièrement à Jean Trouilhet, artisan biterrois, chargé d’un considérable travail de ferronnerie à Fontfroide.
On trouve dans les carnets de Fayet le dessin d'un projet de grille dès le 17 février 1909, année où démarre la collaboration entre les deux hommes, un an après l'acquisition de l'abbaye par Fayet, qui confie à Trouilhet la réalisation de plusieurs ouvrages dont la porte du cimetière, pour laquelle il règle 800 francs (Carnets Fayet, 1o et 11 janvier 1910) et commande les premiers châssis des vitraux (Carnets Fayet, 16 novembre 1910). Les carnets font mention de l'artisan pour le remplacement de vieilles serrures dès le 7 septembre 1909, puis en 1911, pour la réalisation de serrures et la réalisation de portes (Carnets Fayet, 18 avril et 24 mai 1911). Il intervient encore en 1912 pour les chaînes du clocher (Carnets Fayet, 5 septembre 1912) mais quelques mois auparavant, Fayet lui demande de prendre les mesures des fenêtres du double escalier et de la salle de musique en attendant les dessins de Burgsthal. (Carnets Fayet, 6 mai 1912).
En septembre 1913, Fayet lui fait réaliser "[le] grillage [des] fenêtres romantiques et [la] mesure (des) grillages des vitraux ». L’année suivante, le ferronnier fait les modifications nécessaires à la grande grille aux pampres, achetée en 1908 au marchand d'art Raoul Heilbronner pour 1.200 francs (Carnets Fayet, 5 et 11 juillet 1908), afin d’en faire un portail adapté à l’entrée du réfectoire des convers. Il s’inspire de ses motifs pour réaliser une autre grille fermant la porte donnant sur l’aile dite « Louis XIV, pose des ferrures sur différentes autres portes de l’abbaye (Carnets Fayet, 3 avril 1916, 4, 8 janvier, 15 mars et 31 août 1917), « Pour ce faire, il collabore avec Molinier, menuisier à Béziers, et ensemble ils leur donnent un aspect médiéval. ».
En 1918, il forge différents portillons, la plupart dessinés par le propriétaire en personne, pour les jardins (Carnets Fayet, 29 avril 1918). Au 16 mai 1918, Fayet note qu’il lui doit lui « faire changer le placard de la chambre forte ». Le ferronnier fixe ou modifie plusieurs éléments. Fayet reste imprécis le 3 septembre 1918 sur le rôle qui lui confie en ce qui concerne « la cloche », qui pourrait être celle de la cour dite "Louis XIV". Le 1er octobre suivant, il reçoit de l’artisan les plans du portillon qui ferme le jardin du Portioncule.
Jean Trouilhet a forgé l’ensemble de la partie aérienne qui s’élève au-dessus du puits carré de la cour « Louis XIV » ainsi que celle de l’autre, seulement ornemental et circulaire, placé au centre du préau du cloître sur une margelle du maçon Vassal. Il a probablement remployé le "puits en fer forgé, acheté pour 800 francs, le 14 janvier 1909 par Fayet chez Heilbronner (Carnets Fayet).
Il a aussi collaboré avec Richard Burgsthal dans son travail de maître verrier : c’est très probablement lui qui a créé la porte monumentale à deux battants, dite « aux étoiles de mer » qui se trouve sous le grand escalier et donne sur la cour où se trouve la chapelle « des étrangers ». Il a bien souvent concrétisé des dessins et croquis que Fayet avait esquissé dans ses carnets et qui sont conservés dans les archives familiales (Carnets Fayet, 12 septembre 1917).
Quand le temps lui était compté, Trouilhet s’est tourné vers la facilité pour réaliser les nombreuses clôtures dans les jardins et utilisé des cerceaux récupérés sur des tonneaux pour maintenir les douelles. Beaucoup ont été vraisemblablement fournis par Fayet, lui-même, dont les propriétés viticoles ne manquaient pas.
Chercheur partenaire de 2002 à 2008
Chercheur à l'Inventaire général depuis 2008