A partir de 1912, Richard Burgsthal, répondant à une commande de Gustave Fayet, réalisa pour l’ancien réfectoire des moines, appelé le Grand Parloir, un décor composé de cinq triptyques et d’un tondo pour remplacer les peintures disparues à la Révolution, qui se trouvaient à l'intérieur des cadres en bois et staff du 18e siècle.
En effet, un premier décor, daté du 18e siècle, avait été installé dans le réfectoire avec pour thématique des scènes de repas réalisées par Jacques Gamelin. Celui-ci les démantela, le 21 brumaire 1799, alors qu'il était professeur à l'Ecole centrale de l'Aude et chargé de l'organisation du Muséum du département, le décor fut dispersé : Gamelin estima que seul le tableau représentant les Noces de Cana (IM11002813) devait avoir sa place au Muséum, les autres étant conservés à l'Hôtel-Dieu de Narbonne (IM11001326).
Dans ses carnets, le 25 juillet 1913, Gustave Fayet fait un croquis des cadres qui recevront le nouveau décor. Abandonnant la thématique du repas, les thèmes choisis par Richard Burgsthal s’inspirent de sujets légendaires ou mythologiques et démontrent l'admiration que Fayet partageait avec Burgsthal pour l'oeuvre de Richard Wagner, compositeur germanique alors en vogue dans certains milieux culturels et mondains d'Europe, et qui a traité le thème de l'amour, qu'il soit fatal ou rédempteur, divin ou charnel.
Pour indiquer le lien thématique qui unit les toiles, l'une d'elles porte le titre d'un recueil de nouvelles de Villiers de Lisle-Adam, L'Amour suprême. En réalité Burgsthal n'en illustre que la dernière nouvelle, intitulée Akédysséril, nom de la reine hindoue, qui découvre dans le temple de Shiva un jeune couple figé dans la mort. Dans l'opéra de Wagner Tristan et Isolde sont eux aussi unis dans la mort. Sémiramis, reine de Babylone empoisonne son époux et tombe amoureuse de son propre fils, de même que Phèdre, sous le charme de son beau-fils Hippolyte ne supporte pas son amour pour Aricie. Armide est la magicienne musulmane séductrice séduite elle-même, de même que Kundry tente en vain de séduire Parsifal dans cet autre opéra de Wagner tiré d'une légende médiévale celtique.
La disposition des toiles atteste la conception globale du programme voulue par l'artiste et son commanditaire : les couleurs lumineuses du triptyque ouest (jaune or et bleu azur) correspondent à l'enchantement féérique et sensuel de l'amour. Ces couleurs s'estompent et deviennent pastel sur le mur opposé où est figurée une vision mélancolique de l'amour qui ne peut se réaliser que dans la mort.
Le cadre d'Akëdysséril a fait l'objet d'une restauration en 2015 par Valérie Bazillier.
Chercheur partenaire de 2002 à 2008
Chercheur à l'Inventaire général depuis 2008