Dossier d’œuvre architecture IA31006506 | Réalisé par
  • patrimoine industriel, patrimoine industriel et paysager des papeteries de Haute-Garonne
Anciens moulins à farine, à scie, à foulon et à papier, ancienne usine à papier de la société Lacroix, actuellement hangars et théâtre - Mazères-Sud
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Conseil départemental de la Haute-Garonne
  • (c) Inventaire général Région Occitanie

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Haute-Garonne
  • Hydrographies Salat
  • Commune Mazères-sur-Salat
  • Adresse rue des Papetiers , rue du Stade
  • Cadastre 2025 AE 247, 249, 307  ; 1825 B 28, 29, 30
  • Dénominations
    moulin à farine, moulin à foulon, moulin à papier, usine à papier, théâtre, hangar
  • Précision dénomination
    Le théâtre s'appelle aujourd'hui "l'usineuse"
  • Autres parties constituantes
    maison

Une friche industrielle est située au sud du village de Mazères-sur-Salat. Elle conserve plusieurs bâtiments de l'ancienne papeterie Lacroix (Riz-Lacroix), dont certains ont été détruits tandis que d'autres ont fait l'objet de reconversions. C'est notamment le cas du théâtre L'Usineuse et des hangars qui le prolongent. Ces trois édifices occupent l'emplacement d'anciens moulins à farine et à papier établis dès le 17e siècle.

Les moulins du XVIIe siècle

Plusieurs copies de titres anciens conservées dans les archives attestent la présence de moulins au sud du village de Mazères dès la fin du 17e siècle. Le 30 mai 1690, une ordonnance du chapitre provincial de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem autorise Jacques Despagne (ou Dispagne, selon les sources) à prendre les eaux du Salat afin d'alimenter quatre établissements hydrauliques (AD 31, 3 S 64. Copie de l'ordonnance, 30 mai 1690). Cet ensemble comprend alors une papeterie, une scierie à bois et à pierre, un martinet destiné au travail du fer et du cuivre ainsi qu'une machine à friser les étoffes.

Quelques années plus tard, en 1700, Laurent Despagne est tenu d'effectuer des réparations sur la digue située en amont de ces installations hydrauliques (AD 31, 3 S 64. Copie de l'ordonnance du grand maître des Eaux et Forêts, 12 février 1700). Ces documents témoignent de l'ancienneté de l'exploitation de la force motrice du Salat dans ce secteur et de l'existence précoce d'un ensemble proto-industriel à l'origine du développement papetier de Mazères-sur-Salat.

Une friche industrielle est présente au sud du village de Mazères-sur-Salat. Elle comprend plusieurs anciens bâtiments de la papeterie Lacroix (Riz-Lacroix), dont certains ont été détruits ou convertis pour d'autres usages. C'est le cas du théâtre "l'usineuse" et des hangars qui se trouvent dans son prolongement. Ces trois bâtiments sont sis sur l'emplacement originel de deux anciens moulins - à farine et à papier - du 17e siècle.

L'évolution de la papeterie au 19e siècle

Peu de temps après la Révolution française, Jean de Lorde (ou Delorde) est propriétaire de la papeterie de Mazères-Sud (AD 31, 1 L 644. Copie de la lettre de Jean de Lorde demandant d'engager des prisonniers espagnols pour sa papeterie, 10 messidor an III [28 juin 1795] ; AD 31, 1 L 644. Recensement des papeteries et des cartonneries du département de la Haute-Garonne, 25 vendémiaire an V [16 octobre 1796]). Par la suite, l'exploitation de la papeterie est assurée par son fils Henri. Dans un document daté de 1830, celui-ci précise que « les martinets et les scies [sont] abandonnés à cause du manque d'eau[.] La machine à fri[s]er est aujourd'hui une foulerie » (AD 31, 3 S 64. Observations et titres fournis par Henri de Lorde, 10 janvier 1830). Bien que la papeterie ne soit pas mentionnée dans ce document, elle est toujours en activité. En 1838, un arrêté préfectoral confirme la jouissance de la papeterie, du moulin à farine, de la scierie de bois et du foulon par Henri de Lorde (AD 31, 3 S 64. Arrêté préfectoral confirmant la jouissance des moulins du sieur Henri de Lorde, 4 mai 1838, Toulouse).

Dans le même temps, Henri de Lorde épouse en 1823 Catherine Joséphe Court (AD 31, 2 E 4321. Acte de mariage, 27 mai 1823 ; elle est également appelée Joséphine). Celle-ci appartient à une famille de papetiers puisque son père, Germain Court, est propriétaire de la papeterie de Mazères-Nord (AD 31, 3 S 64. 1793). Catherine Court hérite de cet établissement mais le cède à sa sœur. Cette dernière poursuit l'exploitation du moulin à papier avec l'aide de son mari, Augustin Janole. Leur grand-père, Louis Court, et leur arrière-grand-père, Jean Court, ont exercé la profession de maître papetier à la papeterie Despagne, devenue ensuite papeterie de Lorde (AD 31, 3 E 26075. Contrat d'apprentissage au métier de papetier entre Jean Court et Hilaire Mourlun, 8 septembre 1743, Me Despagne).

Par la suite, les sources ne mentionnent plus la scierie, le foulon ni le moulin à farine. En revanche, la papeterie poursuit son activité de fabrication de papiers et de journaux. Dans la seconde moitié du 19e siècle, l'établissement appartient à Vincent Barthier puis à ses fils, Adrien et Joseph (AD 31, 134 J 346. Acte de partage de la succession Vincent Barthier, 9 décembre 1866). En 1869, Adrien Barthier fonde la société A. Barthier et Cie (AD 31, 6 U 2 361. Actes de prolongement de la société, 1878). Celle-ci exploite les papeteries de Mazères-Sud et de Saint-Martory, aujourd'hui connue sous le nom d'usine Barthier. En 1881, la société prend le nom de « Papeteries du Sud-Ouest » (AD 31, 6 U 2 361. Acte modifiant la société A. Barthier et Cie, 9 mai 1881, Mazères-sur-Salat). À cette époque, le site comprend les ateliers de fabrication du papier, des locaux destinés à la préparation des pâtes, une chaufferie, un atelier de forge, un magasin à chiffons ainsi que des bureaux.

Toutefois, l'entreprise fait faillite en 1884. Le 23 juillet 1885, l'établissement est acquis par l'industriel toulousain Bernard Maleplate. Quelques semaines plus tard, celui-ci sollicite l'autorisation de rehausser temporairement le barrage alimentant la papeterie (AD 31, 3 S 142. Pétition de Bernard Maleplate pour la construction temporaire d'un barrage, 29 août 1885). Dès le mois de septembre, il conclut un bail avec le fabricant de papiers Léonide Lacroix (AD 31, 134 J 94. Bail de la papeterie de Mazères par Bernard Maleplate en faveur de Léonide Lacroix, 1er septembre 1885). Ce dernier est déjà propriétaire des papeteries de Mazères-Nord et de Cassagne. Contrairement à ses prédécesseurs, il s'est spécialisé dans la fabrication de papiers minces, notamment le papier à cigarettes. Celui-ci est produit dans les usines du Comminges avant d'être façonné dans les ateliers d'Angoulême puis commercialisé sur les marchés nationaux et internationaux.

La société L. Lacroix fils maintient cette activité jusqu'à la fin des années 1990. Toutefois, les bâtiments qui abritaient à l'origine les machines à papier sont progressivement réaffectés à d'autres usages. Par exemple, à partir des années 1950, dans un contexte de crise de l'industrie papetière consécutive à la Seconde Guerre mondiale, l'entreprise est contrainte de réduire ses effectifs et d'arrêter les machines à papier n° 5 et n° 6 de Mazères-Sud. Les locaux concernés sont alors transformés en ateliers. Ainsi, l'ancien bâtiment de la machine n° 5 est reconverti en atelier de menuiserie.

Mazères-Sud au début des années 2000

Après la fermeture définitive du site de Mazères-Sud au début des années 2000, la société Riz Lacroix procède à la démolition d'une partie des bâtiments attenants à la papeterie. Les sources permettent d'identifier plusieurs édifices disparus, parmi lesquels les magasins à chiffons, à pâte et à papier, les salles d'égouttage, les salles des piles effileuses, raffineuses et blanchisseuses, le dépôt de pâtes, les lessiveurs, la salle des chaudières ainsi que l'ancienne cheminée destinée à la fabrication du bisulfite (AD 31, 134 J 142. Police d'assurance des bâtiments, 1943).

Les bâtiments conservés sont cédés à la commune pour un euro symbolique au début des années 2000. Depuis lors, la municipalité s'attache à favoriser leur réoccupation en les louant ou en les vendant à des particuliers, des associations ou des entreprises, afin de prévenir leur dégradation.

Ainsi, l'ancienne menuiserie a été divisée en deux ensembles. Le premier est aujourd'hui occupé par le théâtre L'Usineuse, qui développe une programmation culturelle à l'échelle de la commune. Le second comprend deux corps de bâtiments dont l'un est mis à disposition d'une association pour l'organisation de vide-hangars, tandis que l'autre a accueilli un boulodrome couvert. La municipalité envisage aujourd'hui de requalifier ces espaces afin d'en faire un lieu de convivialité et d'animation pour les habitants.

  • Période(s)
    • Principale : 19e siècle, 20e siècle

Le théâtre et les hangars correspondent à quatre corps de bâtiments distincts. Tous s'élèvent sur un niveau et sont couverts de toitures à deux pans.

Le théâtre est accessible depuis la rue du Stade par deux portes à deux vantaux surmontées d'impostes vitrées. Un second accès est aménagé sur la façade ouest par l'intermédiaire d'un portail en fer forgé. L'édifice constituant une propriété privée, son ouverture au public est limitée aux manifestations culturelles organisées avec l'accord des propriétaires.

La façade ouest, donnant sur la rue des Papetiers, est percée de deux fenêtres en plein cintre. Le pignon est surmonté d'un fronton percé de trois oculus aujourd'hui aveugles. La façade est présente également deux fenêtres en plein cintre. La façade nord est composée de cinq ouvertures : les deux portes mentionnées précédemment et trois fenêtres en plein cintre. Les encadrements des ouvertures sont soulignés par un enduit blanc contrastant avec l'enduit jaune clair qui recouvre les élévations. Les murs sont construits en maçonnerie de pierre et de brique et sont couverts d'un toit en tuiles. Le pignon d'un ancien édifice demeure visible au niveau de la toiture, côté est.

À l'est du théâtre se trouve un premier hangar auquel il est contigu. Sa façade nord est percée de sept fenêtres en plein cintre de mêmes dimensions ainsi que d'une porte d'accès fermée par un volet roulant et surmontée d'une imposte vitrée. La façade sud présente trois fenêtres en plein cintre et une porte à deux vantaux fermée par un volet en bois. Cette entrée est surmontée d'une imposte aujourd'hui obturée, dont le remplissage est réalisé en brique jointoyée au ciment. À droite de cette ouverture, une fenêtre a été condamnée par un remplissage en parpaings. Le reste de la façade conserve les traces en négatif des bâtiments autrefois accolés et aujourd'hui détruits, ce qui en complique la lecture. Les murs sont construits en pierre et en brique. La couverture en bac acier est équipée de panneaux photovoltaïques.

Le dernier hangar, situé en bordure du Salat, a fait l'objet d'importantes transformations ayant entraîné une réduction de son emprise initiale. Il se compose aujourd'hui de deux corps de bâtiments communicants. L'accès s'effectue uniquement par la façade sud, dépourvue de tout décor et d'autres ouvertures. Cette élévation est construite en parpaings recouverts d'un enduit au ciment. Les extrémités de la charpente en bois demeurent visibles dans la partie supérieure de la façade.

À l'intérieur, la structure est constituée de bois et de métal. Les parois sont partiellement lambrissées de bois. La façade est est percée de trois fenêtres en plein cintre, tandis que la façade nord n'en compte que deux.

  • Murs
    • calcaire moellon enduit
    • brique moellon enduit
  • Toits
    tuile, acier en couverture
  • Couvrements
    • charpente mixte apparente
    • lambris de couvrement
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune, Les deux hangars appartiennent à la municipalité (parcelle 247, section AE, 2025).
    propriété privée, Le théâtre appartient à des propriétaires privées (parcelle 307, section AE, 2025).

Documents d'archives

  • AD 31, 3 S 64. Copie de l'ordonnance de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem relatif à la prise d'eau du Salat pour alimenter les moulins de Jacques Despagne, 30 mai 1690.

    AD Haute-Garonne : 3 S 64
  • AD 31, 3 S 64. Copie de l'ordonnance du grand maître des eaux et forêts de la Guyenne autorisant Laurent Despagne de conduire des travaux sur la digue qui alimente ses moulins à Mazères-sur-Salat, 12 février 1700.

    AD Haute-Garonne : 3 S 64
  • AD 31, 3E 26075. Contrat d’apprentissage au métier de papetier entre Jean Court et Hilaire Mourlun, 8 septembre 1743, Me Despagne.

    AD Haute-Garonne : 3E 26075
  • AD 31, 3 S 64. Copie de la vente faite entre l’État et Germain Court le 19 avril 1793.

  • AD 31, 1 L 644. Copie de la lettre envoyée par le citoyen Lorde, fabricant de papier à Mazères [-sur-Salat], au procureur général syndic du département de la Haute-Garonne, lui demandant la possibilité d’utiliser des prisonniers de guerre espagnols dans son entreprise,10 messidor an III, (28 juin 1795).

    AD Haute-Garonne : 1 L 644
  • AD 31, 1 L 644. Instructions adressées par le ministre de l’Intérieur au commissaire du directoire exécutif près l’administration centrale de la Haute-Garonne, afin de recenser les papeteries et les cartonneries du département et leur production, 25 vendémiaire an V, (16 octobre 1796)).

    AD Haute-Garonne : 1 L 644
  • AD 31, 2 E 4321. Acte de mariage entre Henri de Lorde et Catherine Court, 27 mai 1823, Mazères-sur-Salat.

    AD Haute-Garonne : 2 E 4321
  • AD 31, 3 S 64. Observations et titres fournit par Henri de Lorde, 10 janvier 1830.

    AD Haute-Garonne : 3 S 64
  • AD 31, 3 S 64. Plan du Salat relatif à la jouissance des moulins du sieur de Lorde, 6 septembre 1837.

    AD Haute-Garonne : 3 S 64
  • AD 31, 3 S 64. Arrêté préfectoral confirmant la la jouissance des moulins du sieur Henri de Lorde, 4 mai 1838, Toulouse.

    AD Haute-Garonne : 3 S 64
  • AD 31, 134 J 346. Acte de partage de la succession Vincent Barthier, 9 décembre 1866, Mazères-sur-Salat.

    AD Haute-Garonne : 134 J 346
  • AD 31, 6 U 2 361. Actes de prolongement de la société A. Barthier et Cie, 21 novembre et 30 décembre 1878.

    AD Haute-Garonne : 6 U 2 361
  • AD 31, 6 U 2 361. Acte modifiant la société A. Barthier et Cie, 9 mai 1881, Mazères-sur-Salat.

    AD Haute-Garonne : 6 U 2 361
  • AD 31, 3 S 142. Pétition de Bernard Maleplate pour la construction temporaire d'un barrage, 29 août 1885.

    AD Haute-Garonne : 3 S 142
  • AD 31, 134 J 94. Bail de la papeterie de Mazères par Bernard Maleplate en faveur de Léonide Lacroix, 1er septembre 1885.

    AD Haute-Garonne : 134 J 94
  • AD 31, 134 J 388-5. Salle des machines à papier de Mazères-Sud, vue intérieure, [1890-1920].

    AD Haute-Garonne : 134 J 388-5
  • AD 31, 134 J 477. Papeterie de Mazères-Sud, vue nord-est depuis le pont du village, [1931-1940].

    AD Haute-Garonne : 134 J 477

Documents figurés

  • AD 31, 3 P 3248. Extrait du plan cadastral dit napoléonien de Mazères-sur-Salat de 1825, section B (la Lalaque), 1ere feuille, 1825.

    AD Haute-Garonne : 3 P 3248
Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2026
(c) Conseil départemental de la Haute-Garonne
(c) Inventaire général Région Occitanie