Une friche industrielle est située au sud du village de Mazères-sur-Salat. Elle conserve plusieurs bâtiments de l'ancienne papeterie Lacroix (Riz-Lacroix), dont certains ont été détruits tandis que d'autres ont fait l'objet de reconversions. C'est notamment le cas du théâtre L'Usineuse et des hangars qui le prolongent. Ces trois édifices occupent l'emplacement d'anciens moulins à farine et à papier établis dès le 17e siècle.
Les moulins du XVIIe siècle
Plusieurs copies de titres anciens conservées dans les archives attestent la présence de moulins au sud du village de Mazères dès la fin du 17e siècle. Le 30 mai 1690, une ordonnance du chapitre provincial de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem autorise Jacques Despagne (ou Dispagne, selon les sources) à prendre les eaux du Salat afin d'alimenter quatre établissements hydrauliques (AD 31, 3 S 64. Copie de l'ordonnance, 30 mai 1690). Cet ensemble comprend alors une papeterie, une scierie à bois et à pierre, un martinet destiné au travail du fer et du cuivre ainsi qu'une machine à friser les étoffes.
Quelques années plus tard, en 1700, Laurent Despagne est tenu d'effectuer des réparations sur la digue située en amont de ces installations hydrauliques (AD 31, 3 S 64. Copie de l'ordonnance du grand maître des Eaux et Forêts, 12 février 1700). Ces documents témoignent de l'ancienneté de l'exploitation de la force motrice du Salat dans ce secteur et de l'existence précoce d'un ensemble proto-industriel à l'origine du développement papetier de Mazères-sur-Salat.
Une friche industrielle est présente au sud du village de Mazères-sur-Salat. Elle comprend plusieurs anciens bâtiments de la papeterie Lacroix (Riz-Lacroix), dont certains ont été détruits ou convertis pour d'autres usages. C'est le cas du théâtre "l'usineuse" et des hangars qui se trouvent dans son prolongement. Ces trois bâtiments sont sis sur l'emplacement originel de deux anciens moulins - à farine et à papier - du 17e siècle.
L'évolution de la papeterie au 19e siècle
Peu de temps après la Révolution française, Jean de Lorde (ou Delorde) est propriétaire de la papeterie de Mazères-Sud (AD 31, 1 L 644. Copie de la lettre de Jean de Lorde demandant d'engager des prisonniers espagnols pour sa papeterie, 10 messidor an III [28 juin 1795] ; AD 31, 1 L 644. Recensement des papeteries et des cartonneries du département de la Haute-Garonne, 25 vendémiaire an V [16 octobre 1796]). Par la suite, l'exploitation de la papeterie est assurée par son fils Henri. Dans un document daté de 1830, celui-ci précise que « les martinets et les scies [sont] abandonnés à cause du manque d'eau[.] La machine à fri[s]er est aujourd'hui une foulerie » (AD 31, 3 S 64. Observations et titres fournis par Henri de Lorde, 10 janvier 1830). Bien que la papeterie ne soit pas mentionnée dans ce document, elle est toujours en activité. En 1838, un arrêté préfectoral confirme la jouissance de la papeterie, du moulin à farine, de la scierie de bois et du foulon par Henri de Lorde (AD 31, 3 S 64. Arrêté préfectoral confirmant la jouissance des moulins du sieur Henri de Lorde, 4 mai 1838, Toulouse).
Dans le même temps, Henri de Lorde épouse en 1823 Catherine Joséphe Court (AD 31, 2 E 4321. Acte de mariage, 27 mai 1823 ; elle est également appelée Joséphine). Celle-ci appartient à une famille de papetiers puisque son père, Germain Court, est propriétaire de la papeterie de Mazères-Nord (AD 31, 3 S 64. 1793). Catherine Court hérite de cet établissement mais le cède à sa sœur. Cette dernière poursuit l'exploitation du moulin à papier avec l'aide de son mari, Augustin Janole. Leur grand-père, Louis Court, et leur arrière-grand-père, Jean Court, ont exercé la profession de maître papetier à la papeterie Despagne, devenue ensuite papeterie de Lorde (AD 31, 3 E 26075. Contrat d'apprentissage au métier de papetier entre Jean Court et Hilaire Mourlun, 8 septembre 1743, Me Despagne).
Par la suite, les sources ne mentionnent plus la scierie, le foulon ni le moulin à farine. En revanche, la papeterie poursuit son activité de fabrication de papiers et de journaux. Dans la seconde moitié du 19e siècle, l'établissement appartient à Vincent Barthier puis à ses fils, Adrien et Joseph (AD 31, 134 J 346. Acte de partage de la succession Vincent Barthier, 9 décembre 1866). En 1869, Adrien Barthier fonde la société A. Barthier et Cie (AD 31, 6 U 2 361. Actes de prolongement de la société, 1878). Celle-ci exploite les papeteries de Mazères-Sud et de Saint-Martory, aujourd'hui connue sous le nom d'usine Barthier. En 1881, la société prend le nom de « Papeteries du Sud-Ouest » (AD 31, 6 U 2 361. Acte modifiant la société A. Barthier et Cie, 9 mai 1881, Mazères-sur-Salat). À cette époque, le site comprend les ateliers de fabrication du papier, des locaux destinés à la préparation des pâtes, une chaufferie, un atelier de forge, un magasin à chiffons ainsi que des bureaux.
Toutefois, l'entreprise fait faillite en 1884. Le 23 juillet 1885, l'établissement est acquis par l'industriel toulousain Bernard Maleplate. Quelques semaines plus tard, celui-ci sollicite l'autorisation de rehausser temporairement le barrage alimentant la papeterie (AD 31, 3 S 142. Pétition de Bernard Maleplate pour la construction temporaire d'un barrage, 29 août 1885). Dès le mois de septembre, il conclut un bail avec le fabricant de papiers Léonide Lacroix (AD 31, 134 J 94. Bail de la papeterie de Mazères par Bernard Maleplate en faveur de Léonide Lacroix, 1er septembre 1885). Ce dernier est déjà propriétaire des papeteries de Mazères-Nord et de Cassagne. Contrairement à ses prédécesseurs, il s'est spécialisé dans la fabrication de papiers minces, notamment le papier à cigarettes. Celui-ci est produit dans les usines du Comminges avant d'être façonné dans les ateliers d'Angoulême puis commercialisé sur les marchés nationaux et internationaux.
La société L. Lacroix fils maintient cette activité jusqu'à la fin des années 1990. Toutefois, les bâtiments qui abritaient à l'origine les machines à papier sont progressivement réaffectés à d'autres usages. Par exemple, à partir des années 1950, dans un contexte de crise de l'industrie papetière consécutive à la Seconde Guerre mondiale, l'entreprise est contrainte de réduire ses effectifs et d'arrêter les machines à papier n° 5 et n° 6 de Mazères-Sud. Les locaux concernés sont alors transformés en ateliers. Ainsi, l'ancien bâtiment de la machine n° 5 est reconverti en atelier de menuiserie.
Mazères-Sud au début des années 2000
Après la fermeture définitive du site de Mazères-Sud au début des années 2000, la société Riz Lacroix procède à la démolition d'une partie des bâtiments attenants à la papeterie. Les sources permettent d'identifier plusieurs édifices disparus, parmi lesquels les magasins à chiffons, à pâte et à papier, les salles d'égouttage, les salles des piles effileuses, raffineuses et blanchisseuses, le dépôt de pâtes, les lessiveurs, la salle des chaudières ainsi que l'ancienne cheminée destinée à la fabrication du bisulfite (AD 31, 134 J 142. Police d'assurance des bâtiments, 1943).
Les bâtiments conservés sont cédés à la commune pour un euro symbolique au début des années 2000. Depuis lors, la municipalité s'attache à favoriser leur réoccupation en les louant ou en les vendant à des particuliers, des associations ou des entreprises, afin de prévenir leur dégradation.
Ainsi, l'ancienne menuiserie a été divisée en deux ensembles. Le premier est aujourd'hui occupé par le théâtre L'Usineuse, qui développe une programmation culturelle à l'échelle de la commune. Le second comprend deux corps de bâtiments dont l'un est mis à disposition d'une association pour l'organisation de vide-hangars, tandis que l'autre a accueilli un boulodrome couvert. La municipalité envisage aujourd'hui de requalifier ces espaces afin d'en faire un lieu de convivialité et d'animation pour les habitants.