L'ancienne usine de fabrication de cahiers de papier à cigarettes de Mazères-sur-Salat appartient à un ensemble industriel plus vaste qui s'étendait au sud du village. Celui-ci constituait, avec les usines de Mazères-Nord, de Mazères-Sud et du Foulon à Saint-Martory, un important pôle de production de papier à cigarettes.
Au cours des années 1950 et 1960, la société L. Lacroix fils engage une nouvelle phase de développement de ses activités et décide de construire une usine destinée notamment au façonnage des cahiers de papier à cigarettes à Mazères-Sud. L'incendie des ateliers de façonnage d'Angoulême, survenu en mai 1962, contribue également au regroupement progressif des activités de la société dans le Comminges (AD 31, 134 J 9. Procès-verbal de l'assemblée générale ordinaire de la société Lacroix, 28 juin 1963 ; Dominique CAMBON, Une vie, une usine : Mauricette, façonneuse de cahiers de papier à cigarettes chez Lacroix à Angoulême, service régional de l'Inventaire Poitou-Charentes, Dailymotion, 2012).
Pour répondre à ces nouveaux besoins, six corps de bâtiments sont construits. À partir de 1963, les activités de production du papier et de façonnage des cahiers sont regroupées à Mazères-sur-Salat. Cette réorganisation favorise la création de nouveaux emplois sur le territoire (AD 31, 8658 W. Témoignages oraux autour des usines Riz-Lacroix, Mazères-sur-Salat). Plusieurs salariés des établissements d'Angoulême suivent alors l'entreprise dans le Comminges. Leur expérience contribue à la formation des nouvelles recrues, tant pour les gestes techniques que pour le fonctionnement des machines.
L'ensemble industriel comprenait des bureaux administratifs ainsi que plusieurs ateliers destinés au façonnage et à l'emballage des cahiers de papier à cigarettes. À proximité immédiate avait également été aménagé un bâtiment destiné à recevoir la machine à papier n° 9. Toutefois, cet équipement ne fut jamais mis en service.
Les femmes occupent une place importante au sein de la nouvelle unité de cahiers, souvent désignée sous l'acronyme NUC (Nouvelle Unité de Cahiers). Elle a été construite à proximité immédiate du Salat. Les ouvrières de la NUC assurent principalement la fabrication et l'emballage des cahiers de papier à cigarettes. D'après les témoignages oraux recueillis auprès d'anciens salariés, chaque caisse contenait 5 000 blocs de cahiers et une ouvrière devait en remplir quatre à cinq par poste de travail, selon des horaires organisés en équipes successives (5 h-13 h et 13 h-21 h) (AD 31, 8658 W. Témoignages oraux autour des usines Riz-Lacroix, Mazères-sur-Salat).
À la suite de plusieurs restructurations et licenciements économiques, la société n'est plus en mesure de maintenir durablement son activité à Mazères-sur-Salat à la fin des années 1990. L'usine ferme définitivement en 2002.
Dans le cadre de la cessation d'activité, la commune exige la remise en état et la dépollution des terrains industriels. L'entreprise procède alors à la démolition du bâtiment abritant les bureaux ainsi que de celui destiné à accueillir la machine à papier n° 9, modifiant une nouvelle fois le paysage industriel de Mazères-sur-Salat.
Quatre corps de bâtiments subsistent néanmoins aujourd'hui. Ils constituent les derniers témoins de l'architecture industrielle des années 1960 et de la dernière phase d'extension de l'usine de Mazères-Sud. Ces édifices sont désormais occupés par différents propriétaires privés, parmi lesquels figurent notamment l'entreprise 3M Purification et l'artiste François-Christophe Genolini, spécialisé dans le travail du béton.