Contexte et objectifs de l’opération d’inventaire
Entre 2023 et 2026, le Conseil départemental de la Haute-Garonne et le service régional de l’Inventaire d’Occitanie ont conclu une convention-cadre destinée à engager une opération d’étude et de connaissance du patrimoine industriel haut-garonnais. Cette démarche a permis de mettre en évidence la diversité des traces matérielles et immatérielles liées aux activités industrielles qui se sont développées sur le territoire départemental.
Si la Haute-Garonne conserve un patrimoine industriel relativement diversifié, celui-ci demeure encore inégalement documenté, identifié et valorisé. Les témoignages de cette histoire industrielle se caractérisent notamment par leur dispersion géographique, leur diversité fonctionnelle et la variété de leurs formes architecturales et paysagères. Comme le soulignent les principes de Dublin, « la grande diversité des sites du patrimoine industriel découle de leurs fonctions, de leurs formes et de leur évolution » (ICOMOS-TICCIH, Les principes de Dublin, 28 novembre 2011).
Au sein de cet ensemble, plusieurs sites présentent un intérêt patrimonial particulier en raison de leur ampleur, de leurs caractéristiques architecturales, de leur monumentalité ou encore de leur rôle dans l’histoire économique et sociale locale. Parmi ceux-ci figurent notamment l’ancienne entreprise de pâtes alimentaires Brusson à Villemur-sur-Tarn et les anciennes papeteries Lacroix à Mazères-sur-Salat.
Cette opération d’inventaire poursuit plusieurs objectifs complémentaires :
- recenser, identifier et caractériser le patrimoine industriel haut-garonnais, en vue notamment d’évaluer les possibilités de valorisation et, pour certains sites, de mise en tourisme ;
- approfondir la connaissance scientifique de l’aire d’étude, à partir d’une approche pluridisciplinaire mobilisant les dimensions historique, ethnographique, anthropologique, géo-historique, architecturale et paysagère. L’étude approfondie du site des anciennes papeteries Lacroix à Mazères-sur-Salat doit ainsi permettre d’élaborer une méthodologie susceptible d’être appliquée à quatre ou cinq autres sites industriels du département ;
- constituer un outil d’aide à la décision pour accompagner les projets de réhabilitation, de restauration ou de reconversion des anciens sites industriels, en prenant en compte leurs caractéristiques patrimoniales ;
- formuler des propositions de valorisation du patrimoine industriel matériel et immatériel susceptibles de contribuer à la connaissance et à l’appropriation de ces héritages, ainsi qu’au développement territorial.
Le choix du site des anciennes papeteries Lacroix
Dans le cadre de cette démarche, le choix s’est porté sur les anciennes papeteries Lacroix de Mazères-sur-Salat. Ce site présente en effet des conditions particulièrement favorables à la mise en œuvre d’une étude approfondie, notamment en raison de l’importance et de la diversité des sources documentaires disponibles.
Les Archives départementales de la Haute-Garonne conservent notamment le fonds de l’entreprise Lacroix. À ces sources s’ajoutent les campagnes de collecte consacrées à la mémoire ouvrière locale, réalisées entre 2019 et 2022. Ces différents fonds permettent de croiser les archives écrites avec les témoignages oraux et d’appréhender le site dans ses différentes dimensions : historique, économique, sociale, architecturale et paysagère.
Cette étude s’inscrit également dans le prolongement des travaux consacrés à l’histoire industrielle et papetière du territoire par l’historien Jean-Michel Minovez. Ses recherches ont notamment contribué à mettre en évidence l’importance de l’activité papetière du Couserans, en Ariège, et du Comminges, en Haute-Garonne.
La connaissance de ce patrimoine bénéficie par ailleurs d’un travail universitaire consacré au Patrimoine industriel et paysager des papeteries de la Haute-Garonne : de la construction historique à la valorisation. Cette recherche a permis d’approfondir l’analyse de l’histoire et des formes patrimoniales associées aux anciennes papeteries du département.
Le choix de la filière papetière comme objet d’étude apparaît ainsi particulièrement pertinent dans le cadre de cette opération d’inventaire. Il permet à la fois de s’appuyer sur un corpus documentaire et scientifique déjà conséquent et d’interroger, à partir d’un site représentatif, les relations entre patrimoine industriel, histoire économique et sociale, architecture, paysage et mémoire ouvrière.
L’étude du site Lacroix constitue dès lors un terrain d’expérimentation méthodologique, destiné à préciser les modalités d’identification, d’analyse et de caractérisation du patrimoine industriel, mais également à formuler des pistes de valorisation susceptibles d’être transposées à d’autres sites industriels du département.