Dossier d’œuvre architecture IA11000085 | Réalisé par
Chabbert Roland (Contributeur)
Chabbert Roland

Chercheur partenaire de 2002 à 2008

Chercheur à l'Inventaire général depuis 2008

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  • dossier ponctuel
Chapelle dite "des Etrangers"
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Inventaire général Région Occitanie

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Aude
  • Commune Narbonne
  • Lieu-dit Fontfroide
  • Cadastre 2024 OG 336

La tradition voudrait que la partie inférieure de cet édifice soit l’un des seuls vestiges subsistant des constructions du premier monastère, et il est admis que ce serait la toute première chapelle de l'abbaye pour devenir plus tard la « Chapelle des Etrangers », dont la fonction était de permettre aux pèlerins et autres visiteurs de se recueillir sans pénétrer dans la clôture. En effet, la proximité d’une branche annexe du chemin d’Alès vers Saint-Jacques de Compostelle devait inciter des pèlerins à faire un détour par Fontfroide. 

Il est difficile de confirmer cette hypothèse. Toutefois de nombreux vestiges encore conservés dans les murs de soutènement des terrasses voisines attestent de constructions anciennes, aujourd'hui disparues dans cette partie du monastère. En particulier, deux arcs de soutènement et des empochements de poutres avec l’encadrement d’une porte au même niveau, encore visibles à l’ouest de la chapelle, révèlent qu’on  se trouvait là à l’intérieur d’un édifice disparu. Il est certain que celui-ci a été construit avant la chapelle qui lui a été accolée par la suite.

Il possible que les deux édifices aient communiqué, car dans l’élévation sud de la chapelle se trouve une baie ouverte, ancienne porte devenue fenêtre, dont le seuil est au même niveau que le vestige de porte et l’emplacement des poutres du bâtiment détruit. Mais un doute demeure car la maçonnerie à cet endroit de la chapelle est trop perturbée et rejointoyée. La fonction des deux étages de la construction disparue reste aussi hypothétique, mais la trace d’un système de fermeture au rez-de-chaussée de la « chapelle des étrangers » permet d’envisager qu’il donnait accès à un espace de stockage. Au-dessus se trouvait-il une sacristie, ouverte sur la chapelle « des étrangers » ? La prudence est de mise car la dénomination encore d’usage peut induire à faire erreur sur la fonction des deux édifices à l’époque de leur existence concomitante.

En effet,  la tradition rapporte que le bâtiment est « surélevé au 14e siècle » et qu' « une salle » est installée à l'étage.

On ne peut pas plus accorder une confiance aveugle à cette tradition, en particulier en ce qui concerne la datation à l’époque gothique de la création de cette salle haute. La surélévation est bien réelle, comme le prouve la  maçonnerie orientale, sur laquelle on a appuyé des contreforts pour permettre de la surélever. La consolidation de la structure du bâtiment en partie basse a, par ailleurs, pu être l’occasion de procéder au voûtement du rez-de-chaussée.

Le problème reste celui d’une datation fiable, car le profil cannelé des croisées d'ogives, recreusé en forme de glyphes, semble plutôt contemporain des 16e et 17e siècles ; certains estiment donc que l'usage de cette pièce haute, a été celui d'une chapelle privée pour certains abbés, à l’époque de la mise en commende de l’abbaye.

Cette hypothèse est elle-même sujette à caution. D’une part, les ouvertures percées dans l'élévation orientale résultent de campagnes de travaux différentes, et la baie géminée percée au sud est antérieure à la baie rectangulaire voisine. D’autre part, les traces de reprise dans les maçonneries permettent d'envisager une restitution encore plus récente, dont on trouve confirmation par le fait que cette reprise est invisible à l’intérieur de la chapelle. Cependant, la documentation consultée ne permet d’oser plus de précision sur cette restitution tardive, et que l'on pourrait attribuer à Gustave Fayet.

En effet, lors de la restauration de Fontfroide, cette pièce devient une salle de travail qui renferme des collections de poteries antiques, de fossiles et de coquillages. Gustave Fayet aménage une niche avec des éléments sculptés achetés à Londres (Apports Fayet). Vers 1920, il commande à Richard Burgsthal la réalisation de vitraux.

  • Période(s)
    • Principale : 2e moitié 12e siècle
    • Principale : 14e siècle
    • Secondaire : 1er quart 20e siècle

Le bâtiment qui constitue la chapelle dite "des étrangers" est un édifice de plan rectangulaire construit à l'ouest des bâtiments conventuels. Il compte deux niveaux, avec en partie basse, une vaste salle rectangulaire couverte de voûtes en plein cintre, éclairée par deux baies étroites percées dans le mur oriental et accessible au nord par une petite porte cintrée. L'appareil en pierre de taille est constitué de blocs dont les dimensions assez impressionnantes ne se retrouvent pas dans les autres bâtiments de l'abbaye. Ce détail pourrait être un signe de l'ancienneté de la structure.

Les murs sont épais et l'on remarque dans l'angle sud-ouest l'emplacement d'un système de fermeture : un empochement où était calée une poutre qui permettait de bloquer la porte ouvrant sur un bâtiment voisin, aujourd'hui disparu, et dont on ignore l'usage. Celui-ci possédait aussi deux niveaux, séparés par un plancher : subsiste l'emplacement des poutres qui le supportaient, dans ce qui est aujourd'hui le mur de soutènement de la terrasse des jardins. Ce mur est renforcé par deux arcs surbaissés dont l'appareil est similaire à celui de l'arc percé dans l'élévation sud de la chapelle.

En partie haute de la chapelle, prend place une salle, longue de deux travées dont les voûtes reposent sur des croisées d'ogives. De larges arcades brisées soutiennent l'élévation le long des murs gouttereaux et des nervures cannelées en forme de glyphes soulignent les ogives. Tous les arcs retombent sur des piles rectangulaires avec une imposte saillante, dont les deux angles sont marqués d'un décor sculpté arrondi. On constate plusieurs signes d’une reprise architecturale : outre la variété des motifs à la base des nervures, une cicatrice est repérable à l’intérieur sur l'élévation nord alors que partout ailleurs les maçonneries sont homogènes.

Plusieurs baies permettent d’éclairer la chapelle : si le mur ouest, adossé au terrassement des jardins est évidemment aveugle, le mur opposé est percé d’un oculus et d’une baie cintrée, l’un au-dessus d’une fenêtre rectangulaire et l’autre d’une baie géminée, dont la partie basse est masquée par le plancher de la salle. Au sud et au nord, une lancette à ébrasement simple et une baie cintrée se font face. L'escalier qui monte de la porte percée dans l'élévation ouest est récent, comme le pavement, recouvert de carreaux de céramique, qui a probablement été réalisé au moment où l’on a conçu le plancher qui coupe les deux ouvertures basses.

Celles-ci sont visibles de l’extérieur, séparées par les deux puissants contreforts accolés contre l'élévation orientale de la chapelle afin de lutter contre la poussée des voûtes gothiques. Au sud, la maçonnerie qui entoure la baie géminée semble cohérente avec celle de la chapelle tandis qu'au nord la baie rectangulaire a visiblement été ouverte postérieurement, en sous-œuvre : l'appareil de la maçonnerie a été bouleversé lorsqu’on a percé la baie qui, entourée d'un cadre mouluré, est en retrait du mur. Elle est donc postérieure, peut-être que légèrement, si l’on considère que son esthétique est similaire à celle de la baie géminée voisine.

Par ailleurs l'examen des maçonneries extérieures de la chapelle apporte quelques informations complémentaires sur ses transformations : la reprise de maçonnerie au-dessus des contreforts de l'élévation orientale confirme la surélévation de la chapelle, de même qu’au nord, un solin et le départ d'un arc prouvent l'existence d'un bâtiment aujourd’hui disparu.

  • Murs
    • pierre moellon
    • pierre pierre de taille
  • Toits
    calcaire en couverture
  • Plans
    plan en croix latine
  • Étages
    3 vaisseaux
  • Couvrements
    • voûte en berceau brisé
    • voûte en demi-berceau
  • Couvertures
    • toit à longs pans
    • toit à un pan
    • toit polygonal
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier en vis sans jour en maçonnerie
    • escalier intérieur : escalier droit en maçonnerie
  • Techniques
    • sculpture
  • Statut de la propriété
    propriété d'une société privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Protections
    inscrit MH, 1988/09/15
    classé MH, 2001/02/21
  • Précisions sur la protection

    Ancienne sacristie, passage et cage d'escalier situés de part et d'autre de la salle capitulaire ; quatre corps de bâtiments fermant la cour dite cour Louis XIV, y compris la partie qui enjambe le lit du torrent à l'est et le moulin au nord ; éléments décoratifs (immeubles par destination) du corps de bâtiment situé entre le cloître et la cour Louis XIV, à savoir : boiseries du salon vert, stucs et boiseries du grand salon avec les peintures de Burgstaal, vitraux composés de papiers aquarellés entre deux plaques de verre fermant les baies de la salle de musique (ancien dortoir des moines) , panneaux de céramiques historiées et décoratives du grand salon et de l'office, boiseries de la bibliothèque ; portail d'entrée de l'abbaye ; cour d'honneur et décor architectural qui la ferme ; sol de la grande roseraie ; parc et terrasses étagées avec leurs statues et fabriques ; vestiges du corps de bâtiment médiéval qui enjambait le torrent à l'est du cloître ; chapelle du père Jean ; mur de clôture ; puits au sud de l'abbaye ; deux tours cylindriques ouest et nord-est ; ferme avec les deux ponts médiévaux qui la relient à l'abbaye (cad. G 320, 331, 332, 334, 336 à 338, 340) : inscription par arrêté du 15 septembre 1988 - Ensemble des parties bâties situées à l'intérieur de l'enceinte de l'abbaye, y compris le porche d'entrée, l'aire du cloître, les murs d'enceinte et les terrasses étagées, à l'exception - en ce qui concerne le corps de bâtiment situé entre le cloître et la cour dite ""Louis XIV"" - des éléments décoratifs intérieurs suivants : les boiseries et les toiles peintes du salon vert, les stucs et boiseries du grand salon avec les peintures de Burgstahl, les vitraux de papier aquarellés entre deux plaques de verre fermant les baies de la salle de musique (ancien dortoir des moines) , les panneaux de céramiques historiées et décoratives du parloir et de l'office, les boiseries de la bibliothèque (cad. G 336 à 338) : classement par arrêté du 21 février 2001

  • Référence MH

Documents d'archives

  • Rebière (Jean-Louis), Abbaye de Fontfroide, projet architectural et technique, 2012. DRAC, Occitanie

    DRAC, Occitanie
  • d'Andoque de Sériège (Yseult), Apport des Fayet à Fontfroide, archives de l'abbaye, document manuscrit.

    Archives de l'abbaye de Fontfroide

Bibliographie

  • Cauvet (Emile) Etude historique sur Fonfroide : abbaye de l'ordre de Cîteaux située dans le diocèse & la vicomté de Narbonne : de 1093 à 1790), Montpellier, 1875 608 pages

Date(s) d'enquête : 2020; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Inventaire général Région Occitanie
(c) Abbaye de Fontfroide
Chabbert Roland
Chabbert Roland

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