Les machines dites "CLC" ont été fabriquées par la maison Louis Chambon, entreprise fondée à Paris en 1887 par l'ingénieur mécanicien Louis Chambon. La société se spécialise très tôt dans l'étude et la construction de machines destinées à la transformation du papier et du carton. Elle acquiert une renommée internationale grâce à la conception d'équipements à haut rendement permettant d'automatiser un grand nombre d'opérations jusque-là réalisées manuellement.
Les machines produites par les établissements Chambon couvrent l'ensemble des opérations de façonnage des cahiers de papier à cigarettes. Certaines sont destinées à l'impression des couvertures de cahiers brochés ou cartonnés, tandis que d'autres assurent leur découpe, leur gaufrage, la préparation de leur intérieur ou encore la pose d'un élastique de fermeture. Cette mécanisation répond à la volonté de remplacer progressivement les opérations manuelles, l'entreprise affirmant vouloir suppléer « à la main-d'œuvre féminine la plus experte et la plus adroite » (CNAM-BIB 8 Xae 798, Exposition universelle et internationale de Gand, groupe XIV, classe 91, Le tabac et les industries qui s'y rattachent, 1913).
Comme de nombreuses entreprises papetières, la société L. Lacroix fils s'équipe de machines produites par les établissements Chambon. Celles-ci sont utilisées dans la manufacture d'Angoulême, où sont façonnées les feuilles de papier à cigarettes produites dans les usines de Mazères-sur-Salat, Cassagne et Saint-Martory. Cette organisation est maintenue jusqu'à l'incendie qui détruit les ateliers angoumoisins le 23 mai 1962.
La destruction de ce site accélère alors le regroupement des activités de la société à Mazères-sur-Salat. La direction décide de construire une nouvelle usine spécialisée dans le façonnage des cahiers de papier à cigarettes au sein du complexe de Mazères-Sud. Mise en service à partir de 1963, la Nouvelle Unité de Cahiers (NUC) permet de réunir sur un même site les opérations de fabrication du papier et celles de sa transformation en produits finis (AD 31, 134 J 9. Procès-verbal du conseil d'administration de la société Lacroix, 28 juin 1963).
Cette réorganisation s'accompagne de l'arrivée dans le Comminges d'une partie du personnel des usines d'Angoulême. Ouvriers et ouvrières expérimentés participent à la mise en route des installations et à la formation des nouvelles recrues. L'organisation du travail évolue également avec la mise en place d'équipes successives adaptées aux impératifs de production des nouvelles machines automatisées. Grâce à la transmission des savoir-faire techniques, les salariés venus de Charente jouent un rôle déterminant dans l'appropriation des nouvelles méthodes de fabrication par les employés de Mazères-sur-Salat (AD 31, 8658 W. Témoignages oraux autour des usines Riz-Lacroix).
Les machines Chambon installées dans la NUC permettent la fabrication de plusieurs types de produits, parmi lesquels les traditionnels cahiers de papier à cigarettes mais également certaines productions plus spécifiques. Les témoignages d'anciens salariés évoquent notamment la réalisation de cahiers munis d'un élastique de fermeture, production demeurée marginale dans l'activité de Lacroix mais nécessitant des réglages complexes. Jean Zanutto souligne la technicité de ces opérations, qui mobilisaient à la fois les capacités mécaniques des machines Chambon et le savoir-faire des opérateurs chargés de leur conduite et de leur entretien (AD 31, 8658 W. Témoignages oraux autour des usines Riz-Lacroix).
L'emploi des machines CLC témoigne ainsi de la dernière phase de modernisation industrielle de la société L. Lacroix fils. Elles illustrent l'évolution des procédés de fabrication du papier à cigarettes au cours du 20e siècle, marquée par une automatisation croissante des opérations de façonnage et par la concentration des activités sur le site de Mazères-sur-Salat.
La machine conservée au musée du papier de Mazères-sur-Salat fait partie des équipements présentés dans le parcours muséographique inauguré en 1994. Elle constitue l'un des derniers témoins matériels de l'activité de façonnage des cahiers de papier à cigarettes développée par la société L. Lacroix fils à Mazères-sur-Salat. À ce titre, elle illustre la dernière phase de transformation du papier avant sa commercialisation et témoigne des procédés de fabrication mis en œuvre dans les ateliers de la NUC.