Dossier d’œuvre objet IM11004862 | Réalisé par
Chabbert Roland (Contributeur)
Chabbert Roland

Chercheur partenaire de 2002 à 2008

Chercheur à l'Inventaire général depuis 2008

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  • inventaire topographique
Ensemble de toiles destinées à orner la bibliothèque : Le Jour, La nuit et Le silence, Aile nord du cloître : ancien réfectoire des moines, cuisine, dortoir, bibliothèque
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Inventaire général Région Occitanie

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Aude
  • Commune Narbonne
  • Lieu-dit Fontfroide
  • Emplacement dans l'édifice dans la bibliothèque

Gustave Fayet et Odilon Redon font connaissance avant mai 1900 (Alexandre d'Andoque, Redon retrouvé, p.363), lors d'un séjour parisien du collectionneur. Grâce à Fabre, il intègre le cercle des familiers de Redon. Un courrier à son épouse daté du 9 février 1901 signale qu'il a passé son après midi de la veille chez Redon.

Une solide amitié lie les deux hommes à partir de 1905, lorsque Fayet s'installe à Paris. Redon fera les portraits de plusieurs membres de la famille Fayet

La naissance du projet décoratif de bibliothèque semble remonter à 1908 (Rougeot, 2011, p. 250). Cependant, c'est lors d'un séjour de l'artiste à Fontfroide en mars 1910 que Gustave Fayet donne à Odilon Redon carte blanche pour orner la salle voûtée qui ouvre sur le cloître.

Redon fait le choix de réaliser un cycle monumental dans lequel il synthétise toutes ses recherches antérieures. Il fait le choix d'utiliser la technique de la détrempe à la colle, qui appliquée sur la toile apporte un rendu mat qui l'intéresse particulièrement. Il a pourtant commencé à travailler directement sur le mur comme en attestent des croquis préparatoires découverts en 2025.

Il peint d'abord les deux panneaux latéraux du Jour et y représente une flore imaginaire, dont les motifs rappellent les étoffes venues d’orient. Il peint ensuite au centre le char d'Apollon, un de ses thèmes de prédilection et un sujet dont Fayet était amateur puisque le collectionneur en avait au moins 3 représentations dans sa collection et venait d'acquérir le groupe sculpté en terre cuite placé à l'entrée de l'abbaye (IM11004151). La correspondance de Redon à cette époque (Rougeot, 2011, p. 253) laisse penser que l'artiste n'avait pas une idée précise de ce qu’il comptait faire : "J’ai risqué la représentation (toujours indéterminée) d’un quadrige conduit par un ou deux êtres ailés, sortes de fleurs au milieu des montagnes et de divers gris lumineux. (Lettre à André Bonger, septembre 1910). Les deux panneaux latéraux arrivent à Fontfroide en juillet 1910. Le panneau central, encore inachevé le mois suivant. Il est terminé sur place. L'installation des menuiseries dans lesquelles seront rangés les livres est effective et on pose les deux panneaux latéraux le 23 août.

Pour La Nuit, Redon revient au thème des noirs, qu'i avait abandonnés depuis 1902. Dans un courrier de 1910 (Lettre à André Bonger, septembre 1910)., Redon signale : "Au mur d’en face est un autre panneau que j’esquisse en noir et avec la permission de laisser au dévergondage toute la fantaisie imaginaire possible. Le Noir sur grande surface est terrible. Il ne faut pas en abuser, je le vois. On sait, on n’apprend qu’au cours d’une exécution. C’est la première fois que je me tourmente sur pareille surface". Contrairement au décor précédent, Redon commence par le panneau central sur lequel il peint différents portraits, ceux des familiers de Fontfroide : Ginette Borrel, amie des Fayet et familière des lieux, le singe Kiki adopté par les Fayet, Simone, aînée des filles Fayet, et Madeleine, Camille Redon, Déodat de Séverac, Gustave, Léon et Antoine Fayet, Ricardo Viñes, Yseult Fayet, Ari Redon, Louise Sourniès, la cuisinière, et à côté d’elle, Alban d’Andoque. L’ensemble est presque achevé fin septembre 1910 quand Redon quitte l’abbaye. Les deux panneaux latéraux de la Nuit sont achevés à Paris pendant l’hiver, Le tout achevé fut placé dans la bibliothèque à l’automne 1911.

Le dernier panneau, intitulé Le Silence en référence à l’abbaye cistercienne est finalisé à l'automne 1911. Dans une lettre à Fayet, datée du 15 septembre, Redon annonce son arrivée prochaine : "Je vous arriverai que pour m’enfermer dans la salle du Silence, car j’y ai bien des choses à retoucher… " Il est probable qu'il réalisa aussi les deux petits panneaux latéraux, de facture différente, puisque non seulement l'artiste demanda les dimensions de cet espace mais encore l'inventaire de la bibliothèque dressé en 1912 par Gustave Fayet fait état de 9 panneaux réalisés par Redon (Archives de Fontfroide). Un courrier du 10 juin 1912 nous apprend que l'artiste était payé des travaux faits dans la bibliothèque. Fayet note même dans son agenda : "10 juin 1912 : Solde des décoration de Fontfroide Redon 6000 francs".

Ensemble décoratif constitué de plusieurs toiles tendues sur des châssis de bois, peintes à la détrempe et assemblées en triptyques . Les deux grandes toiles (n° 1 : Le Jour et n°2 : La Nuit) sont composées de deux petits panneaux latéraux entourant un grand panneau central. Elles sont placées en vis à vis contre les murs au sein des étagères de livres de la bibliothèque. La dernière composition, plus petite, est placée au-dessus de la porte d'entrée.

  • Catégories
    peinture
  • Structures
    • rectangulaire horizontal
  • Matériaux
    • matériau textile, en plusieurs éléments détrempe à la colle, polychrome, toile
  • Mesures
    • h : 200 cm (dimensions approximatives des toiles 1 et 2)
    • la : 650 cm (dimensions approximatives des toiles 1 et 2)
    • h : 40 cm (dimensions approximatives de la toile 3)
    • la : 100 cm (dimensions approximatives de la toile 3)
  • Iconographies
    • ornement à forme végétale
    • Orphée
    • Apollon
    • char
    • papillon
    • portrait
    • jour
    • nuit
  • Précision représentations

    Sur le côté droit, la toile figurant Le Jour est consacrée au Char d’Apollon, thème de prédilection d'Odilon Redon et dont Gustave Fayet était très amateur. Pour le peintre, le motif est directement inspiré de l’oeuvre de Delacroix, peinte sur les plafonds du Louvre. Il fait également référence au groupe sculpté provenant du château de Vaux-le-Vicomte que Fayet avait acheté et fait installer dans le jardin de l’abbaye : le quadrige de chevaux se détache sur un paysage luxuriant et flamboyant évoquant les Corbières. Le char est conduit par deux petits personnages, alors que dans une première version, connue grâce à une photographie de l'époque, il n'y en avait qu'un seul. Derrière le char, qui ressemble à une barque ou une coquille renversée, on trouve, isolée, un morceau d’architecture de l’abbaye, la rosace que l’on aperçoit depuis la bibliothèque. Autour la végétation des papillons dans les tons bleu, rouge et or. Au dernier plan, on note que la montagne découpe clairement un profil dont on voit le nez, la bouche et le menton : il pourrait s'agir d’Orphée.

    Sur les deux panneaux latéraux du Jour, toute une flore imaginaire avec des papillons rappelle les motifs des étoffes orientales que l’artiste avait admirées au musée des Tissus de Lyon. Une trouée dans le premier plan d’une charmante végétation, ouvre sur un vaste monde minéral désertique inondé d’une lumière implacable, probablement suggéré à Redon par les paysages des Corbières : « …nous vivons dans la pierre, on en a sous les pieds, sur la tête, aux murs et sur les chemins ; et la végétation d’hiver (pins, cyprès, chênes verts) y est dure et sèche. » Les chevaux du quadrige qui se précipite vers les montagnes semblent affolés, éblouis de soleil : certes la référence au thème du char d’Apollon, récurrent dans l’œuvre colorée de Redon, est évidente. Mais les deux petits personnages ailés qui tentent de contenir la fougue des chevaux pourraient aussi bien faire allusion à Phaéton, foudroyé pour n’avoir pas su maîtriser ceux de son père Hélios.

    Sur le côté gauche, la toile figurant La Nuit est consacrée à la foule des amis et de la famille qui se côtoie à Fontfroide. Les panneaux latéraux réalisés postérieurement présentent dans une végétation aussi onirique que celle du Jour une clairière où se concentre le noir, plus mystérieux qu’inquiétant, d’un arbre et d’une statue : sur un haut piédestal gravé d’un Centaure musicien, un buste femme, dont la poitrine enferme deux profils enfantin. Deux femmes voilées dos à dos, l’une jeune et pensive, l’autre plus mûre et concentrée, Simone, la fille aînée de Fayet et sa mère, sont observées sans aménité par un énorme génie aux ailes de papillon noires. Une ligne imaginaire oblique conduit son profil à celui d’un ange déchu terrassé au pied de l’arbre : ils sont du monde des angoisses et du tourment. En contrepartie, les visages familiers d’êtres proches flottent en apesanteur : Gustave et sa famille, l’épouse d’Odilon et son fils, Séverac et Viñes, le méticuleux Ravel et le si romantique Robert Schumann, mais aussi le singe Kiki, ou la cuisinière et la servante Rose, qui plaisait tant à Redon qu’il l’avait dessinée au centre de la composition. Selon un témoignage familial, madame Fayet trouvant cela malvenu. Redon l’aurait alors déplacée en bas à gauche ; mais, non sans malice, il attire l’attention sur elle en la faisant apparaître d’un écrin ouvert. Qui est perché dans l’arbre à observer le monde de haut ? Probablement Gauguin, mort depuis 1903, que Fayet appréciait autant que Redon.   

    Au-dessus de la porte, une mince figure, noire mais jeune, contemple la pièce où se trouve le piano à queue de Fayet, et impose le silence en portant son doigt devant sa bouche : une auréole éclatante rend plus intense sa modestie apparente. Car à Fontfroide, « havre de silence et de solitude unique au monde. » comme l’écrit Viñes, magicien du clavier, le silence est essentiel, lui sans lequel il n’est aucune musique.

  • Inscriptions & marques
    • signature, peint, sur l'oeuvre
  • Précision inscriptions

    Signature : Odilon Redon (toile n°1 : Le Jour).

  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    À signaler
Image non consultable
Image non consultable

Documents d'archives

  • d'Andoque de Sériège (Yseult), Apport des Fayet à Fontfroide, archives de l'abbaye, document manuscrit.

    Archives de l'abbaye de Fontfroide

Bibliographie

  • Rougeot (Magali), Gustave Fayet, itinéraire d'un collectionneur, thèse de doctorat 2011, 526 pages.

  • Hilaire (Michel), La bibliothèque de Fontfroide ou la sublime synthèse d'Odilon Redon dans "l'Objet d'art", juillet-août 2011, p. 56 et 57

    p. 56 et 57
  • Cros (Pierre), Odilon Redon. La Nuit, Le Jour, Le Silence et l’abbaye de Fontfroide, mémoire de maîtrise d’arts plastiques, Université de Provence, Aix en Provence, 1993.

  • Bacou (Roseline), « L’art ornemental, Odilon Redon à l’Abbaye de Fontfroide », in Chefs d’oeuvres de l’art, 1970,

  • Gamboni (Dario), Houssais (Laurent), Pinchon (Pierre), Redon retrouvé, Cohen & Cohen éditeurs, 2022.

Date(s) d'enquête : 2020; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Inventaire général Région Occitanie
(c) Abbaye de Fontfroide
Chabbert Roland
Chabbert Roland

Chercheur partenaire de 2002 à 2008

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