Gustave Fayet et Odilon Redon font connaissance avant mai 1900 (Alexandre d'Andoque, Redon retrouvé, p.363), lors d'un séjour parisien du collectionneur. Grâce à Fabre, il intègre le cercle des familiers de Redon. Un courrier à son épouse daté du 9 février 1901 signale qu'il a passé son après midi de la veille chez Redon.
Une solide amitié lie les deux hommes à partir de 1905, lorsque Fayet s'installe à Paris. Redon fera les portraits de plusieurs membres de la famille Fayet
La naissance du projet décoratif de bibliothèque semble remonter à 1908 (Rougeot, 2011, p. 250). Cependant, c'est lors d'un séjour de l'artiste à Fontfroide en mars 1910 que Gustave Fayet donne à Odilon Redon carte blanche pour orner la salle voûtée qui ouvre sur le cloître.
Redon fait le choix de réaliser un cycle monumental dans lequel il synthétise toutes ses recherches antérieures. Il fait le choix d'utiliser la technique de la détrempe à la colle, qui appliquée sur la toile apporte un rendu mat qui l'intéresse particulièrement. Il a pourtant commencé à travailler directement sur le mur comme en attestent des croquis préparatoires découverts en 2025.
Il peint d'abord les deux panneaux latéraux du Jour et y représente une flore imaginaire, dont les motifs rappellent les étoffes venues d’orient. Il peint ensuite au centre le char d'Apollon, un de ses thèmes de prédilection et un sujet dont Fayet était amateur puisque le collectionneur en avait au moins 3 représentations dans sa collection et venait d'acquérir le groupe sculpté en terre cuite placé à l'entrée de l'abbaye (IM11004151). La correspondance de Redon à cette époque (Rougeot, 2011, p. 253) laisse penser que l'artiste n'avait pas une idée précise de ce qu’il comptait faire : "J’ai risqué la représentation (toujours indéterminée) d’un quadrige conduit par un ou deux êtres ailés, sortes de fleurs au milieu des montagnes et de divers gris lumineux. (Lettre à André Bonger, septembre 1910). Les deux panneaux latéraux arrivent à Fontfroide en juillet 1910. Le panneau central, encore inachevé le mois suivant. Il est terminé sur place. L'installation des menuiseries dans lesquelles seront rangés les livres est effective et on pose les deux panneaux latéraux le 23 août.
Pour La Nuit, Redon revient au thème des noirs, qu'i avait abandonnés depuis 1902. Dans un courrier de 1910 (Lettre à André Bonger, septembre 1910)., Redon signale : "Au mur d’en face est un autre panneau que j’esquisse en noir et avec la permission de laisser au dévergondage toute la fantaisie imaginaire possible. Le Noir sur grande surface est terrible. Il ne faut pas en abuser, je le vois. On sait, on n’apprend qu’au cours d’une exécution. C’est la première fois que je me tourmente sur pareille surface". Contrairement au décor précédent, Redon commence par le panneau central sur lequel il peint différents portraits, ceux des familiers de Fontfroide : Ginette Borrel, amie des Fayet et familière des lieux, le singe Kiki adopté par les Fayet, Simone, aînée des filles Fayet, et Madeleine, Camille Redon, Déodat de Séverac, Gustave, Léon et Antoine Fayet, Ricardo Viñes, Yseult Fayet, Ari Redon, Louise Sourniès, la cuisinière, et à côté d’elle, Alban d’Andoque. L’ensemble est presque achevé fin septembre 1910 quand Redon quitte l’abbaye. Les deux panneaux latéraux de la Nuit sont achevés à Paris pendant l’hiver, Le tout achevé fut placé dans la bibliothèque à l’automne 1911.
Le dernier panneau, intitulé Le Silence en référence à l’abbaye cistercienne est finalisé à l'automne 1911. Dans une lettre à Fayet, datée du 15 septembre, Redon annonce son arrivée prochaine : "Je vous arriverai que pour m’enfermer dans la salle du Silence, car j’y ai bien des choses à retoucher… " Il est probable qu'il réalisa aussi les deux petits panneaux latéraux, de facture différente, puisque non seulement l'artiste demanda les dimensions de cet espace mais encore l'inventaire de la bibliothèque dressé en 1912 par Gustave Fayet fait état de 9 panneaux réalisés par Redon (Archives de Fontfroide). Un courrier du 10 juin 1912 nous apprend que l'artiste était payé des travaux faits dans la bibliothèque. Fayet note même dans son agenda : "10 juin 1912 : Solde des décoration de Fontfroide Redon 6000 francs".
Chercheur partenaire de 2002 à 2008
Chercheur à l'Inventaire général depuis 2008