Gustave Fayet, collectionneur éclectique
Dans ses agendas, Gustave Fayet note régulièrement ses dépenses et achats effectués ou projetés. Avant 1908, date de l’acquisition de Fontfroide, il est difficile de savoir lesquels sont destinés à pourvoir l’abbaye, il est difficile de savoir ce qui concerne directement Fontfroide. Plusieurs livres achetés le 10 février 1907 : le Bhagavad-Gītā, Paludes d’André Gide, La Ville de Paul Claudel intègreront la bibliothèque de Fontfroide qui sera définitivement achevée en 1910. En revanche, plusieurs objets achetés en 1908 ont pu être retrouvés dans l’abbaye : la « statue de sainte » en bois doré pourrait bien être celle de la sacristie (IM11002377) ou celle de la salle à manger (IM11004191), de même que le Missel de l’archevêque de Narbonne, Claude de Rebé (IM11002362).
À partir du moment où son épouse est devenue propriétaire de l’abbaye, Fayet fait déplacer de nombreux objets des propriétés familiales : chaises et meubles de jardin de la Dragonne, qu’il fait nettoyer et rempailler, chapiteaux, vasque à godrons, vases en marbre du Jardin Notre-Dame, (Carnets Fayet, 27 mars 1908), lits pour les domestiques (Carnets Fayet, 21 août 1908)
Ces apports ne suffisant pas, il fait divers achats à des antiquaires. À un certain Lelong : 1 lit Louis XV pour 130 francs, 1 chapiteau et 1 pierre gothique pour 150 francs (Carnets Fayet, 6 février 1908 ; au marchand d’art nommé « Bergès », mais qui pourrait être « Bergis » (car la graphie de Fayet est peu lisible) :1 console dorée payée 250 francs, 1 bibliothèque, acquise pour 80 francs, 1 table Louis XV d’une valeur de 130 francs et 1 glace achetée pour 10. (Carnets Fayet, 31 mars 1908). Il dépense 3.575 francs pour réparer les dégâts causés par le transport aux différentes œuvres ; celle du char d’Apollon en coûte plus de la moitié (Carnets Fayet, 3 mai 1908). On constate à l’été 1908 qu’il poursuit ses acquisitions d’objets décoratifs pour l’abbaye : 3 gargouilles et 1 chapiteau roman (Carnets Fayet, 13 juin 1908), des vases en terre cuite, achetés au même Bergès pour 1.350 francs, 5 bancs en marbre pour la somme de 1.000 francs, ainsi qu’1 ange en pierre et un fragment de statue qui ont coûté 250 francs (Carnets Fayet, 4 juillet 1908). À l’automne, il se préoccupe plutôt de l’ameublement intérieur : il achète à l’antiquaire Armengol 2 armoires sculptées, 2 commodes dont une en marqueterie, 3 glaces anciennes et 2 candélabres de cuivre pour 375 francs (Carnets Fayet, 9 octobre 1908). Le mois suivant, Fayet acquiert auprès de Bergès plusieurs meubles de style Louis XVI : 1 travailleuse, 1 table de nuit et 1 miroir (Carnets Fayet, 14 novembre 1908). Il signale aussi avoir dépensé 225 francs pour obtenir de Mathilde Balland 1 commode et 1 crémaillère de foyer, probablement celle qui meuble la cheminée du réfectoire des convers.
Pour clore cette salle à l’opposé de la cheminée, Il décide de confier à son ferronnier Jean Trouilhet (IM11004873) le soin d’effectuer les modifications nécessaires à la grille en fer forgé dite « à pampres », qu’il a acquise pour 1.200 francs auprès du marchand d’art Raoul Heilbronner, établi au 3, rue du Vieux-Colombier à Paris, qui lui demandera 2.200 francs deux mois plus tard pour du matériel complémentaire (Carnets Fayet, 5, 11 juillet et 19 septembre 1908). Il achète aussi pour 100 francs, le 16 janvier 1909, le heaume d’armure à plumes (IM11004872), les fait porter à Fontfroide (Carnets Fayet, 9 juillet 1909) en même temps que des meubles. Pressé de les faire réparer, il organise le voyage de la tapissière qui doit arranger « au plus vite » le petit canapé, deux fauteuils et une bergère de style Empire (Carnets Fayet, 1er octobre 1909).
En janvier 1910 des meubles sont acheminés par charroi à destination de Fontfroide (Carnets Fayet, 7 janvier 1910). Le convoi, outre qu’il peut contenir ce que Fayet a acheté à Armengol deux ans auparavant, et qu’il a mentionné au 9 octobre 1908, comporte pour plus de 2.000 francs d’objets acquis chez le marchand d’art Heilbronner : 1 lustre, 4 bancs et 1 vasque en marbre (Carnets Fayet, 14 janvier 1909) ou encore 1 tapis (Carnets Fayet, 1er février 1909), 1 canapé jaune, 4 grands fauteuils avec leurs coussins et 1 glace (Carnets Fayet, 28 et 29 octobre 1909) et 2 chimères de style Louis XV (Carnets Fayet, 8 novembre 1909). Si le canapé jaune pourrait être celui qui meuble l’alcôve du salon « des Eaux douces d’Asie », il est difficile de préciser l’emplacement des autres meubles à Fontfroide ; plusieurs ont pu être déplacés.
Après la livraison de ce lot au début de l’année 1910, Fayet continue ses achats, en particulier à partir du milieu de l’année. Plusieurs meubles et objets sont achetés aux marchands d’art Armengol ou Salvy (Carnets Fayet, 10 mai, 16 et 18 août, 3 et 7 octobre 1910) par le collectionneur, qui acquiert aussi plusieurs vêtements liturgiques ou broderies que l’on retrouve aujourd’hui à Fontfroide (IM11004858) (Carnets Fayet, 17 juin, 21 novembre et 18 décembre 1910). C’est durant cet été et automne 1910 qu’il s’offre plusieurs toiles de Richard Burgsthal (IM11004892) (Carnets Fayet, 10 mai 1910). Il lui confie le décor de l’ancien dortoir des moines transformé en salle de musique, pendant qu’Odilon Redon se charge de celui de la bibliothèque : Fayet note qu’il a assisté à l’installation des toiles de Redon dans son carnet le 17 août 1910, et le 25 décembre que le pavement de la salle de musique se termine.
En 1911, alors qu’il complète ses achats de mobilier (Carnets Fayet, 5 janvier 1911), Fayet fait aménager un cabinet noir (Carnets Fayet, 16 juin 1911) où Ricardo Viñes, qui l’appelle « sa cuisine », peut développer ses photographies. À l’automne, il se soucie d’offrir à Fontfroide un confort moderne, et organise l’installation du chauffage central et paie 3.290 francs à un certain Bourbon pour la mise en place d’un calorifère (Carnets Fayet, 24 octobre 1911).
Les acquisitions de 1912, signalées dans les agendas de Fayet, confirment qu’il poursuit l’ameublement, le décor, et la restauration de l’abbaye : il achète des tables basses, un buffet, un bureau, des banquettes de style Louis XV, des chandeliers ainsi que des carreaux de faïence (Carnets Fayet, 1er mars, 21 et 29 août 1912) et un bas-relief en albâtre (IM11004172) (Carnets Fayet, 1er juin, 5 août 1912). Il commande aussi la remise en état de plusieurs meubles, fait intervenir un menuisier (Carnets Fayet, 2 janvier 1912) et cherche à Saint-Bertrand-de-Comminges, un certain Emile, lié à un docteur, qui pourraient lui vendre des pierres utiles à la restitution de l’abbaye (Carnets Fayet, 31 août 1912). Au mois de novembre, il estime ses dépenses pour l’abbaye à 91,60 francs (Carnets Fayet, 7 novembre 1912).
En 1913, Fayet continue sur sa lancée, et dépense 349 francs au seul mois de janvier (Carnets Fayet, 10, 29 et 30 janvier 1913). Si Armengol a toujours ses faveurs, il n’est en aucun cas exclusif. Il achète au mois d’avril 1 buffet pour la salle à manger (Carnets Fayet, 23 avril 1913), 1 gravure, 1 miniature, 1 vase vert et 1 tête de Christ en pierre à une certaine Madame Riéra (Carnets Fayet,13 et 28 avril 1913), 1 Christ en bois couché, 1 élément lapidaire avec des armoiries et 1 bas-relief représentant un saint, de vieux cadres, 2 fusils, des lampes, terres cuites, tableaux et tables de nuit à coulisse chez un dénommé Cazes (Carnets Fayet, 2, 4 mai, 1er et 25, 18 septembre, 8 octobre 1913). À Noël, il dépense 551,75 francs pour « un cinéma » (Carnets Fayet, 25 décembre 1913). Ces objets ne sont pas tous destinés à l’abbaye de Fontfroide mais certains y ont été retrouvés.
En 1914 et 1915, Fayet poursuit ses acquisitions : gravures, lithographies, peintures chinoises, vases étrusques ou chinois, cadres, miroirs et tableaux mais il semble que rien ne soit destiné à Fontfroide à l’exception d’une pierre tombale qui pourrait être le gisant d'un membre de la famille de Queralt (IM11004158) (Carnets Fayet, 25 mars, 18 avril, 2 mai, 30 mai, 11 juin, 3, 8, 9 juillet 1914, 9 mars 1915, 15 avril 1915, 19 mai 1915, 3 et 8 juillet 1915, 9 et 10 août 1915, 28 septembre 1915). Un seul achat est inscrit pour l’année 1916 et ils sont plus rares les années suivantes, sans doute en raison de la Première Guerre Mondiale. Ils se concentrent sur les 4 derniers mois de 1917 : cadres divers, faïence, lampe romaine en bronze, poteries grecques et chinoises, miroirs, console en fer, meuble peint, statues, colonnes… Encore une fois, il est difficile de certifier que tous ces objets ont trouvé leur place à Fontfroide à l’exception des fossiles marins, qu’il s’est procurés le 15 septembre 1917 pour les offrir à son fils cadet Léon.
En 1918, apparaît pour la première fois, dans les agendas du collectionneur, le nom du marchand d’art ou antiquaire de Béziers, Hippolyte Jalvy ; mais à partir de 1919 les achats se font plus rares, de sorte que l’on peut considérer l’ameublement de Fontfroide comme achevé.
Pour constituer sa collection, Gustave Fayet revend certaines de ses œuvres, ainsi le 14 juillet 1908, il propose à l’antiquaire Bergès 6 bahuts, coffres, tables pour une somme de 1.300 francs (Carnets Fayet, 14 juillet 1908). Il échange, le 29 janvier 1909, avec le marchand d’art Trancher une vierge gothique, estimée à 201 francs contre un lot de faïences anciennes cassées et modernes. Il ne faudrait pourtant pas en conclure de ces transactions que Fayet a un tempérament de commerçant, car à plusieurs reprises, il emploie dans ses carnets personnels le verbe « offrir » plutôt que celui de « vendre », comme le 6 mars 1910, lorsqu’il écrit : « J’ai offert aujourd’hui à Hessel mes 7 tableaux de Cézanne pour 100 000 fr », mais c’était un vrai collectionneur
Gustave Fayet, restaurateur et décorateur en personne de Fontfroide
Fayet dessine dans ses carnets personnels, nommés « tablettes journalières », certains objets mobiliers, comme on le voit dans son agenda du troisième trimestre 1909, qui s’ouvre par un croquis de fauteuil et dans lequel il fait deux schémas de bancs ou banquettes au 19 et 20 août. Réalisés sans recherche esthétique, comme le montrent le trait particulièrement tremblé et l’inachèvement du second, ils s’apparentent aux caricatures croquées d’une main rapide qu’il fait aussi au crayon. Le but poursuivit est clair au 4 octobre 1909 : le lustre dessiné avec ses dimensions est l’un de ceux qui se trouve encore à Fontfroide, de même que le type de serrure de porte qu’il a prévu le 12 du même mois : ce ne sont que des projets, comme la porte dessinée au 18 juillet 1912, ou le profil d’un banc qu’il envisage de faire réaliser par la Société nouvelle des carrières de Saint-Béat dont il est actionnaire (Carnets Fayet, 15 août 1912). Il procède de la même façon en ce qui concerne certains éléments de l’architecture de l’abbaye : ils servent à se faire une opinion du résultat attendu (Carnets Fayet, 28 et 29 juillet 1912), et en conserver la mémoire. En revanche, il est difficile de connaître le but qu’il poursuit lorsque, le 28 juillet 1912, il dessine la salle du trésor en coupe transversale.
En juin 1913, des travaux sont en cours dans l’abbaye. Fayet fait encastrer plusieurs décors notamment dans le chœur de l’église, et se préoccupe des trop-pleins des bassins (Carnets Fayet, 14 juin 1913). Il a personnellement conçu la fontaine monumentale de la salle à manger, réalisée à partir de pavés anciens provenant du pavage d'une petite salle Renaissance au-dessus du porche de l'hôtel Fayet au 9, rue Capus à Béziers et de carreaux de céramique achetés en Espagne (Carnets Fayet, 23 septembre 1913). Il fait preuve d’inventivité dans le grand parloir où la disposition des carreaux forme des tableaux dans un style hispano-mauresque, qui s’harmonisent avec le sol carrelé et le lustre pour contraster fortement avec les triptyques logés sous la voûte, peints par Richard Burgsthal.
De fait Fontfroide témoigne que Fayet avait un penchant marqué et durable pour l’Espagne d’une part, et d’autre part pour la céramique au point de faire plus qu’œuvre de collectionneur mais d’en produire lui-même.
L’Espagne dans l’abbaye de Gustave Fayet
L’Espagne est omniprésente à Fontfroide non seulement dans l’ameublement, mais aussi par l’empreinte que plusieurs artistes catalans qui ont séjourné dans l’abbaye y ont laissé : le pianiste Ricardo Viñes (1875 – 1943), un intime de Fayet pour qui sera aménagé une chambre noire destinée à développer ses photographies, mais aussi George-Daniel de Monfreid, (1856 – 1929), Aristide Maillol (1861 – 1944), Gustave Violet (1873 -1952) et Louis Bausil (1876 – 1945). Dans, l’ancien réfectoire des moines, ce « grand parloir » aux triptyques et tableaux de carreaux de céramiques, les fauteuils et canapés sont recouverts de cuirs de Cordoue, qui tapissaient un hôtel particulier de Béziers avant sa destruction, de même que sont espagnoles les trois tables et les lanternes de procession assemblées pour en faire un lustre, dessiné par le propriétaire. L’atmosphère de la petite salle à manger des enfants, nommée par Viñes l’« aquarium », est toute imprégnée de l’Espagne, avec sa table recouverte de carreaux décoratifs, une fresque en céramique sur la vie quotidienne au XVIIIe siècle, et une collection de 300 assiettes de Manises, célèbre depuis le XVe siècle pour sa tradition de céramique décorative, placées sur des crédences réalisées spécialement pour elles. C’est surtout par une abondance de céramique, sous forme d’objets, carreaux entiers ou en débris assemblés que l’Espagne a une présence prégnante à Fontfroide : en effet, les azulejos constituent le pavement du sol d’une salle à manger et de la sacristie où ils couvrent aussi deux murs ; ils servent aussi de revêtement foisonnant et fantaisiste à une fontaine intérieure et une cheminée.
Fontfroide, Gustave Fayet et la céramique
À Fontfroide donc, Fayet qui s’investit tant pour se créer un cadre de vie en harmonie avec sa personne ne peut que s’entourer de céramiques, et pas seulement espagnoles, une passion qu’il a héritée de son père Gabriel. Gustave lui-même s’était associé, peu après 1895 ou en 1896, à Louis Paul (1854-1922), céramiste à Béziers, pour cosigner avec lui toutes leurs pièces, soit plus d’une centaine, qui ont été exposées entre 1898 et 1901 à Béziers et Paris : des vases ou des pots parfois portant un décor ou avec une ou plusieurs anses qui donnent à l’objet un effet de mouvement. Quand ce n’est pas le pot lui-même qui représente un légume, les reliefs en forme de fleur, nénuphar, grenouille ou lézard s’inspirent de la nature. Mais Fayet s’était particulièrement attaché à maîtriser la qualité des émaux de ses grès, mats ou très brillants, unis ou jaspés, colorés et parfois avec des reflets métalliques. Il avait été fier de ses qualités de céramiste, reconnues même par Siegfried Bing, dont la galerie exposait les grands noms de l’art et qui avait accepté ses pièces en dépôt.
Certes, quand il est à Fontfroide, il a cessé depuis 1901 de produire pots ou cruches, mais il poursuit sa collection de céramiques qui compta jusqu’à sept grès émaillés de Gauguin, dont le fameux Oviri, acheté en 1905 après l’avoir gardé en dépôt. L’acquisition de l’abbaye lui donne l’occasion qu’elle puisse accueillir une quantité considérable de céramiques de toutes provenances. Outre qu’il y a alors deux services de table, de Varages et de Strasbourg ancien, Fayet expose dans une vitrine de la salle à manger et dans ses appartements privés des faïences de Moustiers, de Marseille, et surtout deux ensembles de Montpellier ; à l’étage se trouve une collection complète de pots à pharmacie.
Ses carnets personnels gardent la trace de cette passion pour la céramique qui se poursuivra jusqu’à la fin de sa vie : sept mois avant sa mort, il achetait encore, chez l’antiquaire de Béziers Hippolyte Jalvy, 11 pièces de faïence dont une fontaine italienne de Pesaro, et une autre espagnole d’Alcora ; et il écrivait dans son agenda : « Voir s’il y a des porte-plats et assiettes ».
C’est donc vers 1908 que Fayet commence la collection de faïences qu’il installe progressivement dans l’abbaye. Ainsi achète-t-il pour 28 francs chez Bergès 2 pots à crème et 1 assiette en porcelaine de Strasbourg (Carnets Fayet, 31 mars 1908). Le mois suivant, il signale comme « acquis » pour une somme de globale de 295 francs 3 assiettes de Moustiers à décor « fleurs de pomme de terre » et un plat à décor « Bérain », un encrier et un porte-bouquet en « Montpellier », ainsi que 2 autres en faïence de Sinceny, qu’il orthographie « Saincenis » (Carnets Fayet, 6 avril 1908) auxquels il ajoute, 2 jours plus tard, un lot de faïences de Marseille et de Moustiers trouvées chez un certain Laillot pour 470 francs (Carnets Fayet, 8 avril 1908), puis peu après, 2 plats en faïence de Moustiers, que lui vend un dénommé « Vigné » (Carnets Fayet, 10 avril 1908). À partir de juin, les achats se succèdent presque mensuellement, avec le 4 juin d’abord, celui d’1 plat en « Marseille » et de 2 assiettes de « Moustiers » qu’un certain M. Beaumont lui a cédés pour la somme globale de180 francs, puis celui d’1 jardinière en « Montpellier » (Carnets Fayet, 18 juin 1908). Le mois qui suit, il paie 200 francs 1 pot en faïence polychrome de Nevers (Carnets Fayet, 7 juillet 1908), avant d’acheter en d’août 10 pièces de faïence à Bergès (Carnets Fayet, 22 août 1908). En novembre il leur ajoute, en « Moustiers », 2 plats pour 200 francs et 1 poudrière qui lui coûte 150 francs, ainsi qu’1 assiette en « Montpellier » d’une valeur de 48 francs (Carnets Fayet, 14 novembre 1908). Le 24 août 1909, Fayet dépense 100 francs pour un pot de Nevers, et se procure en 1910, d’abord le 11 mai un lot de faïences, puis le 26 août une assiette en faïence de Marseille. En 1913, il fait expédier depuis Béziers divers pots à pharmacie (Carnets Fayet, 6 mars 1913) et complète sa collection de 21 assiettes en « Marseille », de 2 grandes assiettes, de 2 jattes et de 2 pots (Carnets Fayet, 21 décembre 1913).
Deux ans plus tard, il acquiert une soupière en faïence de Varage pour 50 francs, 5 coupes et 1 soupière blanche (Carnets Fayet, 8 juillet 1915), puis un saucier en « Varage » que le marchand d’art Armengol lui vend 10 francs (Carnets Fayet, 1er octobre 1915).
Une semaine après, il achète une coupe de Moustiers (Carnets Fayet, 7 octobre 1915) et inscrit la dernière quinzaine plusieurs dépenses importantes pour des faïences, et dont la somme totale approche les 2.500 francs ; ses notes restent peu précises, si ce n’est que figurent le nom d’un vendeur difficile à lire, mais qui pourrait être « Vauvert », ainsi que l’achat de « Marseille » et d’un plat en « Montpellier » à 100 francs. (Carnets Fayet, 14, 18 et 20 octobre 1915). En 1916, Il signale d’autres débours pour des faïences sans qu’il soit possible de dire si elles se sont trouvées à Fontfroide : 1 livre décoratif, 1 sucrier et 3 tasses en « Montpellier » (Carnets Fayet, 5 mars 1916), payés 160 francs à un certain Guiniez. Fayet poursuit sa collection en 1918 avec l’acquisition pour 200 francs d’une jatte, d’une assiette et d’une tasse en faïence de Montpellier (Carnets Fayet, 4 mars 1918) et en 1919 lorsqu’il achète notamment chez « Mademoiselle Vié » plusieurs pièces : assiettes, tasses, bonbonnières et pots à lait dont certaines sont sans doute encore conservées à Fontfroide (Carnets Fayet, 25 mars, 7, 8 et 22 avril 1919).
Fayet à l’ouvrage dans Fontfroide
L'homme fut certes un amateur d'art collectionneur, qui a acheté des éléments lapidaires, du mobilier, des objets décoratifs pour orner l'abbaye ou conçu des assemblages originaux dont il a confié la réalisation à d’autres, mais il s’est mis aussi lui-même à la tâche et a peint quelques décors. Au moment de l’acquisition de Fontfroide, Fayet qui avait exposé régulièrement, avait décidé, sous l’influence d’Odilon Redon, depuis 1902 de « fermer sa boîte », selon ses propres termes, et les œuvres suivantes, des aquarelles de montagnes, seront datées de 1911. Quand il est à Fontfroide, il peut jouir de la nature, se vouer à son penchant de collectionneur, et bien sûr à la restauration de sa propriété. Il donc réalisé certains décors peints sur des plafonds, des placards et des meubles dans l'abbaye. À considérer l’attachement qu’il montra pour Fontfroide, on peut supposer qu’il s’est adonné à ce plaisir personnel jusqu'à sa mort en 1925.
L'album photographique réalisé en 1966 au moment de la protection de l'abbaye confirme que les boiseries de la salle à manger des enfants ont été peintes par Gustave Fayet. Quelques photographies montrent certains des abat-jours qu’il a probablement réalisés en personne. Pour ce faire a utilisé du papier peint plié en accordéon tenu par un ruban, et parfois des pages d’anciens antiphonaires sans doute récupérés dans l’abbaye, quand il n’a pas préféré en faire des couvertures de partitions de musique conservées dans sa bibliothèque. En effet le soin attentionné qu’il porte aux objets est confirmé lorsque, quand la guerre s’achève, il fait redorer plusieurs objets (Carnets Fayet, 2 juillet 1917, 29 avril 1918).
Conclusion
Si l’on considère la quantité et la diversité des interventions de Gustave Fayet qui ont modifié la physionomie de l’abbaye, on ne peut qu’être étonné qu’elle n’ait pas abouti à une accumulation incohérente, critiquable voire ridicule. Non seulement on ne saurait reprocher à Gustave Fayet de n’avoir pas cherché à donner à son abbaye une homogénéité stylistique, d’autant plus vaine qu’elle portait en elle déjà lors de son acquisition les marques d’un passé long de plusieurs siècles, mais on est en droit d’admirer la passion et l’engagement, exempts de tiédeur et de préjugés, d’un propriétaire qui s’est révélé un homme de goût non conventionnel.
Chercheur partenaire de 2002 à 2008
Chercheur à l'Inventaire général depuis 2008