La maison telle qu'elle se présente actuellement a été fortement remaniée en 1491 ou en 1492 (datation par l'héraldique des plafonds peints). Elle a été constituée par le regroupement de trois maisons élémentaires de la fin du 13e-début du 14e siècle et de leur arrière-cour (MSN1, MSN2, MSN3). La maison élémentaire la plus au sud (MSN1) apparaît dans les sources en 1359 : elle appartenait à Johan de Lort, dont l'actuelle rue Saint-Michel portait le nom (A.D. Aude, H 8, f° 23 v°). La rue Paul Vergnes portait alors le nom d'un autre habitant de cette rue : Guillaume Balby. C'est au sud de la maison de Johan de Lort que devait être percée une impasse de deux cannes de large (env. 3,70 m) pour donner accès au portail mineur oriental de la nouvelle église paroissiale.
En 1457, l'emprise de la maison actuelle était divisée en deux parties (A.D. Aude, 1 Fi 975). Le tiers occidental était un espace vide rattaché à l'église paroissiale mitoyenne : le patu de l'église Saint-Michel, constitué par le regroupement des arrière-cours des anciennes maisons (PAT4). Les deux tiers orientaux, constitués par le regroupement des trois maisons élémentaires (MSN4), étaient bâtis et appartenaient à un particulier de Lagrasse : Bonet Boutet. La rue Paul Vergnes s'appelait alors rue de Vitalis Vignals.
Le patu de l'église fut en grande partie bâti et réuni au bâtiment oriental, constituant ainsi un véritable petit hôtel particulier (MSN5) décoré de plafonds peints à poutres et solives et à caissons en 1491 ou 1492 (datation par l'héraldique).
À partir des années 1620, la maison, mitoyenne de l'église paroissiale, apparaît dans les sources comme le presbytère (A.D. Aude, 1 Fi 975). Nous ne connaissons rien de la fonction de la maison entre 1457, date où elle appartient encore à un particulier, et 1620, date où elle apparaît pour la première fois comme presbytère. Si la liste reste à compléter, la connaissance des curés successifs de Lagrasse pourra peut-être permettre d'identifier, lors des futures recherches, leur lieu de résidence dans le bourg avant la date de 1620, et donc de déterminer avec plus de précision le moment où la maison est devenue presbytère. La maison 9 rue des Cancans (cadastre B2026), ancienne rue de la Chapellenie vieille, a longtemps été considérée, sans doute à tort, comme l'ancien presbytère. Si cette hypothèse ne peut être totalement exclue, il faut rester très prudent : en 1948, Roger Hyvert a affirmé que cette maison était l'ancien presbytère en se fondant sur les mentions de « maison du sacristain » ou « chapellenie » dans les reconnaissances du début de l'Époque moderne. Toutefois, les plans des fiefs abbatiaux de 1769 la maison du sacristain est localisée au n° 5 de la rue des Cancans (cad. B0025) et non au n° 9. Les appellations « maison du sacristain » ou « chapellenie » ne garantissent pas qu'il s'agisse de la maison des curés et ces deux notions peuvent correspondre à des réalités différentes, bien qu'au 13e siècle, les curés portaient le titre de capellanus alors qu'ils étaient appelés recteurs dès la fin du 14e siècle. En 1620, alors que la maison 16 rue Paul Vergnes était déjà le presbytère, la maison 5 rue des Cancans était encore reconnue comme celle du sacristain et n'était donc visiblement pas la résidence des curés.
En 1650, un conflit entre la communauté des habitants et le curé Jean Neret montre que ce dernier n'y résidait pas et que faute d'entretien, elle était "tombée en tres grande ruyne et deterioration". De grands travaux menés à la fin du 19e siècle entraînèrent un remaniement complet de l'organisation intérieure et des circulations (MSN6), ainsi que la destruction du tiers septentrional de la maison (COU1), qui constituait une ancienne unité d'habitation à la fin du 13e-début du 14e siècle. Elle perdit sa fonction de presbytère en 2000. En 2016, cette propriété communale accueillait la "Maison du Patrimoine" du village, où une exposition sur les plafonds peints médiévaux de Lagrasse et du Languedoc était présentée.
La maison nord (MSN3) de la fin du 13e ou du début du 14e siècle, regroupée dans cet ensemble avant le milieu du 15e siècle, fait l'objet d'un dossier individuel. La maison centrale (MSN2) et la maison sud (MSN1), dont ne subsistent aucun autre témoignage que celui des sources écrites pour les périodes antérieures au 15e siècle, sont décrites dans le présent dossier.