Les travaux de construction de la cour dite Louis XIV sont datables de la seconde moitié du 18e siècle. Ils sont très probablement conduits à la demande de l'abbé Emmanuel-Henri-Timoléon de Cossé-Brissac, abbé commendataire de 1717 à 1754 pour fermer la cour de façon régulière, englobent des bâtiments plus anciens, construits pour certains d'entre eux depuis le Moyen Age dont la démolition sera nécessaire. Les déblais des ruines, dispersés dans la cour ont relevé le niveau du sol de plusieurs dizaines de centimètres. Ainsi, à l'extrémité sud, une salle de plan rectangulaire, longue de 2 travées et voûtée d'ogives médiévales subsiste. Il s'agit très probablement d'un logis qui voisinait avec l'infirmerie (Rebière, Oculus, 2015, p. 8). Les vestiges de l'infirmerie médiévale sont d'ailleurs encore conservés dans le prolongement de l'aile du prieur, au-dessus du ruisseau de Fontfroide.
C'est dans le premier quart du 18e siècle que furent percées les portes dans les maçonneries de l'aile des convers. Un inventaire réalisé le 23 avril 1727, au moment de l'arrivée du nouveau prieur Dom Verdier (AD Aude, H 610), décrit l'escalier qui a été construit derrière l'ancienne porterie ; ce qui sous entend que le nouvel accès avait été aménagé. Aucun document d'archive ne permet de connaître le détail de la construction de l'aile du prieur mais tout porte à croire qu'elle intervient quelques années avant 1782, date à laquelle on procède aux fondations de la nouvelle cuisine, dans le prolongement du réfectoire. Les travaux sont confiés à maître Rocagel, entrepreneur de bâtiments qui perçoit 1566 livres pour "la construction de l'aile neuve du dortoir" dès l'année suivante (AD Aude H 616). Une rupture de maçonnerie et un changement du niveau de toiture confirment que la nouvelle campagne de travaux et le couloir qui relie la cour au cimetière des moines matérialise la jonction des ailes septentrionales et orientales du cloître.
L'aile nord de la cour, qui conserve sans nul doute, de nombreux vestiges de l'ancienne abbaye est reconstruite en dernier, pour achever l'alignement de la cour classique. Elle prend appui sur des salles voûtées, très certainement médiévales dont la profondeur est rallongée pour se conformer à l'alignement de l'élévation. Une fois établie, elle masque les constructions disparates qui la constituaient. L'extrémité nord-est de cette partie de la cour n'est qu'un mur écran qui cache une partie ruinée à une époque inconnue ou jamais construite. Quelques clichés du début du 20e siècle (Fontfroide 1908-1914) attestent de l'inachèvement des élévations à cet endroit. Leur achèvement est par conséquent une restitution récente décidée lors de la restauration de l'abbaye.
La cour occupée par des bâtiments adventices qui abritaient les ateliers des frères convers : menuiserie, bourrellerie, boulangerie… a été dégagée par Gustave Fayet qui donna à l'espace sa physionomie actuelle avec un grand bassin rectangulaire, aujourd'hui transformé en parterre fleuri. Il fit placer une statue d'évêque dans une niche de l'aile nord, installer deux reliefs sculptés, le premier sur le fronton de l'aile du prieur, le second au-dessus de la porte de la cuisine (Apports Fayet).
Chercheur partenaire de 2002 à 2008
Chercheur à l'Inventaire général depuis 2008