La peinture à été découverte en 2018 au cours des travaux effectués dans une maison datée par dendrochronologie du 4e quart du 15e siècle, les peintures sont donc légèrement postérieures.
Le décor, dont il ne subsiste plus qu’une partie, est situé à l’étage, au débouché de l’escalier sur le palier. Des traces encore visibles nous laissent supposer qu’il devait se développer sur l’ensemble du mur de la cage d’escalier. Mur constitué d’un remplissage en torchis recouvert d’un enduit à la terre sur lequel est appliqué un enduit à la chaux. Sur le fragment conservé est représentée, dans un fond de fins rinceaux fleuris, une jeune femme de face, debout, filant au fuseau avec une quenouille. La fileuse est simplement vêtue d’une robe avec un tablier blanc et porte un turban sur la tête. Au-dessus, dans un phylactère, est peint un texte aujourd'hui incomplet.
C'est ici une simple représentation d’un métier car filer était une des activités domestiques coutumières de la femme au Moyen Age. Travail monotone qui pouvait être rythmé par des chants simples. Ce motif avait aussi un sens symbolique ; une allégorie du travail, où la quenouille est un motif bien connu dans la littérature profane ou dans les drôleries des marges de cette époque. Cette évocation a tout son sens à Montricoux où l’industrie drapière est essentielle. Simplicité que l’on retrouve dans le costume de la dame et le décor végétal qui l’entoure évoquant un cadre champêtre stylisé proche du contexte.
La datation est confirmée par l’étude de l’inscription dont le type d’écriture est comparable à celle visible sur le tombeau de Philippe Pot (1480-1483) et un jeu des polychromies (alternance des lettres en noir et des signes de ponctuation en rouge) qui apparait à partir du milieu du Moyen Age. Un seul autre exemple en peinture murale d’une femme filant évoquant la vertu du travail ou de la patience est conservé en Normandie, à Caen dans une maison rue de la Monnaie : Caen, hôtel rue de la Monnaie, peinture de la fin du 15e siècle découverte en 2006 représentant une scène allégorique avec 2 pèlerins et 2 fileuses accompagnés de phylactères.
Cette image rarissime d’une femme filant la quenouille tout en prenant la parole et introduisant le visiteur à l’étage de la maison est datable de la fin du 15e siècle. Elle nous apporte des connaissances sur la «culture populaire» de la fin du Moyen Age en représentant peut-être un dicton ou une chanson populaire relative au travail des femmes. La découverte et l’étude de la peinture ont permis de confirmer la datation de la maison mais aussi de mieux comprendre le contexte économique de l’époque à Montricoux.