Dossier d’œuvre objet IM82002353 | Réalisé par
  • recensement des peintures murales
peinture monumentale : la fileuse à la quenouille, maison
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Inventaire général Région Occitanie

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Commune Montricoux
  • Adresse rue des Templiers , impasse des Jardins
  • Emplacement dans l'édifice palier du 1er étage de la montée d'escalier

La peinture à été découverte en 2018 au cours des travaux effectués dans une maison datée par dendrochronologie du 4e quart du 15e siècle, les peintures sont donc légèrement postérieures.

Le décor, dont il ne subsiste plus qu’une partie, est situé à l’étage, au débouché de l’escalier sur le palier. Des traces encore visibles nous laissent supposer qu’il devait se développer sur l’ensemble du mur de la cage d’escalier. Mur constitué d’un remplissage en torchis recouvert d’un enduit à la terre sur lequel est appliqué un enduit à la chaux. Sur le fragment conservé est représentée, dans un fond de fins rinceaux fleuris, une jeune femme de face, debout, filant au fuseau avec une quenouille. La fileuse est simplement vêtue d’une robe avec un tablier blanc et porte un turban sur la tête. Au-dessus, dans un phylactère, est peint un texte aujourd'hui incomplet.

C'est ici une simple représentation d’un métier car filer était une des activités domestiques coutumières de la femme au Moyen Age. Travail monotone qui pouvait être rythmé par des chants simples. Ce motif avait aussi un sens symbolique ; une allégorie du travail, où la quenouille est un motif bien connu dans la littérature profane ou dans les drôleries des marges de cette époque. Cette évocation a tout son sens à Montricoux où l’industrie drapière est essentielle. Simplicité que l’on retrouve dans le costume de la dame et le décor végétal qui l’entoure évoquant un cadre champêtre stylisé proche du contexte.

La datation est confirmée par l’étude de l’inscription dont le type d’écriture est comparable à celle visible sur le tombeau de Philippe Pot (1480-1483) et un jeu des polychromies (alternance des lettres en noir et des signes de ponctuation en rouge) qui apparait à partir du milieu du Moyen Age. Un seul autre exemple en peinture murale d’une femme filant évoquant la vertu du travail ou de la patience est conservé en Normandie, à Caen dans une maison rue de la Monnaie : Caen, hôtel rue de la Monnaie, peinture de la fin du 15e siècle découverte en 2006 représentant une scène allégorique avec 2 pèlerins et 2 fileuses accompagnés de phylactères.

Cette image rarissime d’une femme filant la quenouille tout en prenant la parole et introduisant le visiteur à l’étage de la maison est datable de la fin du 15e siècle. Elle nous apporte des connaissances sur la «culture populaire» de la fin du Moyen Age en représentant peut-être un dicton ou une chanson populaire relative au travail des femmes. La découverte et l’étude de la peinture ont permis de confirmer la datation de la maison mais aussi de mieux comprendre le contexte économique de l’époque à Montricoux.

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 15e siècle , datation par dendrochronologie

Enduit sur torchis et pan de bois. Peinture à la détrempe sur un enduit de finition à la chaux.

  • Catégories
    peinture murale
  • Matériaux
    • enduit, peinture à la chaux
  • Précision dimensions

    Dimensions approximatives : hauteur totale du mur = 250, hauteur de la peinture = 140, la = 72. Le phylactère : h = 13, l = 50.

  • Iconographies
    • figure, en fond femme, filage, à fleurette
  • Précision représentations

    Sur un fond de fins rinceaux, une jeune femme debout et simplement vêtue d’une robe avec un tablier blanc avec un turban sur la tête, file au fuseau avec une quenouille. Le personnage est surmonté d'un phylactère contenant une inscription.

    Plusieurs hypothèses peuvent être avancées quant à l’identification de ce personnage :

    La première qui vient à l’esprit lorsque l’on découvre le fragment conservé serait la représentation d’une des trois Parques, divinités du destin des hommes. Elles sont la transposition latine des Moires grecques : Clotho la Fileuse dont la quenouille symbolise le cours de l’existence, Lachésis la Réparatrice qui en règle le sort et Atropos l’Implacable qui en tranche le fil. Si ce choix iconographique savant tiré de l’Antiquité a été adopté ici, seule Clotho est conservée. Et il semble probable que la source ayant inspirée cette figure peinte pourrait tout à fait se trouver dans une des enluminures du Livre des échecs amoureux moralisés pour Evrart de Conty de Jacques Legrand daté vers 1495-1498.

    L’autre hypothèse, sans doute la moins concluante, est en lien avec l’image qui a circulé grâce aux Evangiles des quenouilles. Ces recueils de dictons médiévaux publiés en 1480 ont été largement diffusés au 16e siècle. De nombreux auteurs (Calvin, Etienne Pasquier, etc.) mentionnent cette œuvre à cette époque attestant son succès et de sa diffusion. Ces textes sont le reflet des préoccupations et des espoirs des femmes (croyances, recettes, conseils, vie quotidienne, vie conjugale, vie familiale, tâches domestiques). Ils présentent au sein d’un récit cadre emprunté sans doute à Boccace, des croyances et propos échangés dans un groupe de fileuses au cours de six veillées successives et rapportés par l’«acteur» anonyme. Cette thématique de la veillée convient parfaitement au sujet profane, mais il est ici éloignée du contexte car la fileuse est peinte jeune, debout dans un fond de paysage, différente de ce que l’on voit sur les frontispices des manuscrits conservés où plusieurs femmes âgées sont assises en train de filer la laine en présence d’une conteuse et de l’écrivain.

    La dernière hypothèse et certainement la plus plausible est celle d’une simple représentation d’un métier car filer était une des activités domestiques coutumières de la femme au Moyen Age. Travail monotone qui pouvait être rythmé par des chants simples. Ce motif avait aussi un sens symbolique ; une allégorie du travail, où la quenouille est un motif bien connu dans la littérature profane ou dans les drôleries des marges de cette époque.

  • Inscriptions & marques
    • Inscription concernant l'iconographie, incomplet, en français, peinte
  • Précision inscriptions

    L'inscription est peinte dans le phylactère est lacunaire.

    Transcription :

    [J]e file bien selon ma […]

    [C]ezt vo(us) aide […][la].p[orte]

    Sur la deuxième ligne le vo’ pour « vous » indique sans doute que le personnage s’adresse au spectateur, c’est au style direct.

  • État de conservation
    • fragment
  • Précision état de conservation

    Peinture dégagée lors de travaux dans la maison en 2018.

    Il ne subsiste plus qu'’une partie de la peinture située au 1er étage, au débouché de l’'escalier. Des traces laissent supposer qu'’elle se développait sur l'ensemble du mur de la cage d'’escalier.

    Actuellement le décor reste préservé derrière une vitre en attendant une future restauration.

  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    À signaler

Bibliographie

  • Gourvennec Michaël, Une communauté rurale à la fin du Moyen Age : Montricoux au prisme du compoix de 1478, Mémoire de master 1 sous la dir. de J.-L. Abbé, université de Toulouse-Le Mirail, 2008.

    CDPR Région Occitanie - site de Toulouse
  • Gourvennec Michaël, Une communauté rurale à la fin du Moyen Age : Montricoux au prisme du compoix de 1478. Restitution d'une société et d'un finage médiéval. Mémoire de master 2 sous la dir. de J.-L. Abbé, université de Toulouse-Le Mirail, 2 vol., 2010.

    CDPR Région Occitanie - site de Toulouse
  • DECOTTIGNIES, Sylvie, RUEFLY, Sandrine et STADNICKI, Carole. Une modeste maison en torchis de la fin du XVe siècle au décor exceptionnel à Montricoux (Tarn-et-Garonne). In [Table-ronde internationale, Montpellier, 2019] Architecture et construction en terre crue. Approches historiques, sociologiques, et économiques. 5èmes échanges transdisciplinaires sur les constructions en terre crue. Montpellier : éditions de l’Espérou, 2022, p. 195-201.

    CDPR Région Occitanie - site de Toulouse
    p. 195-201
  • Rommelaëre Léa, Les peintures élaborées sur les cloisons en torchis et pan-de-bois des habitats médiévaux. Inventaire national et étude. Mémoire de Master 1 des Mondes Médiévaux Toulouse, 2021.

    CDPR Région Occitanie - site de Toulouse
    p. 85 - 90.

Périodiques

  • Gourvennec Michaël, Montricoux et son territoire au XVe siècle. Etude d'un finage à la fin du Moyen Âge, BSAHTG, tome CXXXV, 2010, p. 59-70.

    CDPR Région Occitanie - site de Toulouse
    p. 59-70.
  • Léa Gérardin-Macario, Sandrine Ruefly et Térence Le Deschault de Monredon, Des décors peints dans des maisons du Bas-Quercy (XIVe-XIXe siècles), Patrimoines du Sud [En ligne], 18 | 2023, mis en ligne le 01 septembre 2023, consulté le 09 janvier 2026. URL : http://journals.openedition.org/pds/13166 ; DOI : https://doi.org/10.4000/pds.13166

Date(s) d'enquête : 2018; Date(s) de rédaction : 2019
(c) Inventaire général Région Occitanie
Édifice
maison

maison

Commune : Montricoux
Adresse : 30 rue des, Templiers, impasse des Jardins