Dossier d’œuvre architecture IA66006112 | Réalisé par
  • recensement du patrimoine thermal
Ancienne station thermale de Canaveilles-les-Bains, dit Grau de Canaveilles.
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Inventaire général Région Occitanie
  • (c) Université de Perpignan Via Domitia, laboratoire CRESEM

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Pyrénées
  • Hydrographies Aude
  • Commune Canaveilles
  • Lieu-dit Défilé des Graus de Canaveilles
  • Adresse Route nationale 116
  • Cadastre 2020 A3 717
  • Dénominations
    station thermale
  • Autres parties constituantes
    établissement thermal, chapelle

Les bains de Canaveilles se situent à une centaine de mètres sous la route nationale 116, sur la rive gauche de la Têt. Culminant à 700 mètres d’altitude, les bains de Canaveilles sont aujourd’hui à l’abandon et appartiennent à la commune.

Prémices de l’exploitation des eaux

Près des sources de Thuès et de Canaveilles, les moines d’Eixalada construisent un monastère dédié à St André en 846. L’utilisation des eaux est attestée dès lors. La crue de la Têt survenue en 868 détruit le bâtiment, que les moines reconstruisent à St Michel de Cuxa en 868. L’exploitation des eaux est abandonnée pendant plusieurs siècles.

Au XVIème siècle, des bassins troglodytiques sont édifiés, destinés aux bains. Anglada les mentionne en 1833 dans son ouvrage . Aucun bâtiment en élévation n’apparait sur le cadastre ancien de 1824. Un premier établissement modeste voit le jour en 1844, sous l’impulsion du propriétaire des sources, Jean Pierre Carrère, cultivateur à Canaveilles. Il construit des logements et 5 baignoires en ardoise (ADPO- 3E555/59). Lors du décès de Carrère en 1856, l’établissement est vendu à Cyprien Gallarde, cabaretier à Olette. L’acte de vente comprend un inventaire qui mentionne un jardin, les sources, un terrain et tous les biens meubles. La création d’un chemin entre l’établissement et la route nationale facilite l’accès. Le nouveau propriétaire améliore et agrandit l’établissement. Il remplace les baignoires en ardoise par des baignoires en marbre. Dès lors, l’établissement prend de l’envergure.

Autorisation d’exploitation et développement de l’activité, 1868-1931

Les bains de Canaveilles prennent le nom de Graus de Canaveilles (ROSENSTEIN/BARNADES, p.80.) en 1862, et reçoivent une mention honorable par le jury de l’exposition de Perpignan, car ils font partie des premiers établissements thermaux des Pyrénées-Orientales. Mais le propriétaire n’a toujours pas l’agrément d’exploiter les sources en bains, douches et boissons . Après une lutte vaine auprès du ministre de tutelle pour utiliser les eaux en bains, douches et boissons, Gaillarde cède l’établissement des Graus de Canaveilles à Jacques Bigorre (ADPO-3E55), négociant à Olette, le 19 aout de la même année. Le professeur Filhols procède à l’analyse des quatre sources principales, et établit qu’il est nécessaire de construire deux réservoirs d’eau pour le service des baignoires et des douches. Bigorre obtient l’autorisation d’exploiter les eaux de Canaveilles le 28 mai 1868. L'ensemble est composé de 12 sources différentes dont 5 sont désignées par un nom (des Bains, sainte LucIe, saint Joseph (dite aussi des Douches), saint Jacques, de Canaveilles). Une crue de la Têt survenue en 1876 endommage les installations et le petit bâtiment primitif. Bigorre construit alors un établissement plus grand.

En 1883, une annonce dans le Patriote des Pyrénées indique l'ouverture de la station entre le 15 mai et le 15 octobre. L'annonce précise l'existence d'une chapelle où la messe est dite tous les dimanches. Un service de voiture est organisé à l'arrivée des trains à Prades. Le propriétaire M. Bigorre indique que la table d'hôte est confiée à André Pagès, maître d'hôtel à Olette, mais que, comme par le passé, une vaste cuisine et une salle à manger spéciale sont à dispositions des baigneurs désirant faire leur ménage. L'annonce souligne qu'il ne faut pas confondre sont établissement, qui n'est pas en vue de la route nationale, avec celui des Graus d'Olette-Thuès. Pour venir à Canaveilles, il faut s'arrêter avant le tunnel des graux. En cette année 1883, M. Bigorre déclare 9 baignoires, 1 cabinet de douche, un cabinet d'inhalation et 4 buvettes. Pendant cette saison, l'établissement a reçu 340 baigneurs. Il ne pratique pas la cure d'hiver et de conditionne pas d'eau en bouteilles. En 1888, 340 personnes fréquentent la station, nombre qui monte à 410 en 1889, 450 en 1891 (AD Hérault, 5 M 555).

Le guide Joanne de 1888 recense 44 chambres et 62 baignoires exploitant l'eau de 10 sources sulfurées sodiques de 35 à 54°.

Les installations restent modestes : pas "de casino ou de parc : le jardin vous tiendrait dans la main" écrit P. Vidal en 1899. Il indique que les baigneurs qui viennent là sont des gens posés, ennemis du luxe et des plaisirs mondains : prêtres, religieuses, retraités ou rentiers.

Lors du décès de Jacques Bigorre le 29 avril 1901, Son fils Antonin hérite de l’établissement thermal. Il poursuit son exploitation tout en préservant ses intérêts, en particulier face à un risque de pollution des eaux qui pourraient résulter de l’exploitation minière du cuivre. Mais lors du décès de son épouse en 1929, il met son établissement en vente. Il décède à son tour en 1931 à Olette. Leurs filles héritent de l’établissement, décrit comme suit dans l’acte notarié : « un établissement comprenant un corps de bâtiment comportant deux constructions juxtaposées communiquant entre elles par une galerie extérieure. La construction est élevée de trois étages sur un rez-de-chaussée avec terrain attenant. (…) Au rez-de-chaussée, quatre baignoires en marbre noir et l’installation des salles de douches. Au premier étage, sept baignoires en marbre blanc. Dans la salle à manger, une grande table d’hôtes et trois petites tables, trente chaises ? Dans une autre salle, deux tables et six chaises. Dans la cuisine, une cuisinière, une batterie de cuisine, un garde-manger des tables de marbre dix chaises, des bancs, un service de table. Dans chacune des huit chambres, un lit en fer avec sommier et matelas une table de nuit et une table de lavabo. Au deuxième étage, dans les neuf chambres, même garniture sauf dans deux qui contiennent deux lits. Au troisième étage, neuf chambres avec la même garniture, sauf trois qui contiennent une paillasse. ». Dans ce descriptif de 1931, on note les différents niveaux de confort proposés aux baigneurs.

Le relais de l’Infante

Les héritières de Bigorre ne poursuivent pas l’exploitation de l’établissement, qui reste fermé entre 1929 et 1941. Marcel Pancerra s’en porte acquéreur, mais au sortir de la guerre, il ne peut investir dans les rénovations qu’il avait projetées. Il entreprend des rénovations moins ambitieuses et apporte un caractère singulier à l’établissement, entre 1955 et 1959. Il crée le relais de l’Infante, un relais gastronomique, dans l’ancien établissement thermal. Dans l’Indépendant du 8 juillet 1959, la description des bains de Canaveilles, après des années de fermeture, a un goût de renaissance. On décrit un style renaissance espagnole. Quarante chambres modernes sont aménagées avec chacune un cabinet de toilette particulier. Les murs ocres en nid d’hirondelle s’harmonisent avec les briquettes rouges. Le blason des anciens seigneurs de Canaveilles figuresur un écusson en bois sculpté, un lévrier noir bondissant avec un collier rouge sur fond or (THUILLARD, 1959). En 1961, une plateforme est aménagée au-dessus de la piscine afin de facilité le stationnement des véhicules. Le président Vincent Auriol déjeune au relais de l’Infante en 1961, lors d’une cure à Vernet-les-Bains.

Lors du décès de Marcel Pancera en 1974, son épouse cède l’hôtel au couple Branislav Stefanovic et Monique Garnier en 1978. Mais le 5 avril 1984, le relais de l’Infante est en proie à un incendie qui ravage l’ensemble du bâtiment. Depuis lors, le bâtiment est à l’abandon et la nature investit les lieux. L’eau continue toutefois de couler aux fontaines et buvettes. La commune de Canaveilles est désormais propriétaire des lieux depuis une dizaine d’années.

  • Période(s)
    • Principale : 2e quart 19e siècle , daté par source

La petite station thermale de Canaveille est implanté au fond de la vallée étroite du Têt, à 3 km d'Olette. On y accédait par un chemin se séparant de la route au niveau d'un tunnel percé dans les roches.

P. Vidal parle ainsi du site d'implantation en 1899 : "cet établissement troglodyte est une véritable curiosité à cause du site : il est dans un véritable trou, caché, dérobé à tous les regards. Quand on dévale par le sentier, on croirait aller en enfer ; mais c'est un enfer bienfaisant, agréable même". Il ajoute qu'il ne faut par y séjourner trop longtemps de crainte de spleen au vu de la modestie du lieu et en souligne la sauvagerie, particulièrement la nuit. Il indique que la maison est vaste, élevée, cherchant en vain à trouver le soleil. Malgré la modestie des lieux, l'établissement est jugé bien aménagé et très propres.

L’état de délabrement actuel ne permet pas d'en établir une description précise. La végétation a envahi la totalité de l’établissement, dépourvu de toiture. Toutefois, les différents niveaux se devinent sous le lierre, et les descriptions des années 1960, ainsi que les vues anciennes, permettent d’affirmer que l’établissement thermal de Canaveilles était composé de deux corps de bâtiments, l’hôtel thermal et la « maison mère », reliés par une galerie extérieure, composée d’une colonnade au crépi grossier ocre, imitant les nids d’hirondelles. Ce décor se retrouve au rez-de-chaussée, à l’intérieur et à l’extérieur.

Le bâtiment est composé d’un rez-de-chaussée et surélevé de 3 étages. La toiture a disparu, mais il demeure des traces d’ardoises et de tuiles en couverture. Au rez-de-chaussée, une pièce dont les murs sont recouverts de carreaux de faïence, abritait des baignoires et salles de douches pour les soins thermaux.

Les buvettes et fontaines dans et autour du bâtiment sont édifiées en briques rouges et en pierre recouverte de ce crépi ocre. Le banc maçonné autour de la piscine présente également ces éléments. La brique rouge et le crépi ocre sont les éléments décoratifs récurrents à Canaveilles.

  • Toits
    ardoise, tuile
  • Plans
    plan centré
  • Étages
    en rez-de-chaussée, 3 étages carrés
  • État de conservation
    envahi par la végétation, vestiges
  • Techniques
    • maçonnerie
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune

Documents d'archives

  • 5 M 555 Découverte et exploitation des sources (eau et établissements thermaux), autorisation : déclaration d'intérêt public, rapports de l'ingénieur des mines, arrêtés préfectoraux, plans, correspondance. 1870-1940

    AD Hérault : 5 M 555

Bibliographie

  • Chemin de fer, Guide illustré du Département [Pyrénées Orientales) 1910, principales stations thermales, balnéaires ou hivernales.

  • Guide illustré du Département, 1909, principales stations thermales, balnéaires ou hivernales

  • ANGLADA, Joseph. Traité des eaux minérales et des établissements thermaux du département des Pyrénées Orientales. Baillière, Paris/Sevalle, Montpellier, 2 volumes, 1833 (réimpr. 1899).

    En ligne : https://books.google.fr/books?id=GU_u8O9zDs8C&pg=PA149&lpg=PA149&dq=anglada+trait%C3%A9+eaux&source=bl&ots=xb_KbPEA1_&sig=V2KAK7gAKD7Rf85zjvOER50zV6o&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjDopvVmYDaAhWF6RQKHe9hAWwQ6AEISDAG#v=onepage&q=anglada%20trait%C3%A9%20eaux&f=false

  • GENSANNE, Histoire naturelle du Languedoc, 1778

  • PORCHERON, Louis (Dr). Villes d'eaux, les stations climatiques françaises. 1911. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5849135c]

  • FRENAY, Etienne, Le Thermalisme dansles Pyrénées Orientales, ADPO, Perpignan, 1986 (BIB 82 AM).

    AM Perpignan : BIB82
  • RUIZ, Sophie, Les stations thermales du Languedoc Roussillon, étude Monuments Historiques, 1999, non publié.

  • Rosenstein, Jean-Marie, Barnades, Guy, Graus de Canavelles, Oleta, Toès, stations thermales d'antan, Revue Terra Notra n°97, 1988.

  • BRGM, Valorisation de la ressource en eau chaude et développemnt local du canton d'Olette, juillet 2004.

  • VIDAL, Pierre. Guide historique et pittoresque dans le département des Pyrénées-Orientales. [en ligne]. Deuxième édition. Perpignan. Librairie Saint-Martory. Alté et Fau, Successeurs. 1899. 544 pages.

  • Collection des guides Diamant, P. Joanne, Pyrénées, Paris : Hachette, 1888.

Documents figurés

Date(s) d'enquête : 2019; Date(s) de rédaction : 2020
(c) Université de Perpignan Via Domitia, laboratoire CRESEM
(c) Inventaire général Région Occitanie