Jean Lartigaut (1992) a bien résumé ce que nous savons de l'histoire du bourg au Moyen Age depuis l'article que Maurice Greslé-Bouignol (1964) avait consacré aux origines de Labastide-Fortanière (déformé en Fortunière) devenue Labastide-Murat. Chevalier et troubadour, Bertrand de Gourdon fonde en 1238, ou peu avant, sur un chemin de pèlerinage reliant Cahors à Gramat et Rocamadour, un "castel" et une "ville neuve", une formule qui évoquait pour J. Lartigaut une possible transition entre les "castelnaux" et les bastides. Le territoire du nouvel établissement est pris sur celui de la paroisse Saint-Etienne de Soyris, dont l'église Sainte-Catherine de la nouvelle communauté restera longtemps l'annexe.
"J'ai bâti ce château de La Bastide pour garder le chemin et pour les terres des alentours et j'ai voulu qu'il se peuple" (M. Greslé-Bouignol, 1964, p. 203) : Le préambule de la charte de 1238 rappelle les intentions de Bertrand de Gourdon que M. Greslé-Bouignol a resituées au mieux dans le contexte de cette période agitée, entre comte de Toulouse, duc d'Aquitaine et roi de France. Fait exceptionnel, il est interdit à tout homme de la seigneurie de vendre du vin depuis Saint-Sauveur jusqu'à Rocamadour, sans doute afin de limiter les désordres sur le chemin du pèlerinage et aux abords des sanctuaires (M. Greslé-Bouignol, 1964, p. 215). Les autres articles des coutumes octroyées aux habitants énoncent principalement les droits du seigneur et les privilèges (franchises, libertés, conditions de résidence et d'acquisition des terrains) destinés à attirer des habitants.
Les dix articles de la charte initiale sont complétés en 1255 (n. st.) par une exemption de taxe en cas de marché et de foire, et une protection accrue des habitants contre les éventuelles exigences du seigneur en cas d'attaques armées, accordées par Fortanier de Gourdon ; signe que la communauté s'est développée, les prudhommes de la bastide apparaissent à deux reprises.
Le consulat est mis en place avec les nouvelles coutumes, sur le modèle de celles de Gourdon, octroyées en 1266 par Pons de Gourdon : les quatre consuls choisis par les habitants reçoivent leur investiture du seigneur ; ils administrent la ville, disposent d'un sceau, participent à la justice. L'année suivante, Pons de Gourdon invite un juif bordelais et les coreligionnaires qui voudraient bien le suivre à s'installer dans la bastide, dont l'économie pourrait ainsi bénéficier de leurs compétences (J. Lartigaut, 1992).
Une famille de chevaliers de l'entourage des Gourdon, les Goudou, issue d'un lieu proche de la ville neuve, y exercent la fonction de viguier en 1312, et peut-être dès sa fondation ; certains y résident : ainsi de feu Pierre de Goudou, dont la maison est mentionnée en 1294 (J. Lartigaut, 1992).
Après une première vente par Fortanier III de Gourdon à un non noble en 1299, qui est annulée, les mêmes raisons financières contraignent son fils Bertrand à vendre en 1311 ses droits sur la Bastide et autres lieux à Bernard Jourdain de l'Isle ; en 1386, la seigneurie est vendue à Jean de Mortemer, puis revendue à Flotard d'Hébrard de Saint-Sulpice en 1455 (M. Greslé-Bouignol, 1964, p. 198-200). Au 17e siècle la seigneurie passe aux Crussol (E. Albe, A. dioc.).
Les notes prises par Edmond Albe (A. dioc.) font apparaître un hôpital mentionné en 1312, 1332 et 1345 ; on a mention en 1334 d'une maison confrontant un ouvroir accensé par le chevalier Maffre de Goudou (J. Lartigaut, 1985) ; en 1474, Raymond d'Hébrard achète à Gauselme du Bousquet "une maison dans le fort de La Bastide, sur la rue qui conduit à la tour", et vers 1493, un acte mentionne "le château ou réduit de Labastide, environnés de fossés, [qui] renferme une grosse tour où l'on enferme les prisonniers". Cette "grosse tour" est sans doute la "tour du baron dite aussi de Maligay avec une maison de ce nom, à l'intérieur du réduit" que notait J. Lartigaut (1992) qui relevait également les mentions de la grand-rue, de la place, d'un fossé, de la chapelle des Soubirous et du "mercadial, juxta labastida".
Comme Monfaucon, Labastide n'a conservé que très peu de vestiges de bâtiments antérieurs à 1400 (un seul significatif : une grande arcade sur rue sur la parcelle 2018 A 455) et de l'après guerre de Cent ans. L'église paroissiale actuelle date des années 1869-1875 (E. Albe, A. dioc.).