Une riche iconographie, tant en dessins qu’en cartes postales et en photographies, permet d'analyser les évolutions des maisons en bordure est des anciens remparts. Sur l’ensemble des représentations, deux fenêtres figurent systématiquement au deuxième étage sans pouvoir en détailler les formes et modénatures. Le premier étage n'a qu'une fenêtre à droite. Le rez-de-chaussée est éclairé par un jour à droite ouvert dans une fenêtre rétrécie alors que la grande porte cochère de gauche est absente sur les lithographies d'Eugène de Malbos (1811-1851) ou de Pierre Gorse en 1873. Ces maisons étant bâties sur l’ancien rempart romain du 5e siècle, il n’est pas surprenant que les grandes ouvertures aient été limitées pour éviter de créer des fragilités dans la défense. La porte cochère a pu être percées courant fin 19e siècle quand les remparts sont peu à peu abattus, la grande porte à barbacane de Cabirole ayant déjà été détruit fin 18e siècle. Une photographie du fonds Bertrand Sapène, instituteur-archéologie de Saint-Bertrand, prise par Hilaire Bordères sur plaque de verre, montre la porte cochère effectivement ouverte et la partie basse du meneau de la croisée de gauche absente. De plus jusqu'en 1831, elle ne s'appuyait qu'au nord contre la porte Cabirole, la maison mitoyenne sud n'étant pas bâtie.
Côté rue des remparts, la croisée de pierre à droite est ornée sur son appui d'un écu retourné portant l'inscription : B.SABA-TERIS et un feuillage trilobé. Un Bertrand Sabatier (Sabaterii) est chanoine à la cathédrale en 15071 selon Robert Gavelle et 1517 selon Louis Fiancette d'Agos2..
Le palais épiscopal ayant été ruiné par les protestants en1590, en 1619, deux maisons sont vendues à l'évêque par les frères Gémit de Luscan pour accueillir un nouvel évêché : Bertrand de Gémit, archidiacre de Rivière, et son frère seigneur de Luscan. Dans la délibération capitulaire du 22 octobre 16193, les maisons "de part et d'autre de la porte Cabirole" sont décrites : "le 1er : une maison couverte d’ardoise, à 2 étages et un patus ou masures confrontant avec ladite tour, et un petit jardin hors de la porte Cabirole, près de la barbacane, le tout pour 600 livres ; le 2e : une maison couverte en ardoises, à plusieurs étages et un jardin, le tout confrontant à la porte Cabirole, le tout pour 3000 livres". La première correspond à la maison étudiée ici et la deuxième de l'autre côté de la porte est l'ancien évêché étudié dans la notice IA31011362. Côté rue de Cabirole, la porte d'entrée de la maison a conservé son encadrement en marbre ainsi que son fronton cintré, aujourd'hui martelé, mais dont se devine encore l'écu couronné portant trois fleurs de lys inséré dans des feuillages.
Jusqu'à la vente à l'évêché, cette bâtisse était donc une maison couverte d'ardoises, avec des croisées de pierre donnant sur la rue des remparts et sur la rue Cabirole. Lors du verbal de la visite paroissiale de l'évêque de 1627, il est indiqué que des prisons "ont été remis au bas du petit Cabirol, sans qu’aultre ment il y aie de geôlier attesté"4, probablement dans cette maison à proximité de la porte. Elle n'a alors plus de fonction d'habitat, le rez-de-chaussée simplement éclairé par un petit jour (la fenêtre a pu être rétrécie pour cet usage) pouvait en effet servir de geôles. L'officialité semble également l'avoir occupé un temps bref à partir de 17335, probablement au deuxième étage. L'espace public autour de la porte ne présentait pas la même physionomie qu'aujourd'hui : une grande barbacane précédait la porte créant une vaste place au-devant de cette maison. L'acte de vente de 1619 évoque d'ailleurs des "masures" confrontant avec la tour.
Elle reste dans le giron de l'évêché jusqu'à la Révolution où elle est vendue, en même temps que la grande maison de l'évêché et le jardin hors la barbacane, à Jean-Bernard Fourcat-Latour en 1794. Lorsqu'elle est devenue "bien national" à l'instar de sa voisine, son tympan a été martelé et "La Loy" a été gravé. Elle est alors qualifiée d'"écurie de Cabirole". Dans les matrices du plan napoléonien, la bâtisse est même dénommée "grange". En 1897, l'ensemble est vendu à Jean-André Rixens, artiste-peintre, par Edmont Latour fils de Bernard. La propriété est toujours aujourd'hui dans la même famille y compris le verger hors la barbacane. En 1912, Raymond Lizop, archéologue, écrit un article sur les dernières découvertes à Saint-Bertrand. il indique que cette maison est désormais une poste et que dans ses fondations ont été découverts des "vestiges de constructions romaines ; les fondations d'un bâtiment de forme circulaire de trois mètres de rayon"4 confirmant l'emplacement de la muraille romaine toujours visible en partie basse sur la maison mitoyenne (IA31013033).
1. Fiancette D'Agos. Louis, Vie et miracles de Saint Bertrand : avec une notice historique, p.377.
2. Gavelle Robert, Sur l'urbanisme ancien de Saint-Bertrand-de-Comminges, Revue de Comminges, 1980, p.372.
3. A.D Haute-Garonne, Fonds Mondon, 1 F 10, 22 octobre 1619.
4. Barbier de Montault, Visite de la cathédrale Saint-Bertrand-de-Comminges en 1627, Montpellier, 1877, p.24.
5. Gavelle Robert, Sur l'urbanisme ancien de Saint-Bertrand-de-Comminges, Revue de Comminges, 1980, p.372.
6. Lizop Raymond. Notes sur Saint-Bertrand-de-Comminges : archéologie. In: Revue des Études Anciennes. Tome 14, 1912, n°4. p.400. Notes sur Saint-Bertrand-de-Comminges : archéologie - Persée
Chercheur du service Connaissance et Inventaire des Patrimoines de la Région Occitanie depuis 2024.