On ignore qui est le commanditaire de la maison. La seule indication est la présence d'un écu retourné sur l’appui d'une croisée portant le nom d’un propriétaire : bdant( ?) correspondant peut être à Bridant ou Bridaut. Ensuite, elle passe dans la famille des Gémit de Luscan qui la vendront eux-même à l'évêque. Or, Jean-Bernard de Gémit, seigneur de Luscan et écuyer épouse en 1473 Esclarmondine de Bridant1. Il s'agit peut-être de la date du passage de cette maison d'une famille à l'autre. En 1593, Géraud de Gémit, capitaine de Saint-Gaudens, reprend St-Bertrand aux protestants Corbeyran et Adrien d'Aure qui l'avaient chassé de chez lui et jeté sa mère dehors2. En 1595, il devient capitaine de St-Bertrand.
En 16193 dans une délibération du chapitre concernant l'achat des deux maisons des frères Gémito, l'un archidiacre, l'autre seigneur de Luscan, par l'évêque pour remplacer la maison épiscopale ruinée depuis 1590. Les deux maisons situées de part et d'autre de la porte Cabirole "commandent la meilleure et la plus importante tour de la ville et peuvent servir de citadelle".
L'archidiacre vend " une maison couverte d’ardoise, à 2 étages et un patus ou masures confrontant avec ladite tour, et un petit jardin hors de la porte Cabirole, près de la barbacane, le tout pour 600 livres". Son frère, seigneur de Luscan cède pour sa part la maison au sud de la porte. Elle est citée dans le verbal de la visite de l'évêque Barthélemy Donadieu de Griet en 1627 en tant que "évêché de Cabirol".
La maison au sud de la porte accueille la prison de l'Officialité dès 1733 et est dénommée "écuries de Cabirol" lors de la vente des biens nationaux. Elle fait l'objet d'une notice indépendante : IA31012312.
L'évêque reste propriétaire jusqu'à la Révolution où l'ensemble des maisons est déclaré bien national et mis en vente. Les fleurs de lys du tympan et les croix pâtées du Comminges des basons sont bûchées et l'inscription "La Loy" est gravée. Quelques conseils municipaux vont s'y tenir jusqu'en 1793, la maison va servir de lieux de stockage du blé en 1792 : 100 sacs de grains "seront déposés dans les salles hautes de la maison ci-devant évêché. Il sera pourvu à la sûreté du dépôt et les portes seront garnies de serrures"[2].
Le 20 juillet 1790, Jean-Bernard Fourcat-Latour, chirurgien des chanoines, des prébendiers et de l'hôpital de Saint-Bertrand, ayant perdu son emploi du fait de la Révolution, adresse une supplique au comité ecclésiastique de l’Assemblée Nationale pour obtenir une pension de 600 livres lui permettant de payer la maison qu’il a acquise (maison Bridault IA31011438). En échange, il s’engage à soigner les pauvres gratuitement[3]. On ignore la réponse mais en 1794, il acquiert l'évêché, probablement à bas prix : "La maison, la moitié du jardin contigu, la moitié ou partie du patus au-dessus du jardin au couchant dudit évêché et les écuries de Cabirole appartiennent audit Latour chirurgien d'après l'acquisition qu'il en a fait au gouvernement ce qui a formé son lot lors du partage avec M. Vignaux, Decap et Cailhol co-associés"[4]. Sur les matrices du cadastre napoléonien Bernard Latour est toujours propriétaire.
En 1897, la maison est vendue à Jean-André Rixens, artiste-peintre, par Edmont Latour fils de Bernard. Dans un article de la revue de Gascogne sur Froidour et sa correspondance dans le Comminges, l'auteur, Paul de Casteran, en note de bas de page précise que l'ancien évêché appartient à M. Rixens « qui a sauvé de la ruine et artistiquement restaure cette vieille habitation. »[5]. Il serait intéressant d'identifier les modifications apportées par ce propriétaire. Elle appartient toujours aux descendants de cette famille.
La demeure est composée de deux maisons accolées possédant chacune une porte, avec des niveaux différents, rassemblées à une époque indéterminée en une seule habitation autour d'un escalier en vis desservant l'ensemble des niveaux. Le rez-de-chaussée du corps de logis de gauche, le premier en descendant la rue Cabirole, conserve de nombreux vestiges de la fin du 15e siècle (portes en arc brisé, décoration en accolade...). Aux étages, les deux cheminées superposées en pierre peuvent dater d'entre la fin du 15e et le premier quart du 16e siècle. L'étude dendrochronologique de la charpente à chevrons formant fermes permettra d'affiner la datation de ce corps de logis.
Le deuxième corps est associé à l'escalier en vis placé dans une tour. Au-dessus de la porte d'entrée de la tour de l'escalier est fixée une plaque de marbre probablement remployée portant la date de 1549. La graphie utilisée est douteuse par rapport à a date. Cela pourrait être une imitation datant du 19e siècle. Le rez-de-chaussée a été très transformé, la grande cheminée est bâtie en pierre de remploi et les niveaux y sont perturbés gênant la lecture. Au premier étage, les salons en enfilade ont été rénovés au 18e siècle correspondant probablement aux travaux évoqués dans la correspondance de l'évêque Mgr de Lastic en 1750.
En 1912, Raymond Lizop, archéologies écrit un article sur les dernières découvertes à Saint-Bertrand. il indique que M.Rixens "a découvert il y a quelque temps, sous le sol de la cave de son habitation (xve siècle), le pavé d'une ancienne chambre gallo- romaine en stuc rougeâtre"8.
1 Saint-Allais, Nicolas Vitor de, Nobiliaire universel de France, ou Recueil général des généalogies historiques des maisons nobles de ce royaume (Volume 10), p.22.
2 Robert Gavelle, Le chanoine Bertrand de Gémit de Luscan Saint-Bertrand-de-Comminges et Compostelle au XVIIe siècle, Revue du Comminges, 1983, p.197
3 A.D. Haute-Garonne, 1 F 10 - Fonds Mondon, Documenta Convenarum de Jean Schiaffini, 22 octobre 1619.
4 A.D. Haute-Garonne, Délibérations municipales de Saint-Bertrand-de-Comminges, BB.7 (1791-1798).
5 Lestrade Jean, Requête des Chirurgiens du chapitre de Saint-Bertrand à l'Assemblée Nationale (1790), Revue de Gascogne – 1921.[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57427247/f42.item#]
6 A.M. Saint-Bertrand-de-Comminges, Etats de section, non datées, article 1.
7 Revue de Gascogne : bulletin mensuel du Comité d'histoire et d'archéologie de la province ecclésiastique d'Auch – 1899.
8 Lizop Raymond. Notes sur Saint-Bertrand-de-Comminges : archéologie. In: Revue des Études Anciennes. Tome 14, 1912, n°4. p.400. Notes sur Saint-Bertrand-de-Comminges : archéologie - Persée
Chercheur du service Connaissance et Inventaire des Patrimoines de la Région Occitanie depuis 2024.