Dossier d’œuvre objet IM46120486 | Réalisé par
Bernard Guillaume (Contributeur)
Bernard Guillaume

Chercheur pour le Département du Lot de 2017 à 2025. Conservateur des antiquités et objets d'art du Lot depuis 2019.

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  • enquête thématique départementale, vallée du Lot de Cahors à Capdenac
ensemble de 10 verrières (verrières-tableaux, verrière mixte, verrières ornementales), église paroissiale Saint-Martin
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Lot - Causse et Vallées
  • Commune Saint-Martin-Labouval
  • Lieu-dit Le bourg
  • Emplacement dans l'édifice choeur, transept, nef, élévation ouest

Alors que le chantier de construction de sa nouvelle église vient d’être lancé, l’abbé Serrurier - curé de Saint-Martin-Labouval de 1898 à 1909, sollicite Charles Lorin, peintre-verrier à Chartres, pour la création des futurs vitraux. Ce dernier lui répond le 15 mai 1905 : "J’ai l’espoir que nous pourrons nous entendre, et j’en serais doublement heureux, car vos fenêtres, celles du chœur surtout, se prêtent admirablement à des scènes grandioses malgré les meneaux et aussi parce que, comme vous me dites si bien, ce premier travail dans votre région serait pour moi une magnifique réclame". Il lui propose de placer dans la verrière du chœur, "la scène du partage du manteau (de saint Martin), (qui) tiendrait les quatre baies entières et les tympans, sans architecture ou ornementations qui prennent généralement trop de place et leur donnent cette banalité qu’on rencontre si souvent". Il envoie par la même occasion la reproduction des vitraux qu’il a posés à la basilique de Domrémy, dont le dessin est dû à Lionel Royer, et lui suggère un vitrail dédié à Jeanne d’Arc pour l’une des chapelles latérales : "La scène de Jeanne d’Arc vouant la France à la Vierge Mère s’arrangerait très bien dans une des fenêtres de vos chapelles dont elle prendrait toute la surface". Il lui fait l’éloge de ses créations : "Monsieur le Curé, car vous avez compris, en voyant la reproduction de mes grands vitraux de Domrémy, le caractère véritablement artistique de ces verrières, qui sont en même temps très riches de coloration". Sûr de lui il poursuit : "De l’avis des connaisseurs, il n’existe peut-être nulle part d’aussi beaux vitraux modernes" ! Quant au prix, 180 francs le m2 (soit 3150 francs pour la verrière du chœur et 1900 francs pour la verrière d’une chapelle), certes il est peut-être plus élevé que celui d’autres maisons mais ses créations ne souffrent pas la comparaison que ce soit avec la maison de Vaucouleurs "dont le vitrail n’est pas la spécialité et dont le rendu est par trop commercial", ou encore avec la maison Dagrant.

Mais Lorin est pourtant loin de se douter qu’il va avoir fort affaire avec l’abbé Serrurier... Ce dernier trouve en effet ses prix bien trop élevés. Lorin s’en défend dans un courrier daté du 3 juin : "Je fais avant tout du vitrail et non du tableau, c’est-à-dire que j’obtiens l’effet d’un vitrail plus par la coloration des verres eux-mêmes que par la peinture, dont l’excès dissimule souvent des défauts de coloration et rend les vitraux opaques". Qu’à cela ne tienne, l’abbé Serrurier n’hésite pas à faire jouer la concurrence : en novembre 1905 Charles Champigneulle lui propose 2500 francs pour la verrière du chœur et 1500 pour chacune des verrières des chapelles. Le 24 octobre Lorin lui avait pourtant fourni une esquisse au "10e d’exécution" pour la verrière de saint Martin et consenti un rabais de 150 francs. Début décembre Champigneulle est finalement écarté du projet qui n’est relancé qu’en 1907.

L’entêtement de l’abbé Serrurier semble avoir fini par payer : le 29 juin 1907 Charles Lorin accepte de réaliser la verrière du chœur pour 2500 francs et propose les verrières des chapelles à 1500 francs l’une, s’alignant ainsi sur les prix de son concurrent. Lorin accepte ces efforts "car les vitraux (seront) pour moi dans votre contrée un spécimen de mes travaux". Le 13 août il envoie des croquis et maquettes pour les vitraux de la chapelle de la Vierge, de la nef et des rosaces : "Pour le vitrail de Jeanne d’Arc il ne m’a pas été possible de reproduire intégralement mon vitrail de Domrémy, la lancette centrale étant trop étroite, j’ai dû sacrifier les voix de Jeanne". Il propose pour les quatre verrières de la nef des "verres cathédrale (brouillés), le dessin serait d’un aspect doré, chaud se détachant sur fond bleu clair", à 160 francs l’une. Pour les deux rosaces du chœur, à 100 francs l’une, il propose "un dessin qui servirait de lien entre le sanctuaire et la nef. La partie décorative peinte et modelée sur verres teintés se détacherait en clair sur fonds rouges et bleus soutenus". Le 28 août il envoie des photographies colorées du dessin de saint Martin en précisant que "toute la richesse sera donnée au Christ et à saint Martin et que le reste sera harmonisé en conséquence de façon à produire un superbe vitrail". Enfin, le 3 septembre, Lorin écrit qu’il met en réalisation la verrière de saint Martin, déclarant faire "l’impossible" pour arriver à poser le 11 novembre et prenant en compte les dernières remarques de l’abbé Serrurier : "les lettres de la banderole seront plus délicates, dans le genre de celles de Domrémy. (…) le dernier pli de la banderole aura plus de souplesse. La branche de l’arbre sera arrêtée à la nuée divine". Le 26 septembre, il précise qu’il réalisera également les deux rosaces du chœur mais "en grisaille et non en mosaïque comme le modèle que (je) vous ai adressé", "dans une coloration plus claire".

La correspondance conservée aux archives diocésaines de Cahors s’achève le 20 janvier 1908 avec la confirmation par Lorin de la réception de la somme de 675 francs pour solde des vitraux du chœur. Les commandes vont toutefois se poursuivre d’après les inscriptions et dates relevées sur les verrières de l’église. Ainsi, la verrière du Sacré-Cœur est posée en 1908 et offerte par les familles Cibiel et de Liedekerke-Beaufort, descendantes de Louis-Emile de Goussé de la Rochelart dont la pierre tombale, récupérée dans l’ancienne église, est mise en valeur dans la chapelle nord, juste au-dessous de la verrière. La chapelle funéraire des seigneurs de Cénevières se trouvait en effet dans l'ancienne église. Les quatre verrières de la nef suivent sans doute la même année tandis que la verrière de sainte Jeanne d’Arc, dans la chapelle sud, ainsi que la rosace occidentale sont mises en place en 1909. Malgré les efforts consentis par Charles Lorin, il semble bien que l’église de Saint-Martin-Labouval reste son seul et unique chantier dans le Lot.

  • Période(s)
    • Principale : 1er quart 20e siècle
  • Dates
    • 1907, date portée
    • 1908, date portée
    • 1909, date portée
  • Lieu d'exécution
    Commune : Chartres
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Lorin Charles
      Lorin Charles

      Charles est le fils du fondateur de l’entreprise, Nicolas, et le père de François Lorin. Il a fait ses études au Petit séminaire de La Chapelle-Saint-Mesmin, ce qui lui assure une bonne connaissance de l’histoire de la religion catholique. En 1884, il entre à l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs, à Paris. En 1886, il échoue au concours d’entrée à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Il suit les cours de l’école de dessin à l’académie Colarossi avec les peintres Jules Lefebvre et Gustave Boulanger. Il a deux fils mais Etienne meurt au combat en 1917.

      Même s’il y travaillait depuis 1885, en janvier 1902, il prend officiellement les rênes de l’entreprise ; « la charge de l’atelier est lourde mais Charles sait s’entourer de personnes de confiance et de talent, notamment son beau-frère, Louis Piébourg, le jeune peintre-verrier Gabriel Loire (1904-1996) et l’artiste Marthe Dano (1891-1960).

      En 1929, est créée la société Ch. Lorin & Cie, d’où un changement de signature. Quand Louis Piébourg meurt, en 1930, l’association unit par tiers Charles, son fils François et Gabriel Loire (neveu par alliance). Ils commencent à travailler la mosaïque et la dalle de verre dans les années 1930. Les aléas historiques rendent le nombre d’ouvriers très fluctuant. Les relations de l’atelier avec les MH mettent du temps avant de se mettre en place mais sont bien établies à partir des années 1930. Grands chantiers aux Etats-Unis.

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      peintre-verrier signature
    • Auteur de la source figurée :
      Royer Lionel
      Royer Lionel

      Il est notamment l'auteur des grandes scènes de la Vie de Jeanne d'Arc à la basilique du Bois-Chenu à Domrémy, ainsi que du tableau Vercingétorix jette ses armes aux pieds de Jules César.

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      cartonnier attribué par travaux historiques

Les vitraux occupent les baies du choeur, du transept, de la nef et de la façade occidentale. Les baies du choeur sont composées de lancettes jumelées surmontées d'une rose à six lobes et accostées de deux lancettes de même hauteur mais moins larges, surmontées d'un oculus. Deux roses à huit lobes percent les élévations latérales du choeur. Les chapelles du transept présentent chacune trois lancettes, celle du milieu étant plus haute. La nef est éclairée par quatre lancettes tandis que la façade occidentale présente une rose à six lobes.

Les grandes baies 0 et 4 (choeur et chapelle sud) sont des verrières-tableaux hagiographiques dont la scène historiée occupe la totalité de la surface vitrée. La verrière de la baie 4 est mixte : elle présente un grand personnage et des éléments héraldiques sur fond ornemental rappelant des motifs cisterciens. Les baies de la nef sont des grisailles de style archéologique inspirées des vitraux des abbayes cisterciennes de Bonlieu (Creuse), Obazine (Corrèze) et Pontigny (Yonne). Les roses sont ornementales.

  • Catégories
    vitrail
  • Matériaux
    • verre transparent, peint, polychrome, grisaille sur verre
  • Iconographies
    • ornement à forme végétale
    • ornement à forme géométrique
    • charité de saint Martin
    • sainte Jeanne d'Arc
    • Vierge à l'Enfant
    • sainte Catherine d'Alexandrie
    • sainte Marguerite
    • saint Michel archange
    • France, allégorie
    • Sacré-Coeur
    • armoiries
    • croix
    • chérubin
  • Précision représentations

    Verrière 0 : au centre, saint Martin, monté sur son cheval au centre d'un groupe de cavaliers de l'armée romaine, partage de son glaive son manteau qu'il s'apprête à donner à un vieil indigent, la scène se déroule en hiver devant une porte fortifiée de la ville d'Amiens vers l'an 334 d'après le récit de Sulpice-Sévère son hagiographe ; juste au-dessus, un ange porteur d'un long phylactère souligne cette action et, dans la rosace, le Christ recouvert du manteau que Martin a offert au pauvre ; autour du Christ, des chérubins.

    Verrières 1 et 2 : une croix grecque fleuronnée occupe le centre de chaque rose, dans les écoinçons des cartouches cordiformes à volutes feuillagées affrontées.

    Verrière 3 : au centre, le Sacré-Coeur représenté de face et en pied, au centre d'une niche architecturée de style gothique ; au-dessous, et au centre des verrière latérales, des armoiries ; le fond de la verrière est à motifs de fleurs de lys stylisés.

    Verrière 4 : Jeanne d'Arc présente la France à la Vierge sous le regard de sainte Marguerite, sainte Catherine et saint Michel.

    Verrières de la nef : fleurs de lys stylisés se prolongeant par des enroulements, dans un réseau de motifs géométriques.

    Verrière 11 : au centre, une croix dorée sur les bras de laquelle pend le linceul du Christ ; autour, dans les lobes, motifs de rinceaux feuillagés formant un trilobe à redents.

  • Inscriptions & marques
    • signature, peint, sur l'oeuvre
    • date, peint, sur l'oeuvre
    • inscription concernant l'iconographie, peint, sur l'oeuvre
    • inscription concernant le donateur, peint, sur l'oeuvre
    • armoiries, peint, sur l'oeuvre
  • Précision inscriptions

    Signature et date : Ch. LORIN CHARTRES 1907 (sur la verrière de la baie 0) ; Ch. LORIN CHARTRES 1909 (sur la verrière de la baie 4) ; Ch. LORIN 1909 (sur la verrière de la baie 11). Date (sur la verrière de la baie 3) : ANNO DOMINI MCMVIII.

    Inscription concernant l'iconographie : sur la verrière de la baie 0 : MARTIN M'A REVETV DE CE MANTEAV ; A ST MARTIN NOTRE GLORIEUX PATRON ; sur la verrière de la baie 4 : DE PAR LE ROY DV CIEL ; REGNVM GALLIAE/ REGNVM MARIAE ; QU'ELLE SOIT TOUJOURS VOTRE FILLE AINEE.

    Inscription concernant le donateur (sur la verrière de la baie 10) : DON DE E. DECREMPS.

    Armoiries (sur la verrière de la baie 5) : au centre, deux écus sommés d'une couronne marquisale, celui de droite portant de gueules losangé d'argent (de Goussé), celui de gauche portant d'azur à la tour d'argent au chef cousu de gueule chargé de trois casques d'or tarés de profil (de La Tour du Pin) ; à gauche, un écu sommé d'une couronne marquisale, parti, au 1 d'azur à trois étoiles d'or en pal, au 2 bandé d'or et de gueules (Gourdon de Genouillac) ; à droite, un écu sommé d'une couronne ducale, portant : écartelé, aux 1 et 4 d'azur à une tour d'argent, au chef cousu de gueules chargé de trois casques d'or tarés de profil ; aux 2 et 3, d'or au dauphin vif d'azur (de La Tour du Pin-Gouvernet).

  • État de conservation
    • altération ponctuelle
    • altération chromatique de la surface
  • Précision état de conservation

    Sur la grande verrière du choeur, en partie inférieure, certains verres présentent des altérations chromatiques, sur le côté droit présence de ruban adhésif collé directement sur le verre et ayant servi à maintenir un décor de crèche. Quelques petites lacunes sur les roses du choeur. Un diagnostic sanitaire global est recommandé afin de déterminer les interventions à prévoir pour conserver cet ensemble exceptionnel.

  • Statut de la propriété
    propriété de la commune

Documents d'archives

  • Archives diocésaines de Cahors : Paroisse de Saint-Martin-Labouval, correspondance des ateliers Champigneulle et Lorin avec l'abbé Serrurier au sujet des vitraux à créer pour la nouvelle église (1905-1908).

    Archives diocésaines de Cahors
  • Archives diocésaines de Cahors : Registre des délibérations de la fabrique paroissiale de Saint-Martin-Labouval (1804-1924).

    Archives diocésaines de Cahors
    Don de la verrière du Sacré-Coeur, vers 1908

Documents figurés

  • Archives municipales de Chartres, Fonds de l'atelier de vitraux Lorin : Carnet de commandes, chantier n°2529, Saint-Martin-Labouval, 25 mars (1908 ou 1909?).

    Archives municipales de Chartres : 14II/577
  • Archives municipales de Chartres, Fonds de l'atelier de vitraux Lorin : Carnet de commandes, chantier n°2529, Saint-Martin-Labouval, 3 juillet (1906 ou 1907?).

    Archives municipales de Chartres : 14II/369
Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Conseil départemental du Lot
(c) Inventaire général Région Occitanie
Bernard Guillaume
Bernard Guillaume

Chercheur pour le Département du Lot de 2017 à 2025. Conservateur des antiquités et objets d'art du Lot depuis 2019.

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Édifice
église paroissiale Saint-Martin

église paroissiale Saint-Martin

Commune : Saint-Martin-Labouval