Localisation, situation : On se reportera, pour ce qui concerne la localisation de ce décor, à la rubrique "parti du décor" dans le dossier principal. Le croquis versé en annexe rendra compte, suivant les sujets de gypseries, de leurs situations relatives.
Dimensions, formes, formats : Le plan au sol de l'hôtel (cf. dossier principal) fournit les grandes mesures du salon. Le plafond de ce dernier est, environ, à quatre mètres du sol. Les vantaux des placards d'encoignures, concaves, ont leur partie supérieure cintrée en arc surbaissé : leur hauteur totale est de 2,95 m ; leur corde est de 0,93 m ; la moulure supérieure de leur chambranle est de 0,25 m. Les médaillons de gypserie des encoignures, trilobés, empiétement par chacun de leurs lobes sur chacun des trois plans distincts du plafond et des deux murs adjacents : en comptant leur cadre, leur hauteur totale est de 1,20 et leur largeur de 1,20 m. Chaque médaillon a sa partie supérieure en retrait par rapport à sa partie inférieure. La retraite de la partie supérieure des cadres par rapport à leur bordure inférieure est de l'ordre de 20 cm environ tandis que la profondeur maximale de chaque médaillon, mesurée dans l'aplomb de la bordure inférieure du cadre est de l'ordre de 50 cm environ. Les photographies n03 5, 10, 11 n'ont pas d'autre objet que de faire ressortir l'importance de ces retraites.
Un talon renversé rétrécit la largeur du trumeau de la cheminée dans sa partie supérieure : le même trait se retrouve sur le contrefond du dessus de porte et sur les contrefonds des médaillons d'encoignure. Dans sa plus grande largeur le trumeau de la cheminée, comme la porte qui lui fait vis à vis, est de 1,58.
La série des courbes et contrecourbes des cadres des médaillons qui garnissent le dessus de porte et la partie supérieure du trumeau de la cheminée, composent des sortes d'ellipses : leur grand "diamètre" est de 1,40 m ; le petit "diamètre" du premier est de 1,20 m ; celui du second n'excède pas 80 cm.
Technique : Les vantaux de3 placards d'encoignure sont montés sur un cadre qu'une traverse horizontale, assemblée aux montants par tenon et mortaise, subdivise en deux panneaux : le décor de ces vantaux s'organise selon cette subdivision. Le plein des vantaux est composé de cinq planches par panneau ; ces planches sont assemblées à plats joints, semble-t-il avec rainures et languettes, dans le sens vertical ; la partie supérieure du cadre de chaque vantail vient s'assembler en onglet avec les montants du cadre. Quant au plein des vantaux, il est assemblé au cadre par simple emboiture. La partie supérieure des chambranles, est assemblée en onglet avec les montants. Il semble que les garnitures florales des vantaux, enlevées en bas relief, soient taillées dans l'épaisseur du bois, sans assemblage ni collage. De simples S à la découpe barbelée, en fer forgé, garnissent les serrures.
Les gypseries présentent - au moins celles des angles du salon - l'exemple exceptionnel de modelages directs : La texture rugueuse du matériau, dans toutes les parties du volume soustraites au point de vue du spectateur, révèle l'usage de la mirette. L'ensemble du décor est armé de tiges métalliques de trois millimètres de section (environ). Cette structure apparait aux cassures du matériau. Une telle armature venait également garantir la résistance des bouquets de fleurs qui agrémentent les cadres des médaillons. La saillie des volumes est si importante qu'elle pourrait permettre d'assimiler les figurines qui garnissent les médaillons d'angle à des rondes bosses si le gypsier ne les avait soudées aux fonds au moyen d'épaisses languettes de stuc qui assurent leur stabilité et- leur solidité. Le gypsier s'ingénie à dégager des fonds certains détails ; tel le col de la cigogne ou la patte d'un animal. Ce sont ces parties du volume qui se sont le plus mal conservées. Notons enfin comme relevant spécifiquement de la technique du gypsier le caractère lourd, émoussé des formes, caractère qui vient accentuer la confrontation avec les modèles gravés desquels s'est inspiré le décorateur. Si les médaillons des écoinçons sont traités en haut-relief, les médaillons du trumeau de la cheminée et du dessus de porte, sur fond plat, sont traités en bas-relief.
Etat de conservation : Les vantaux des placards sont en bon état ; les gypseries ont peu souffert : on a noté leurs cassures ; il faut noter, dans la gypserie n° 3, une faille qui la lèse de part en part. Pour plus irréparables doit-on tenir les repeints à l'huile en blanc cassé dont les couches accumulées émoussent les volumes par eux-mêmes, déjà, passablement dépourvus de vivacité. L'installation des rayonnages en condamnant la porte du salon et la cheminée, est venue rompre l'homogénéité de ce décor tout en dissimulant quelques unes de ses parties (le trumeau de la cheminée) et en ruinant les proportions originales.
Iconographie : Le gypsier se soumet aux modèles de J.B. OUDRY dans les quatre médaillons des écoinçons, avec servilité et sans autre variante notable que celle qu'imposait la ductilité spécifique du stuc ; outre cette dernière, la seule liberté que prenne le décorateur, concerne les "fonds" de ses fables : arbres et rocailles présentent de sensibles différences avec les fonds de OUDRY - on comparera notamment la gypserie n° 1 et la gravure n° 6. Pour le reste le décorateur s'en tient aux suggestions des modèles. La gypserie n° 1 suit la gravure de JJ. FLIPART ; le n° 3 se conforme à la gravure de M. AUBERT. Ces deux gravures qui ont pour thème les deux épisodes complémentaires de la fable "Le renard et la cigogne" ont été, comme les suivantes, exécutées sur les modèles de OUDRY. La gypserie n° 2 qui a pour thème "Le loup plaidant contre le renard par devant le singe" reprend la gravure de D. S0RNIQUE. Quant au modèle de la gypserie n° 4 - l'"âne et le lion chassant" - on le trouve dans la gravure de JJ. FLIPART. On a pris le parti de présenter la photographie de chaque modèle à la suite de celle de sa copie en stuc. Dans les deux médaillons qui parent respectivement le dessus de la porte et le trumeau de la cheminée, le gypsier, sans doute du fait des formats, a dû abandonner les modèles de OUDRY : il oublie la gravure de P.F. TARDIEU pour "le Corbeau et le Renard" comme celle de L. Le MIRE pour le "Singe et le Chat" - qui avec son "feu", vient décorer judicieusement le trumeau de la cheminée ; on a cependant tenu à présenter les reproductions photographiques de ces gravures.