Au milieu du 13e siècle, Montcuquet fait partie des forces de la vicomté de Lautrec qui constituent un véritable système défensif constitué de trente forts (Zalmen Ben-Nathan, 2011, p. 148). Selon Philippe Zalmen Ben-Nathan, le fort de Montcuquet était alors composé d’un camp retranché protégé d’une enceinte rectangulaire et probablement d’un fossé avec une maison forte ou une tour pour le seigneur.
En 1338, Montcuquet compte huit feux et dans la première moitié du 14e siècle Aymeri de Faricon de Gignac est seigneur de Montcuquet, il possède une tour dans le fort et un domaine de 2000 livres tournois (Zalmen Ben-Nathan, 2011, p. 134, 204). Dans la première moitié du 15e siècle, la famille Dupuy possède la seigneurie ; Antoine Dupuy, consul de Lautrec, est seigneur de Montcuquet et de Cabrilles en 1426 (Zalmen Ben-Nathan, 2011, p. 217). Ils en sont les seigneurs jusqu’au 17e siècle, période où le château passe dans la famille de Ligonier, riche famille castraise qui cumule au début du 17e siècle les charges dans la magistrature et obtient par cette voie l'accès à la noblesse et possède son hôtel rue des Pradals (ADT, BIB MS 26 1, Romane-Musculus, 1978). En effet, Jean de Ligonier, bourgeois de Castres dont le père était receveur des décimes du diocèse de Castres, épouse en 1600 Isabeau du Puy de Cabrilles (ADT, 6 E 22/121), fille de noble Jean du Puy, sieur de Cabrilles et de Moncuquet. Rapidement, ce dernier acquiert les charges de conseiller et secrétaire audiencier du roi de la chancellerie de Montpellier qui lui permettent d'accéder à la noblesse. Son fils, Abel, est dénommé seigneur de Moncuquet, il est conseiller secrétaire du roi, audiencier en la chancellerie de Montpellier. Il épouse en 1634 Marguerite Le Roy de Ciorac. Il entreprend selon toute vraisemblance dans le 3e quart du 17e siècle la reconstruction du château qui relève d'un programme unitaire et cohérent avec terrasse, et peut-être déjà des jardins, un puits couvert et un pigeonnier (date portée de 1662), période pendant laquelle il aurait également complété l'acquisition de Montcuquet. Son fils, Louis, épouse Louise de Poncet en 1677. L'inventaire dressé après son décès en 1693 permet de retrouver l'organisation du château (AD Tarn, B 115, fol. 31-47).
L'accès se faisait par la basse-cour qui permettait d'accéder au grand escalier. Au rez-de-chaussée, à droite de l'escalier se trouvait la cuisine basse qui comprenait deux pièces. A l'étage, les pièces sont en enfilade. La salle se trouvait au premier étage, dans la partie sud de l'aile orientale. Elle était éclairée d'une grande croisée, maintenant obturée, et était chauffée d'une grande cheminée dont proviennent probablement les pierres sculptées déposées dans le jardin. La chambre du maître de maison était située dans la partie nord et communiquait avec la tour ronde. De l'autre côté du grand escalier, on entrait dans le petit salon, puis ensuite, dans la grande chambre de la maîtresse de maison, dans laquelle se trouvait du linge de lit de toile fine et dans le cabinet en bois de noyer les quelques chemises et linges de la dame. Au coin de la chambre, se trouvait dans la grande tour le cabinet de travail avec toutes les archives de la maison, dont un petit "patoc des mémoires des réparations qui ont été faites au dit château et metterie dudit Montcuquet". Trois métairies dépendaient alors du château, la Métairie Noble, celle de la Badourlié et celle de la Ferraudié.
Le château et les métairies restent dans la famille Ligonier pendant deux générations, Abel (1679-1769) puis Charles (1712-1780) et à la troisième génération Anne-Louise épouse en 1771 Pierre III de Gervain de Roquepiquet. Peut-être est-ce à l'occasion de ce mariage que le réaménagement de l'appartement du rez-de-chaussée, situé à gauche du grand escalier est entrepris, ainsi qu'au nord, l'établissement d'un niveau de circulation extérieur en pan de bois à hauteur du premier étage. Un bâtiment a été également élevé contre l'élévation nord, entre les deux tours, sur l'actuelle emprise du chai et était peut-être à ce moment uniquement en rez-de-chaussée, aéré par des baies rectangulaires à grilles.
Le procès-verbal de la mise sous séquestre du château et des métairies de Montcuquet du 7 avril 1794 (ADT, L 315) rend compte de la fonction de certaines parties du château qui n'avaient pas été détaillées dans l'Inventaire après-décès de 1693, notamment dans les parties domestiques. Au deuxième étage, se trouvaient le galetas et des appartements à gauche et à droite de l'escalier, suivis à droite du logement du jardinier. Au rez-de-chaussée, des appartements étaient situés à gauche du grand escalier et à droite, la cuisine, puis le salon à manger, qui correspond à la partie éclairée par une croisée et chauffée par une cheminée monumentale. Une porte permettait de rejoindre la dépense (pour les réserves de farine, les maies à pétrir) puis la réserve à grains. Un grenier à grains se trouvait contre cette dernière, contenant treize sacs avec les semences de millet et les mesures. Au-dessous et donnant sur l'est se trouvait la cave vinaire avec deux cuves, seize barriques, un cuvier dit "cornut", deux comportes et un entonnoir. Dans l'autre cave (côté ouest) se trouvaient aussi des barriques et barricots vides. Venaient ensuite l'écurie et la grange à foin.
Leur héritier, Jean-Baptiste Gabriel de Gervain (mort en 1833) épouse en 1806 Marie Françoise Eléonore Marguerite Nelly de Lacger de Castres (morte en 1852). Les héritiers de la deuxième génération mettent en vente le château de Montcuquet qui est acheté par Luc Vène, propriétaire et négociant de Réalmont le 13 avril 1854 au prix de 150 000 francs (ADT, Hypothèques Castres, TR 180157, transcription vol. 180, acte n° 157). Il est alors précisé que le domaine est situé sur les communes de Lautrec, Peyrégoux, et Montpinier La Bessière.
Luc Vène, protestant de Réalmont, est né en 1798 ; il est marié depuis 1833 à Marie Anaïs Austry. Ils ont deux fils, Philippe (né en 1838), l'aîné, et Édouard (1841-1930). Le cadet, marié à Marie Clarice Sabatié de Mazamet, hérite du château. Leur fils, Joseph Vène (1888-1964) époux de Jeanne Armengaud en première noce (1919) puis de Suzanne Vène (1928), en est ensuite propriétaire. Conseiller d'arrondissement à plusieurs reprises, il est décrit en 1925 par le sous-préfet comme un "des plus importants propriétaires du canton de Lautrec. Ingénieur agronome, très versé dans les questions d'agriculture, il jouit d'une excellente réputation dans les milieux agricoles". En 1937, il se spécialise au conseil d'arrondissement dans l'étude des questions agricoles (note de J. Le Pottier, 2025). Membre important de la Chambre d'agriculture, Joseph Vène est par ailleurs l'un des auteurs de L'Agriculture tarnaise, publié en 1936.
En grands propriétaires terriens, les Vène s'emploient à faire de Montcuquet le centre d'un important domaine agricole. Le château lui-même est modifié à cette fin. Un silo à grains est construit à l'angle sud-est par Luc Vène, probablement peu de temps après l'acquisition en 1854. À la génération suivante, Édouard Vène fait rebâtir l'aile sud des communs, ainsi que la tour ronde à l'angle sud-ouest, en 1881-1882 (Archives du château de Montcuquet, plans de 1881 et 1882). Par analogie de mise en oeuvre, on doit pouvoir également attribuer à Édouard Vène la construction du chai accolé au nord du corps de logis, même si ce dernier est probablement venu prendre la place d'un bâtiment préexistant. C'est aussi lui qui fait encore réaménager le jardin, autour de 1878-1884 (Archives du château de Montcuquet, plans et commandes de plantes) et bâtir la ferme directement au sud-est du château, en 1894 (Archives du château de Montcuquet, plans et notes manuscrites).
Le château reste la propriété des Vène jusqu'en 2022 quand il est acheté par les propriétaires actuels, M. et Mme Ross, de nationalité anglaise.
Chargée d'Inventaire au CAUE du Tarn