Dossier d’œuvre architecture IA81012161 | Réalisé par
Béa Adeline
Béa Adeline

Chargée d'Inventaire au CAUE du Tarn

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  • enquête thématique régionale
  • patrimoine vigneron du Pays Gaillacois
ville de vignoble
Œuvre étudiée

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Pays du Vignoble Gaillacois, Bastides et Val Dadou - Gaillac
  • Commune Gaillac
  • Cadastre 1827 F  ; 2013 BS, BY, BT, LT, NE, NH, ND
  • Dénominations
    ville
  • Autres parties constituantes
    port, place, gare

L’histoire de Gaillac, ville éponyme du vignoble établie le long du Tarn, ne peut être étudiée sans la prise en compte de la relation qu’elle a entretenue avec son arrière-pays. La vigne et la rivière sont ainsi les éléments déterminants qui ont contribué à construire l’identité de la ville et de son vignoble. Le port, qui se trouve en tête de navigation sur le Tarn, a joué un rôle évident dans le développement de l’agglomération grâce à l’activité commerciale, et essentiel dans l’essor de la production vinicole et de sa commercialisation.£La ville de Gaillac s’est implantée le long du Tarn, sur l’emplacement d’une villa gallo-romaine du premier siècle de notre ère, découverte au cours de fouilles archéologiques, et qui a perduré jusqu’au Haut Moyen Age. La villa de Galliaco (Gaillac) puise son origine étymologique dans le nom de famille Gallius. Elle est attestée parmi les possessions de saint-Didier, évêque de Cahors en 650. La place est stratégique, elle domine la rivière et elle se trouve à un point de franchissement et à un carrefour de voies de communication important.£Au 10e siècle, les sources sont plus nombreuses et révèlent un paysage cultivé de vignes autour de la villa, à Sainte-Cécile d’Avès, Cels, Laborie et Saint-Laurent de Pompirac. Probablement sous l’impulsion de la famille comtale de Toulouse, une communauté de clercs est créée à Gaillac . En 951, cette dernière dessert l’église Saint-Michel. Cinq ans plus tard, il est question du monasterium. Une abbaye de bénédictins s’établit alors en lieu et place de la villa, jouant un rôle évident dans le développement du vignoble et la commercialisation du vin. Au 11e siècle, le transport du vin par bateau depuis le port de Gaillac est attesté par les droits de péage de l’abbaye de Moissac, replaçant la rivière du Tarn au cœur des échanges.£Une agglomération se développe alors tout naturellement autour de l’abbaye mais aussi au-dessus du port, puisqu’un nouveau quartier se constitue au cours du 12e siècle sous la protection de la seigneurie laïque du castellum de Ulmo (château de l’Hom), mentionné en 1129. Au 13e siècle, Gaillac est la deuxième ville de l’Albigeois et son port est en tête de navigation sur le Tarn. Elle est administrée par des consuls depuis 1203 et le fils de Raymond VI rédige en 1221 une charte de franchises favorisant la place commerciale . Au milieu du siècle, la coutume du port est rédigée. Le développement de l’agglomération a su tirer profit de la topographie, caractérisée par un site d’aplomb. Autour de l’abbaye, un premier noyau urbain s’est développé sur un tracé en demi-couronne. Sous le contrôle de l’abbaye et en contrebas de cette dernière, bateliers et négociants s’établissent sur le quai, dans des maisons ouvrant directement sur le port. Le quai Saint-Jacques connaît une activité certaine au 13e siècle, ceci étant révélé par l’établissement de l’hôpital éponyme pour les pèlerins. Les règlementations protectionnistes des consuls favorisent la vinification en ville. Si la culture de la vigne se fait à l’extérieur, au pied de l’enceinte, l’élaboration du vin, en revanche, se fait bien à l’abri des murailles, l’exportation du vin depuis le port étant alors possible. La structuration de la ville s’établit alors autour de deux pôles : l’abbaye et le port dominé par le castellum de Ulmo.£Sa composition devient néanmoins plus précise à la fin du 16e siècle et au début du 17e siècle, la demi-couronne établie autour de l’abbaye accueille les familles les plus importantes qui font construire de belles demeures. L’Albigeois, au même titre que d’autres régions, connaît l’ascension de familles de marchands enrichis qui accèdent aux fonctions de notables et de magistrats, assumant les charges consulaires et publiques et prenant place sur l’échiquier politique. Ils parviennent également à l’anoblissement grâce aux charges de robe, le parlement de Toulouse en étant la consécration, ou à l’achat d’une seigneurie à la campagne. A la fin du 16e siècle et au 17e siècle, les grandes familles font construire un hôtel particulier intra muros. Elles détiennent leurs terres autour de la ville et ont profité du bon rendement de la vigne au 16e siècle. Elles possèdent une demeure aux champs, un grand domaine agricole à la campagne dans lequel l’exploitation de la vigne prend une place importante. Si elles demeurent dans leur domaine rural pendant les périodes des grands travaux agricoles, leur propriété urbaine reste essentielle pour traiter les affaires au cœur de la ville marchande. Leur hôtel se trouve près du port, ainsi ne sont-elles pas pénalisées par les contrôles garantissant la provenance du vin et peuvent-elles vendre rapidement leurs productions grâce à la règlementation consulaire qui ne permet l’entrée des vins stockés dans les faubourgs que plus tardivement. Les autorités consulaires de Gaillac contrôlent, elles, la production du vin, les processus de vinification mais aussi la provenance du précieux liquide avant d’apposer sur les futailles la marque de la ville. Il s’agit de la marque à feu du Coq, emblème du Gal, dérivé de Galliano, et accompagnée des initiales des consuls. La structure de la ville, elle, se décline en trois quartiers. Le quartier édifié autour de l’abbaye est constitué d’une succession d’hôtels particuliers élevés sur de grandes parcelles accueillant cour et jardin et bâtiments annexes. Le quai, en revanche, forme un front bâti composé de parcelles régulières et profondes sur lesquelles sont construites de grandes maisons ayant un accès principal de plain-pied en lien avec l’activité professionnelle alors que l’accès à l’habitation au deuxième niveau est pratiqué depuis la rue arrière à hauteur de l’étage. Les maisons des bateliers disposent d’un rez-de-chaussée très haut sous plafond destiné à rentrer les gabarres. Sur le pech, le quartier des tonneliers est composé de parcelles de taille moyenne, disposées le long d’un réseau viaire régulier à sections orthogonales, sur lesquelles sont construites les maisons des artisans.£Dans la ville, la prospérité se traduit par l’extension des faubourgs sur le tracé des axes de communications principaux. Quelques négociants enrichis construisent alors de vastes demeures aux façades régulières percées d’ouvertures soignées. La partie intra muros ne pouvant plus accueillir d’habitations supplémentaires, les nouvelles familles enrichies s’établissent dans la deuxième moitié du 18e siècle rue Saint-Jean ou route de Toulouse et Grand Route de Gaillac à Albi. Profitant d’espaces importants, elles font construire une demeure à la longue façade sur rue, qui s’enfonce dans la parcelle afin d’établir autour de la cour les bâtiments destinés à l’activité professionnelle. Un porche permet de rejoindre la cour sur les côtés de laquelle ouvrent chais et autres magasins de stockage pour les marchandises, greniers et fenil. Le traitement des façades égale celui des hôtels particuliers. La ville est toujours tournée vers la rivière et le port, néanmoins le monde des affaires prend place aussi hors-les-murs, au nord-ouest de la ville et présage un nouvel accroissement urbain au début du 19e siècle.£Depuis 1810, Gaillac est une sous-préfecture, elle compte 5 500 habitants au début de la deuxième décennie et s’étend dans la continuité des deux axes développés au 18e siècle et sur un troisième axe qui est celui de la route de Cordes. Après la Révolution, le grand enclos des frères Capucins reste libre, les nouveaux axes de la ville se développent sur son pourtour. Le faubourg Saint-Jean se prolonge progressivement sur le front sud. Les ensembles bâtis sont conséquents et hérités du modèle des hôtels particuliers, constitués de demeures et de bâtiments annexes sur de grandes parcelles. L’économie de la ville est toujours tournée vers la production vinicole et une verrerie y est installée au début du 19e siècle. Dans la décennie 1830, deux grands projets urbains voient le jour : la création d’une grande place accueillant dans l’aile de fond la mairie et autres bâtiments communaux et la construction d’un pont suspendu sur le Tarn, reliant enfin la rive gauche et débouchant sur l’abbaye Saint-Michel. Le pont est élevé en 1839, ce qui est suivi d’un réalignement et une reprise de la voirie pour la création d’une rue droite établie dans l’alignement du pont. L’ampleur de la réalisation a sans aucun doute fortement impressionné les contemporains. La mairie est à l’origine de la constitution d’un nouveau quartier construit au nord-ouest, en arrière, sur un espace encore vierge sur le plan cadastral de 1829. Au cours de la décennie 40 du 19e siècle, l’urbanisation évolue rapidement, à un moment où les propriétaires investissent dans le vignoble. Il s’agit soit de financements de grands propriétaires, tels que les familles Vieules, Gary ou Dussap connues pour leur activité dans le vin, soit de la constitution de la petite propriété à vocation vigneronne. Les constructions sont à destination viticole, avec un chai au rez-de-chaussée percé d’une large porte charretière et un logement à l’étage. Les sources l’indiquent sous l’appellation « chai » dans la rue Gaubil, rue du père Gibrat ou Petite rue de la Madeleine. La spécialisation est évidente ici. Le modèle de la maison de vigneron adopté de manière sérielle dans le rue Gaubil s’inscrit dans la modernité, il adopte un schéma commun à d’autres régions viticoles comme le Bas-Languedoc.£Au nord de la ville, la gare de chemin de fer de la ligne Toulouse-Albi est édifiée au début de la décennie 1860 par la Compagnie d’Orléans et terminée en 1864 . À ce moment, la phase d’urbanisation de la petite propriété viticole s’essouffle derrière la place de l’hôtel de ville, le quartier change de destination pour l’habitat. Le Bas-Languedoc est touché par le phylloxéra en 1863 et le vignoble gaillacois encore indemne bénéficie de cette période pour augmenter sa production qui est doublée entre 1867 et 1878. Mais l’attaque de l’insecte dévastateur est identifiée pour la première fois à Amarens le 25 juin 1879. Tardive, la crise viticole semble peu influer sur l’extension urbaine de Gaillac. La ville continue de se développer en direction du nord-ouest.£L’urbanisation du quartier élevé à l’arrière de la mairie reprend, avec l’établissement d’une nouvelle rue, la rue Denfert-Rochereau ; les premières constructions sont attestées en 1880. La mécanisation du travail dans la vigne et le renouveau des articles de chai ont eu pour conséquence la création de tout un éventail de nouveaux métiers, de revendeurs et de fabricants spécialisés. La proximité de la gare favorise l’implantation de magasins liés à l’activité viti-vinicole, magasins d’outillages, de quincaillerie, ferblanterie, dépôts de pièces de fer et de fonte, spécialisés dans l’assemblage du mobilier de chai (pressoirs mécaniques, pompes à vin…), mais aussi le commerce du tartre et des lies. En 1883, s’établit le magasin Cusset, spécialisé dans les pressoirs ; en 1888 c’est celui d’A. Galabert puis les maisons A. Vigné et Lauzéral. Les propriétaires des châteaux viticoles installés à la campagne à la tête d’importants domaines investissent aussi en ville, dans le quartier, et font construire une maison pour régler leurs affaires. Il s’agit de Frézouls en 1882, d’A. Cahuzac, ou de Thimothée Bousquet, grand propriétaire viticole et négociant de surcroît, qui fait construire en 1881 sa demeure dans la rue de la Madeleine, avec un grand chai. Encore plus près de la gare et à la tête du quartier, Adrien Durand fait appel à l’architecte Espérou pour l’édification de son château, achevé en 1885 . Installé sur un soubassement, le rez-de-chaussée surélevé est mis en valeur par le perron. Les tonneliers, installés depuis le 16e siècle au-dessus du port, se déplacent pour venir s’installer auprès de la gare et répondre à la reprise de la production après la crise du phylloxéra. Dans la décennie 1880, de nouveaux contenants en bois de grande quantité, foudres et demi-muids, sont adoptés par les vignerons pour répondre à l’augmentation de la production. Ils servent aussi au transport sur rail. Les demi-muids sont directement arrimés sur les plateformes des wagons, puis, les wagons-foudres, plus résistants, assurent le transport de plus grandes quantités de vin. Sur le pourtour de la gare s’élèvent aussi des chais de négociants. Grâce à leurs emplacements privilégiés, ils bénéficient non seulement de la proximité du moyen de transport le plus utilisé, offrant de surcroît de nouveaux débouchés tel le marché parisien, mais aussi d’une publicité permanente. Ainsi le monde économique du vin gravite-t-il autour de la gare : tonneliers et réparateurs de tonneaux, vendeurs de tartres et de lies, quincaillers, magasins d’outillages et de mobiliers pour le chai et la vigne, chais de négociants mais aussi pépiniéristes qui proposent les nouveaux cépages sur porte-greffes, et, fabricants de caisses en bois pour les bouteilles de vin. La gare abrite alors un quartier actif et bouillonnant, composé d’artisans, de commerçants et de négociants.

  • Période(s)
    • Principale : Antiquité
    • Principale : Moyen Age
    • Principale : Temps modernes
    • Principale : Epoque contemporaine
  • Murs
    • pisé
    • brique
    • brique crue
    • torchis
    • enduit
    • pan de bois
    • maçonnerie
  • Toits
    tuile creuse, tuile mécanique

Champs annexes au dossier - Architecture

  • NOTB_G Béa, Adeline, dans Béa, Adeline, Bonhôte, Jérôme, Courjault-Radé, Pierre, de la Taille, Alice, Pech, Rémy, Servant, Sonia, Le Gaillac, vin de ville, vin des champs, une histoire du patrimoine du vignoble (16e-20e siècles), Cahiers du Patrimoine – 108, Inventaire général du patrimoine culturel, 2015, 320 p., voir pp. 65-76, 89-102, 110-114, 131-138, 192-207.
  • NOTB_S AC Gaillac, 1 G 18, tableau indicatif des propriétés foncières ; AC Gaillac, 1 G 11, Mutation des Etats de section, 1791-1797,
  • APPA
  • APRO
  • ARCHEO
  • AVIS
  • CCOM
  • CHARP
  • CHARPP
  • COORLB93
  • COORMLB93
  • COORMWGS84
  • COORWGS84
  • ENCA brique ; calcaire
  • EPID
  • ESSENT
  • ETACT
  • FEN
  • FEN2
  • FENP
  • INTER
  • MHPP
  • NOPC
  • OBSV
  • PAVIS
  • PETA_MA
  • PLU
  • PSAV_FA
  • SAV_FA
  • SELECT oeuvre sélectionnée
  • TAILL
  • TAILLP
  • TOITU corniche brique
  • USER IVD81_ABEA
  • VALID accessible au grand public
  • VISI
  • VISIB
  • VOIR_AUSSI

Présentation succincte

  • NOTSUC L’étude de la ville de Gaillac sur le long terme ne peut donc être envisagée sans le développement économique de son vignoble et le rôle des familles investies dans ce dernier, dont la subtile alchimie a agi directement sur la constitution du tissu urbain. Gaillac, d’abord tournée vers la rivière, utilise avec profit la topographie et les points élevés destinés à asseoir la structure urbaine tout au long de l’Ancien Régime. Élites marchandes et nobiliaires du vignoble, artisans et négociants en constituent les pôles principaux. Avec l’arrivée du chemin de fer et la construction de la gare, le nouveau centre économique de la ville s’installe définitivement sur son pourtour, délaissant pour toujours le port et la rivière . Le centre de la ville bascule alors à l’opposé, au nord-ouest, mais il s’inscrit encore dans la continuité de l’essor urbain initié depuis la construction de la place de l’hôtel de ville, qui accueillait aussi le marché du vin. La fin du 19e et le début du 20e siècle confirment la nouvelle orientation. Une forte concentration de chais de négociants vinicoles s’installe à proximité de la gare, et ce jusqu’à la Deuxième guerre mondiale.
  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • plan

    AD Tarn : 1 Fi 350/17
Date(s) d'enquête : 2013; Date(s) de rédaction : 2018
(c) Inventaire général Région Occitanie
(c) Conseil départemental du Tarn
Béa Adeline
Béa Adeline

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