Lhistoire de Gaillac, ville éponyme du vignoble établie le long du Tarn, ne peut être étudiée sans la prise en compte de la relation quelle a entretenue avec son arrière-pays. La vigne et la rivière sont ainsi les éléments déterminants qui ont contribué à construire lidentité de la ville et de son vignoble. Le port, qui se trouve en tête de navigation sur le Tarn, a joué un rôle évident dans le développement de lagglomération grâce à lactivité commerciale, et essentiel dans lessor de la production vinicole et de sa commercialisation.£La ville de Gaillac sest implantée le long du Tarn, sur lemplacement dune villa gallo-romaine du premier siècle de notre ère, découverte au cours de fouilles archéologiques, et qui a perduré jusquau Haut Moyen Age. La villa de Galliaco (Gaillac) puise son origine étymologique dans le nom de famille Gallius. Elle est attestée parmi les possessions de saint-Didier, évêque de Cahors en 650. La place est stratégique, elle domine la rivière et elle se trouve à un point de franchissement et à un carrefour de voies de communication important.£Au 10e siècle, les sources sont plus nombreuses et révèlent un paysage cultivé de vignes autour de la villa, à Sainte-Cécile dAvès, Cels, Laborie et Saint-Laurent de Pompirac. Probablement sous limpulsion de la famille comtale de Toulouse, une communauté de clercs est créée à Gaillac . En 951, cette dernière dessert léglise Saint-Michel. Cinq ans plus tard, il est question du monasterium. Une abbaye de bénédictins sétablit alors en lieu et place de la villa, jouant un rôle évident dans le développement du vignoble et la commercialisation du vin. Au 11e siècle, le transport du vin par bateau depuis le port de Gaillac est attesté par les droits de péage de labbaye de Moissac, replaçant la rivière du Tarn au cur des échanges.£Une agglomération se développe alors tout naturellement autour de labbaye mais aussi au-dessus du port, puisquun nouveau quartier se constitue au cours du 12e siècle sous la protection de la seigneurie laïque du castellum de Ulmo (château de lHom), mentionné en 1129. Au 13e siècle, Gaillac est la deuxième ville de lAlbigeois et son port est en tête de navigation sur le Tarn. Elle est administrée par des consuls depuis 1203 et le fils de Raymond VI rédige en 1221 une charte de franchises favorisant la place commerciale . Au milieu du siècle, la coutume du port est rédigée. Le développement de lagglomération a su tirer profit de la topographie, caractérisée par un site daplomb. Autour de labbaye, un premier noyau urbain sest développé sur un tracé en demi-couronne. Sous le contrôle de labbaye et en contrebas de cette dernière, bateliers et négociants sétablissent sur le quai, dans des maisons ouvrant directement sur le port. Le quai Saint-Jacques connaît une activité certaine au 13e siècle, ceci étant révélé par létablissement de lhôpital éponyme pour les pèlerins. Les règlementations protectionnistes des consuls favorisent la vinification en ville. Si la culture de la vigne se fait à lextérieur, au pied de lenceinte, lélaboration du vin, en revanche, se fait bien à labri des murailles, lexportation du vin depuis le port étant alors possible. La structuration de la ville sétablit alors autour de deux pôles : labbaye et le port dominé par le castellum de Ulmo.£Sa composition devient néanmoins plus précise à la fin du 16e siècle et au début du 17e siècle, la demi-couronne établie autour de labbaye accueille les familles les plus importantes qui font construire de belles demeures. LAlbigeois, au même titre que dautres régions, connaît lascension de familles de marchands enrichis qui accèdent aux fonctions de notables et de magistrats, assumant les charges consulaires et publiques et prenant place sur léchiquier politique. Ils parviennent également à lanoblissement grâce aux charges de robe, le parlement de Toulouse en étant la consécration, ou à lachat dune seigneurie à la campagne. A la fin du 16e siècle et au 17e siècle, les grandes familles font construire un hôtel particulier intra muros. Elles détiennent leurs terres autour de la ville et ont profité du bon rendement de la vigne au 16e siècle. Elles possèdent une demeure aux champs, un grand domaine agricole à la campagne dans lequel lexploitation de la vigne prend une place importante. Si elles demeurent dans leur domaine rural pendant les périodes des grands travaux agricoles, leur propriété urbaine reste essentielle pour traiter les affaires au cur de la ville marchande. Leur hôtel se trouve près du port, ainsi ne sont-elles pas pénalisées par les contrôles garantissant la provenance du vin et peuvent-elles vendre rapidement leurs productions grâce à la règlementation consulaire qui ne permet lentrée des vins stockés dans les faubourgs que plus tardivement. Les autorités consulaires de Gaillac contrôlent, elles, la production du vin, les processus de vinification mais aussi la provenance du précieux liquide avant dapposer sur les futailles la marque de la ville. Il sagit de la marque à feu du Coq, emblème du Gal, dérivé de Galliano, et accompagnée des initiales des consuls. La structure de la ville, elle, se décline en trois quartiers. Le quartier édifié autour de labbaye est constitué dune succession dhôtels particuliers élevés sur de grandes parcelles accueillant cour et jardin et bâtiments annexes. Le quai, en revanche, forme un front bâti composé de parcelles régulières et profondes sur lesquelles sont construites de grandes maisons ayant un accès principal de plain-pied en lien avec lactivité professionnelle alors que laccès à lhabitation au deuxième niveau est pratiqué depuis la rue arrière à hauteur de létage. Les maisons des bateliers disposent dun rez-de-chaussée très haut sous plafond destiné à rentrer les gabarres. Sur le pech, le quartier des tonneliers est composé de parcelles de taille moyenne, disposées le long dun réseau viaire régulier à sections orthogonales, sur lesquelles sont construites les maisons des artisans.£Dans la ville, la prospérité se traduit par lextension des faubourgs sur le tracé des axes de communications principaux. Quelques négociants enrichis construisent alors de vastes demeures aux façades régulières percées douvertures soignées. La partie intra muros ne pouvant plus accueillir dhabitations supplémentaires, les nouvelles familles enrichies sétablissent dans la deuxième moitié du 18e siècle rue Saint-Jean ou route de Toulouse et Grand Route de Gaillac à Albi. Profitant despaces importants, elles font construire une demeure à la longue façade sur rue, qui senfonce dans la parcelle afin détablir autour de la cour les bâtiments destinés à lactivité professionnelle. Un porche permet de rejoindre la cour sur les côtés de laquelle ouvrent chais et autres magasins de stockage pour les marchandises, greniers et fenil. Le traitement des façades égale celui des hôtels particuliers. La ville est toujours tournée vers la rivière et le port, néanmoins le monde des affaires prend place aussi hors-les-murs, au nord-ouest de la ville et présage un nouvel accroissement urbain au début du 19e siècle.£Depuis 1810, Gaillac est une sous-préfecture, elle compte 5 500 habitants au début de la deuxième décennie et sétend dans la continuité des deux axes développés au 18e siècle et sur un troisième axe qui est celui de la route de Cordes. Après la Révolution, le grand enclos des frères Capucins reste libre, les nouveaux axes de la ville se développent sur son pourtour. Le faubourg Saint-Jean se prolonge progressivement sur le front sud. Les ensembles bâtis sont conséquents et hérités du modèle des hôtels particuliers, constitués de demeures et de bâtiments annexes sur de grandes parcelles. Léconomie de la ville est toujours tournée vers la production vinicole et une verrerie y est installée au début du 19e siècle. Dans la décennie 1830, deux grands projets urbains voient le jour : la création dune grande place accueillant dans laile de fond la mairie et autres bâtiments communaux et la construction dun pont suspendu sur le Tarn, reliant enfin la rive gauche et débouchant sur labbaye Saint-Michel. Le pont est élevé en 1839, ce qui est suivi dun réalignement et une reprise de la voirie pour la création dune rue droite établie dans lalignement du pont. Lampleur de la réalisation a sans aucun doute fortement impressionné les contemporains. La mairie est à lorigine de la constitution dun nouveau quartier construit au nord-ouest, en arrière, sur un espace encore vierge sur le plan cadastral de 1829. Au cours de la décennie 40 du 19e siècle, lurbanisation évolue rapidement, à un moment où les propriétaires investissent dans le vignoble. Il sagit soit de financements de grands propriétaires, tels que les familles Vieules, Gary ou Dussap connues pour leur activité dans le vin, soit de la constitution de la petite propriété à vocation vigneronne. Les constructions sont à destination viticole, avec un chai au rez-de-chaussée percé dune large porte charretière et un logement à létage. Les sources lindiquent sous lappellation « chai » dans la rue Gaubil, rue du père Gibrat ou Petite rue de la Madeleine. La spécialisation est évidente ici. Le modèle de la maison de vigneron adopté de manière sérielle dans le rue Gaubil sinscrit dans la modernité, il adopte un schéma commun à dautres régions viticoles comme le Bas-Languedoc.£Au nord de la ville, la gare de chemin de fer de la ligne Toulouse-Albi est édifiée au début de la décennie 1860 par la Compagnie dOrléans et terminée en 1864 . À ce moment, la phase durbanisation de la petite propriété viticole sessouffle derrière la place de lhôtel de ville, le quartier change de destination pour lhabitat. Le Bas-Languedoc est touché par le phylloxéra en 1863 et le vignoble gaillacois encore indemne bénéficie de cette période pour augmenter sa production qui est doublée entre 1867 et 1878. Mais lattaque de linsecte dévastateur est identifiée pour la première fois à Amarens le 25 juin 1879. Tardive, la crise viticole semble peu influer sur lextension urbaine de Gaillac. La ville continue de se développer en direction du nord-ouest.£Lurbanisation du quartier élevé à larrière de la mairie reprend, avec létablissement dune nouvelle rue, la rue Denfert-Rochereau ; les premières constructions sont attestées en 1880. La mécanisation du travail dans la vigne et le renouveau des articles de chai ont eu pour conséquence la création de tout un éventail de nouveaux métiers, de revendeurs et de fabricants spécialisés. La proximité de la gare favorise limplantation de magasins liés à lactivité viti-vinicole, magasins doutillages, de quincaillerie, ferblanterie, dépôts de pièces de fer et de fonte, spécialisés dans lassemblage du mobilier de chai (pressoirs mécaniques, pompes à vin ), mais aussi le commerce du tartre et des lies. En 1883, sétablit le magasin Cusset, spécialisé dans les pressoirs ; en 1888 cest celui dA. Galabert puis les maisons A. Vigné et Lauzéral. Les propriétaires des châteaux viticoles installés à la campagne à la tête dimportants domaines investissent aussi en ville, dans le quartier, et font construire une maison pour régler leurs affaires. Il sagit de Frézouls en 1882, dA. Cahuzac, ou de Thimothée Bousquet, grand propriétaire viticole et négociant de surcroît, qui fait construire en 1881 sa demeure dans la rue de la Madeleine, avec un grand chai. Encore plus près de la gare et à la tête du quartier, Adrien Durand fait appel à larchitecte Espérou pour lédification de son château, achevé en 1885 . Installé sur un soubassement, le rez-de-chaussée surélevé est mis en valeur par le perron. Les tonneliers, installés depuis le 16e siècle au-dessus du port, se déplacent pour venir sinstaller auprès de la gare et répondre à la reprise de la production après la crise du phylloxéra. Dans la décennie 1880, de nouveaux contenants en bois de grande quantité, foudres et demi-muids, sont adoptés par les vignerons pour répondre à laugmentation de la production. Ils servent aussi au transport sur rail. Les demi-muids sont directement arrimés sur les plateformes des wagons, puis, les wagons-foudres, plus résistants, assurent le transport de plus grandes quantités de vin. Sur le pourtour de la gare sélèvent aussi des chais de négociants. Grâce à leurs emplacements privilégiés, ils bénéficient non seulement de la proximité du moyen de transport le plus utilisé, offrant de surcroît de nouveaux débouchés tel le marché parisien, mais aussi dune publicité permanente. Ainsi le monde économique du vin gravite-t-il autour de la gare : tonneliers et réparateurs de tonneaux, vendeurs de tartres et de lies, quincaillers, magasins doutillages et de mobiliers pour le chai et la vigne, chais de négociants mais aussi pépiniéristes qui proposent les nouveaux cépages sur porte-greffes, et, fabricants de caisses en bois pour les bouteilles de vin. La gare abrite alors un quartier actif et bouillonnant, composé dartisans, de commerçants et de négociants.
Dossier d’œuvre architecture IA81012161
| Réalisé par
- enquête thématique régionale
- patrimoine vigneron du Pays Gaillacois
ville de vignoble
Œuvre étudiée
Dossier non géolocalisé
Localisation
-
Aire d'étude et canton
Pays du Vignoble Gaillacois, Bastides et Val Dadou - Gaillac
-
Commune
Gaillac
-
Cadastre
1827
F
;
2013 BS, BY, BT, LT, NE, NH, ND
-
Dénominationsville
-
Autres parties constituantesport, place, gare
-
Période(s)
- Principale : Antiquité
- Principale : Moyen Age
- Principale : Temps modernes
- Principale : Epoque contemporaine
-
Murs
- pisé
- brique
- brique crue
- torchis
- enduit
- pan de bois
- maçonnerie
-
Toitstuile creuse, tuile mécanique
Champs annexes au dossier - Architecture
- NOTB_G Béa, Adeline, dans Béa, Adeline, Bonhôte, Jérôme, Courjault-Radé, Pierre, de la Taille, Alice, Pech, Rémy, Servant, Sonia, Le Gaillac, vin de ville, vin des champs, une histoire du patrimoine du vignoble (16e-20e siècles), Cahiers du Patrimoine 108, Inventaire général du patrimoine culturel, 2015, 320 p., voir pp. 65-76, 89-102, 110-114, 131-138, 192-207.
- NOTB_S AC Gaillac, 1 G 18, tableau indicatif des propriétés foncières ; AC Gaillac, 1 G 11, Mutation des Etats de section, 1791-1797,
- APPA
- APRO
- ARCHEO
- AVIS
- CCOM
- CHARP
- CHARPP
- COORLB93
- COORMLB93
- COORMWGS84
- COORWGS84
- ENCA brique ; calcaire
- EPID
- ESSENT
- ETACT
- FEN
- FEN2
- FENP
- INTER
- MHPP
- NOPC
- OBSV
- PAVIS
- PETA_MA
- PLU
- PSAV_FA
- SAV_FA
- SELECT oeuvre sélectionnée
- TAILL
- TAILLP
- TOITU corniche brique
- USER IVD81_ABEA
- VALID accessible au grand public
- VISI
- VISIB
- VOIR_AUSSI
Présentation succincte
- NOTSUC Létude de la ville de Gaillac sur le long terme ne peut donc être envisagée sans le développement économique de son vignoble et le rôle des familles investies dans ce dernier, dont la subtile alchimie a agi directement sur la constitution du tissu urbain. Gaillac, dabord tournée vers la rivière, utilise avec profit la topographie et les points élevés destinés à asseoir la structure urbaine tout au long de lAncien Régime. Élites marchandes et nobiliaires du vignoble, artisans et négociants en constituent les pôles principaux. Avec larrivée du chemin de fer et la construction de la gare, le nouveau centre économique de la ville sinstalle définitivement sur son pourtour, délaissant pour toujours le port et la rivière . Le centre de la ville bascule alors à lopposé, au nord-ouest, mais il sinscrit encore dans la continuité de lessor urbain initié depuis la construction de la place de lhôtel de ville, qui accueillait aussi le marché du vin. La fin du 19e et le début du 20e siècle confirment la nouvelle orientation. Une forte concentration de chais de négociants vinicoles sinstalle à proximité de la gare, et ce jusquà la Deuxième guerre mondiale.
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Statut de la propriétépropriété privée
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Intérêt de l'œuvreà signaler
- (c) Conseil départemental du Tarn
- (c) Inventaire général Région Occitanie
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- (c) Conseil départemental du Tarn
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AD Tarn : 1 Fi 350/17
plan
Date(s) d'enquête :
2013;
Date(s) de rédaction :
2018
(c) Inventaire général Région Occitanie
Béa Adeline
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Béa Adeline
Chargée d'Inventaire au CAUE du Tarn
Chargée d'Inventaire au CAUE du Tarn