Le terrain du Pré-Grand à Montalbo sur la commune de Carmaux a été donné à la Société des Mines de Carmaux (SMC) par le président de la Société, Ludovic de Solages (1862-1927), qui tenait à ce projet, "pour en faire un jardin public à la disposition du personnel de ses mines et des habitants de Carmaux". Il a lui-même pris part au projet en faisant le choix d'essences pour le premier tracé de jardin, mention portée sur l'un des plans du Bureau des études (SMC 1/7, plan 1100B daté du 13 mai 1922). Auparavant, dans les années 1790, s'y trouvait un puits de mine, la fosse dite "du Vialar", propriété de la famille de Solages.
Des travaux de terrassement sont en cours en 1921, en particulier pour l'aménagement du grand réservoir d'eau au centre de la parcelle triangulaire du futur jardin. D'un diamètre de 52 m et semi-enterré, ce réservoir était destiné au circuit de réfrigération de la centrale électrique voisine du Pré-Grand, entrée en fonction en 1919. Il retenait les eaux d'exhaure, eaux souterraines qui devaient être extraites pour le bon déroulement des travaux d'extraction de la houille. Le kiosque établi au-dessus du réservoir, est élevé deux ans plus tard. Le Bureau des études de la SMC réalise des plans du jardin public à partir d'octobre 1922 et jusqu'en 1924 sous la direction du directeur général Charles Pérès (ADT/AMC, fonds de la SMC, SMC 1/7, plans de la série 1100B). Ces plans établis par les architectes de la SMC, présentaient des cheminements aux tracés courbes, à l'exception de la partie sud-est où une allée droite reliait l'entrée principale au kiosque central. Des vues aériennes de mars 1924 montrent que ces tracés avaient été entrepris (Remonter le temps - IGN).
L'arrivée de l'architecte-paysagiste parisien René-Edouard André sur le chantier à partir de 1924, modifie sensiblement le projet de jardin par l'introduction d'un tracé régulier où les trois pointes du triangle de la parcelle sont reliées au kiosque central par des allées droites (ADT/AMC, fonds de la SMC, dossier fournisseur R.-Ed. André, SMC2/13, plan daté du 5 juillet 1924). Les allées de ceinture adoptent aussi un tracé rectiligne. Le projet d'André est approuvé par le conseil d'administration de la SMC en juillet 1924 et les travaux de terrassement sont entrepris à l'automne suivant. Ils ont consisté à retirer la terre argileuse pour la remplacer par une bonne terre de recouvrement. Ils se poursuivent pendant un an et à l'hiver 1925-1926 les plantations sont entreprises et se poursuivent à l'automne 1926.
La paternité du jardin public doit donc être attribuée aussi bien au paysagiste parisien qu'au Bureau des études de la Société des mines. C'est ce qu'en pense Charles Pérès lorsqu'il propose à André de le rémunérer d'une somme forfaitaire car, il considère "à peu près comme irréalisable de faire la discrimination des parties de l'ouvrage qui ont été conçues, dessinées et exécutées par vous même, ou sous votre direction, avec celles qui sont l'oeuvre exclusive des agents de la Société des Mines de Carmaux" (lettre de Ch. Pérès à R.-Ed. André du 18 oct. 1927). Selon l'entête des courriers échangés entre Pérès et André, tous deux Centraliens (Perspectives..., 2020, p. 147), on peut en déduire que les deux hommes se connaissent déjà ; ils s'appellent "camarade". Pérès, comme maître d'ouvrage, semble avoir joué un grand rôle dans le suivi voire la conception du jardin. Il le qualifie de "jardin ouvrier" en 1924 (SMC 2/509, fournisseur Barbedienne, courrier du 22 juillet 1924). André remercie Pérès en ces termes, en octobre 1927 : "je tiens beaucoup à vous remercier de tout cœur des aimables paroles que vous m’adressez en votre nom et au nom de votre société pour le concours que je vous ai prêté dans l’exécution d’une partie de l’admirable œuvre que vous avez conçue et que vous poursuivez à Carmaux. Ce serait un très grand honneur pour moi d’y avoir collaboré et je très heureux si vous m’appeliez encore auprès de vous pour étudier une autre portion de cet ensemble magistral" (SMC 2 13, fournisseur André).
René-Edouard André fait travailler à Carmaux un certain Têteblanche, entrepreneur parisien de parcs et jardins (rue Dalou, 15e arrondissement) et son contremaître M. Chasseloup avec lesquels il travaille habituellement. Les pépiniéristes sont Cavène père et fils à Bagnoles-sur-Cèze (Gard) où André commande 35000 plants de fusains (Evonymus pulchellus), "plus adapté que le buis dans le Midi" ; le pépiniériste Isidore Guy à Castres (Tarn) ; la maison Gaujard-Rome à Châteauroux et encore Francillon à Revel.
Le jardin était entretenu par le service des jardins de la SMC dont s'occupe Elie Toulze, le jardinier en chef. Lors d'une visite à Carmaux de R. Ed. André, en 1929, il indique avoir été "émerveillé de la végétation des massifs et avenues. C’est une réussite complète". Il dit aussi : "J’ai rencontré Toulze et je lui ai fait des compliments de la bonne tenue du jardin. J’en exprime aussi mon admiration au directeur général. Qui prend soin de tout ici avant tant de sollicitude" (SMC 2/13, lettre d'André à Pérès du 2 août 1929).
Les archives de la SMC conservent des plans des portails d'entrée et du kiosque dressés par le Bureau des études de la Société qui permettent de lui en attribuer la paternité (SMC 1/7, plans des portails en bois, plan du kiosque, etc.). La SMC avait fait le choix d'intégrer le monument aux morts qu'elle construisit pour ses salariés disparus pendant la Première Guerre mondiale. Le projet de R.-Ed. André est adopté en mai 1925 par le Conseil d'administration de la SMC. Les noms des 300 disparus étaient inscrits sur une douzaine de plaques de bronze adossées à un mur de granite traité en bossage. Ces plaques, les inscriptions, les guirlandes et les vases qui ornaient le monument ainsi que les luminaires du parc ont été commandés aux fonderies du Val d'Osne, boulevard Voltaire à Paris (11e). Une maquette en bois du monument aux morts avait été réalisée, en 1925 (courrier de Pérès à André du 18 sept. 1925).
Des photographies anciennes montrent que les dates de 1924 et 1929 étaient inscrites au-dessus des portails d'entrée du jardin.
Plusieurs statues ont été installées dans le jardin. À partir de 1923, le directeur de la SMC est en contact avec le fondeur parisien Barbedienne auquel il commande plusieurs statues allégoriques.
En juin 1926, Charles Pérès estimait le coût du jardin à près de 260 000 F auxquels il faut ajouter les honoraires d'André (40 000 F), soit 300 000 F environ.
L'inauguration du jardin et du monument aux morts, a eu lieu le 29 septembre 1929, en présence du préfet du Tarn Fourcade, de l'archevêque d'Albi Monseigneur Cézerac, du général Broussaud, commandant, du marquis Thibaut de Solages (président du Conseil d'administration de la SMC) et de plusieurs membres du conseil d'administration de la SMC. L'electrification s'est faite au tout début des années 1930 en même temps que l'autre parc de la SMC, le Candou (SMC, 1/9).
Les statues du jardin ont été déplacées lors de la Seconde Guerre mondiale "pour les soustraire à la récupération des matériaux non ferreux" (Sangouard, 1988, p. 678). Elles ont ensuite été replacées à leur positionnement d'origine. Le jardin public a été détruit dans les années 1960 et le terrain transformé en zone industrielle. Les statues et le monument aux Morts ont alors été répartis dans les communes du district urbain, c'est à dire à Carmaux (le Mineur), Saint-Benoit-de-Carmaux (la Charité et le Rouleur) ainsi qu'à Blaye-les-Mines (le Lavoisier ou le Penseur à la mairie, la statue de Ludovic de Solages et la plaque du monument aux morts dans le jardin de la Verrerie). Il subsiste le château d'eau à l'est, construit en béton armé et brique.
Photographe pour la Société des mines de Carmaux de 1921 à 1930 ; puis photographe à Carmaux.