Dossier d’œuvre architecture IA65008001 | Réalisé par
  • recensement du patrimoine thermal
établissement thermal
Œuvre étudiée
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  • (c) Inventaire général Région Occitanie

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Pyrénées - Luz-Saint-Sauveur
  • Commune Barèges
  • Adresse 1 rue Polard
  • Cadastre 2020 B 2002

Des thermes biens connus sous l'Ancien Régime

L'effet bénéfique des eaux de Barèges étaient sans doute connu localement depuis longtemps et les premières mentions remontent au 14e siècle. La légende rapporte qu'un berger aurait remarqué que ses brebis malades se soignaient en se trempant dans les eaux du marais. Tournier-Lasserve (op. citée p. 13) indique un testament daté de 1396 mentionnant une chapelle Sainte-Marie-Madeleine du Bain, ce qui entérinerait son existence à cette date, couplé à une chapelle.

Ballard (1834 p.13) évoque des installations sommaires au mileu du 16e siècle : un bassin où surgissent les sources, protégé sous un hangar et deux cabanes pour abriter les baigneurs. L'ensemble est reconstruit après un incendie en 1568. Le bain, appelé ""labatsare"" est protégé par une digue et complété par une taverne : le propriétaire doit entretenir l'ensemble et a le monopole pour la vente de vivres à des prix fixés par la Vallée. Par le biais des notaires de Luz, des notables investissent dans des cabanes en chaume vouées à la location.

La station s'organise dans la première moitié du 17e siècle : les sources appartiennent depuis 1619 aux communes de la vallée, deux piscines voûtées seraient construites en 1630 (Armieux, 1870, p.30).

Elle est fréquentée par les élites locales nationales culmine lors de la venue du duc du Maine en 1675, 1677 et 1681. Malgré l’inconfort des lieux, la cure du duc du Maine a semblé efficace car il revient à Barèges en 1677 et 1681. Pour améliorer l'endroit en prévision de la venue du prince, Colbert écrit en 1679 à l'ingénieur La Feuille "qu'il est nécessaire de faire quelques ouvrages aux bains et aux fontaines pour les rendre plus propres et plus commodes". Il lui demande de repérer les maisons les plus belles et les plus commodes et de ne pas hésiter à des aménagements pour en améliorer le confort. Malgré l’absence du duc à Barèges en 1679, Colbert prévoit 4 000 livres pour la construction d’un nouveau bain. Il demande également à l’intendant Ris d’organiser la visite du prévôt pour assurer la sécurité de Barèges et rendre le site plus attractif. L'endroit compterait alors seulement une douzaine de maison. Il ordonne encore en août 1680 à l'intendant de Ris et à La Feuille, de réaliser un nouveau bain pour les gens de qualités, avec des dépendances, ainsi qu'une digue pour protéger l'ensemble.

Louvois, ministre de la Guerre, y est envoyé la même année par le médecin Fagon pour soigner une fracture à la jambe (Gorsse, 1941). Mécontent de séjourner dans ce « lieu affreux » où « le bain ressemble plus à un caveau à serrer le bois qu’à autre chose », il prend néanmoins la mesure du potentiel du site. Louvois fait dresser un « Mémoire de ce qui serait à faire à Barèges » où il indique la nécessité de construire un hôpital militaire ainsi qu’une digue pour se protéger du Bastan. Pendant son court séjour, observant le faible débit des sources, problème chronique de la station, il fait effectuer des réparations au réservoir ce qui permet la découverte d’une nouvelle petite source. En 1687, c’est à nouveau informé de problème de débit des eaux qu’il fait envoyer à Barèges M. de Jongleur, premier fontainier du roi à Versailles qui doit collaborer avec M. de Martin, commissaire du roi en la marbrerie de Campan.

En 1687, il est un temps envisagé que Louis XIV lui-même se rendre à Barèges pour soigner sa fistule (finalement opérée) mais le projet est rapidement abandonné. La venue probable du Roi avait conduit, en août 1687, à dresser le plan des bains réalisés pour l'accueillir. Ce bâtiment mesure environ 16, 2 m de long sur 7, 8 m de large (8, 35 toises sur 4, 75 toises) et possède des murs épais (un peu moins d'un mètre), pour le protéger des risques naturels. Il comporte à l'est trois bains de tailles inégales (A : bain ancien, H : bain nouveau, L : petit bain) tous trois pourvus de douches. Les douches des bains anciens et nouveaux sont alimentées via la même canalisation (K) qui provient d'une cuvette (B) à l'est du bâtiment où se trouve aussi le réseau d'évacuation des eaux froides. Le grand bain est également alimenté directement par un tuyau en étain. La partie ouest comporte une salle (O) et un bain rond (P) précédés d'une galerie à trois arcades qui, quoique modifiée, se distingue encore sur une gravure de 1830. Deux fenêtres de la salle ouvrent sur la galerie et l'éclairent de façon indirecte. L'accès au bain rond n'est possible que depuis la galerie. L'entrée s'effectue dans l'axe du petit bain, entre les deux parties de l'édifice avec un palier qui distribue les différents espaces. Des marches indiquent que les piscines sont semi-enterrées. L'accès au petit bain n'est possible que depuis le bain nouveau par l'intermédiaire de quelques marches. Jean-Christophe Sanchez estime que le bain ancien mesure 8 m2, le bain nouveau 6 m2 soit des dimensions permettant l'immersion. Le petit bain n'est estimé qu'à environ 2 m2 et seule la douche y semble possible.

Un médecin, Étienne Dumont avait été nommé intendant des eaux minérales de Barèges par Fagon mais il était également en charge des eaux de Bagnères où il résidait. Il déplorait ne pas avoir d’indemnités pour se rendre à Barèges et demandait qu’un médecin soit nommé sur place pour prendre en charge les soldats blessés.

Le XVIIIe siècle et la fondation de l'hôpital militaire

La prise en compte des eaux pour le traitement des blessures de guerre est due au sénéchal baron de Barbazan qui signale en 1702 la nécessité d'entretenir ces bains miraculeux pour les militaires. L'attention royale dont le village a été l’objet a permis quelques travaux sur les sources et la construction de la digue Louvois mais de Barbazan se plaint que les réparations ordonnées en 1694 ne soient toujours pas réalisées. Il déplore l’absence de médecin, chirurgien ou aumônier et rédige un mémoire sur les bains de Barèges. Il tient à souligner au Ministre de la Guerre qu’il serait « nécessaire d’entretenir et conserver ces bains qui sont miraculeux pour les officiers et soldats estropiés » et que cela serait d’un coût raisonnable.. C’est seulement en 1714 qu’un poste médical est créé sur place : l’intendant Legendre nomme alors le chirurgien Dasson, qui a servi dans les armées d’Italie, Directeur des Bains, avec un traitement de 300 livres. En 1730, le Directeur est un dénommé De Vigne, qui touche 450 livres de traitement mais réside à Paris et délègue la fonction.

Un nouveau plan daté de 1721 montre que les lieux ont peu changé depuis 1687. La cuvette extérieure distribuant l'eau a été agrandie et les canalisation insérées dans les maçonneries pour raccourcir les distances parcourues par l'eau et limiter la perte de température et de principes actifs des minéraux. Le grand bain a été divisé en deux pour doubler sa fréquentation.

En 1735, Chevillard, fontainier du roi, recueille les eaux et forme trois bains (Entrée, Fond et Polart) avec pour équipement associé six baignoires, deux douches et une baignoire. Les bains de la chapelle, sont construits à la suite : la source qui les alimente est recueillie en 1775 par Gensy, fontainier de Bayonne, et permet d’y adjoindre deux baignoires supplémentaires. L'ensemble reste assez rustique pendant tout le siècle. Mme de Langre décrit les bains en 1787 comme "de petits caveaux dans lesquels on a pratiqué des cercueils" avec un "petit cachot voûté qui ne reçoit d'air et de lumière que par la porte, des murailles noircies par le temps et la vapeur". Elle relate la violence des douches, "parfois on s'évanouit" dont l'eau à plus de 40°.

En 1775, Gensy, fontainier à Bayonne avait effectué de nouveaux travaux autour des sources, mais c'est l’ingénieur Moisset qui réalise les travaux les plus conséquents à partir de 1777. Ses investigations permettent d’augmenter le débit des sources, question chronique à Barèges, en allant les chercher plus haut et en déblayant le terrain. Grâce à ces travaux, de premières piscines sont aménagées, encore relativement modestes au vu du nombre de malades et dévolues aux pauvres. Cet édifice, semi-enterré, était desservi par deux escaliers symétriques entre lesquels était implantée une salle des pansements. Une terrasse couvrait l’ensemble et permettait la déambulation des malades.

En 1795, Antoine François de Lomet rédige un Mémoire sur les sources et les établissements thermaux des Pyrénées suite à l'enquête qu'il a mené à la demande du Comité de Salut Public. Il centre son propos sur Barèges dont il juge les bains susceptibles d'une grande amélioration. Il estime la production d'eau à 4 621 pieds-cubes d'eau par 24 h qui alimentent 7 bains et 3 douches puis sont remployés dans deux piscines de 15 places chacune où se baignent les soldats et les indigents, ce qui permet de traiter 350 malades par jour.

Jusqu'à la Révolution, les bains appartiennent à la vallée en vertu de l'acte de 1619, mais sont améliorés à l'époque moderne par le pouvoir royal, via les intendants. Grâce à la réglementation qu'ils imposent, l'exploitation devient bénéficiaire et les relations entre autochtones et pouvoir central se tendent notamment sur le partage de l'eau avec les militaires.

Le premier XIXe siècle : la cohabitation s'organise laborieusement entre civils et militaires

L'affluence ne se dément pas et les aménagements ponctuels ne suffisent plus. La difficulté chronique est le manque d'eau. Indépendamment de leur piscine et des douches, les militaires n'ont accès aux baignoires de l'établissement thermal qu'une heure sur 24 et le service de santé militaire bataille pour en obtenir plus. Les bains étaient largement masqué par le pavillon militaire d'où leur caractère sombre et humide (Ballard, op. citée).

Le réaménagement des bains Polard autour de 1825 dans un "beau bâtiment neuf", "fort bien entendu et très convenable" s'il semble satisfaisant sur le moment par rapport à la situation antérieure, est vite obsolète. Dans un rapport au préfet du 19 août 1840, le médecin Pagès indique que souvent l'eau manque dans les cabines de bains et de douches, que la buvette est à sec quand les douches sont utilisées. Un établissement plus rationnel est vivement souhaité. L'enchevêtrement des bâtiments civils et militaires n'arrange rien tout comme les conflits sur l'usage de l'eau.

Le règlement de 1833 et l'accord de 1849

Le 14 mai 1833, un règlement promulgué par le préfet constate les droits de l’État et organise un partage de l'eau entre civils et militaires.

La boissons sur place est gratuite mais l'exportation payante. Le prix fixé pour le bain ou la douche comprend le tarif du baigneur qui fournit le chauffage du linge. Le fermier doit laisser baigner aux heures vacantes les malades peu aisés aux prix qu’ils peuvent payer. Les habitants de la Vallée se baignent gratuitement, tout comme les indigents qui ont une grande piscine construite pour eux.

La piscine militaire est consacrée exclusivement aux officiers et soldats hospitalisé qui en jouiront gratuitement comme par le passé. Les cabinets de douches réservés sont ouverts aux militaires le soir de midi à 4 h et dans la nuit de minuit à 4 h. En outre ces derniers peuvent se baigner gratuitement chaque jour dans toutes les baignoires de l’établissement pendant 2 h de 3 à 5 h du matin. En cas de vacances des douches, bains, piscines que la Vallée accorde aux militaires, le médecin inspecteur peut en disposer au profit de tout autre malade. Par contre si la piscine des pauvres n’est pas occupée, elle peut être cédée aux militare de 4 à 5 h du matin et de 3 à 4 h du soir.

De nombreuses tractations ont lieu dans les années 1840 entre la commission syndicale de la Vallée, le Ministère de la Guerre, celui de l'Agriculture et du Commerce et l'autorité préfectorale. Elles ne permettent pas un progrès rapide des installations et Henri Taine décrit les lieux en 1855 dans la même veine que Mme de Langre 70 ans plus tôt : "L’établissement des bains est misérable ; les compartiments sont des caves sans air ni lumière ; il n’y a que seize cabinets, tous délabrés. Les malades sont obligés souvent de se baigner la nuit. Les trois piscines sont alimentées par l’eau qui vient de servir aux baignoires ; celle des pauvres reçoit l’eau qui sort des deux autres. Invention ingénieuse : l’administration part de ce fait que les pauvres sont malpropres, elle pose en principe que le semblable aime son semblable, et elle conclut qu’ils doivent user d’une eau trois fois salie. Ces piscines, basses, obscures, sont des espèces de prisons étouffantes et souterraines. Il faut avoir beaucoup de santé pour y guérir. "

1860-1864 : le grand établissement thermal

Au début du Second Empire trois établissements importants sont construits en moins de 15 ans : un hospice civil, construit de 1849 à 1856, un grand établissement thermal, édifié entre 1861 et 1864, grâce à l'impulsion par Napoléon III, un hôpital militaire qui voit le jour entre 1860 et 1868.

La reconstruction de l'établissement thermal : 1861-1864

A la suite de l'accord de 1849, et grâce à des expropriations complémentaires, l'établissement thermal est agrandi et fait l'objet d'un reconstruction entre 1861 et 1864. Les ingénieurs Jules François et Henri Peslin en sont les maître d’œuvre associés à l'architecte Jules Normand. Ils présentent le projet dans la section des eaux minérales à l'exposition universelle de 1862.. De nouveaux tarifs sont mis en place dans un établissement qui comporte désormais 30 cabinets de bains, 3 salles de douches, une salle de pulvérisation, une salle de bains de pieds. Une 4e piscine est construite. L'établissement est organisé autour d'un hall de 52 m de long semi-enterré avec cabines de couches, bains, gargarisme, pulvérisation de part et d’autre. Au-devant, en contrebas : les piscines. Les travaux ont porté également sur les captages et permettent d'alimenter l'ensemble par 14 sources d’un débit journalier d’environ 150 000 L et dont la température est comprise entre 18° et 44°. Les eaux de ces sources sont recueillies par 19 griffons et conduites dans des réservoirs de faible capacité d’où elles redescendent vers leurs divers points d’utilisation.

Les 3 salles de douches bâties en contrebas de la nef étant insuffisantes, la Compagnie fermières des établissements thermaux de Barèges et de Saint-Sauveur a fait construire en 1882 un petit pavillon dans la cour qui séparait l’établissement principal des piscines. C’est en y faisant des fouilles pour établir un réservoir qu’on a découvert la source appelée Source nouvelles, dont l'eau est à 36° et donne 28 800 L par 24 h. En 1881-1882, l'architecte Prosper conçoit cette extension avec deux nouvelles salles de douches et des installations d'hydrothérapie (AD 65 2 0 21). Cette extension en rez-de-chaussée prend place immédiatement devant la façade de l'établissement, entre ce dernier et la piscine enterrée. Bâtie avec un appareil en pierre de taille, elle a été construite dans la continuité esthétique de l'établissement thermal.

Au 20e siècle, une nouvelle extension transforme la partie en avant de la façade au début des années 1960. Une seconde extension surélève cette partie entre 1982 et 1985.

En 2009, les thermes sont agrandis et un espace ludique fonctionnant à l'année est aménagé, comprenant un bassin, un banc à bulles, un hammam, un sauna et un jacuzzi. Cette extension offre une large vue sur le massif de l'Ardiden.

L'établissement thermal est implanté au centre de la station, dans une configuration semi-enterré.

Champs annexes au dossier - Architecture

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  • VALID accessible au grand public ; non validée
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  • VISIB
  • VOIR_AUSSI
  • WCOM
  • IMP 23032023_R_01

Présentation succincte

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