L'abbaye cistercienne
L'institut Camille Miret est implanté à l'emplacement d'une ancienne abbaye cistercienne fondée au 13e siècle. La forme de l'abbaye était encore visible sur le plan cadastral de 1825 (1825 C1 12). Il en reste aujourd'hui deux corps en équerre et le clocher de l'ancienne église détruite dans la 2nde moitié du 19e siècle. Cette église participait à la formation d'un cloître dont la cour centrale rappelle l'existence.
La bibliographie nous permet aujourd’hui de retracer l'histoire de l'institut et de l'abbaye, notamment grâce à l'histoire de l'asile de Leyme rédigée en 1935 par Jean Mans, médecin de cet institut. L'abbaye aurait été fondée entre 1213 et 1220 par l'évêque de Cahors, Guillaume de Cardaillac et son frère, Guéraud, prévôt de Vayrac, qui en obtient la charge.
Guéraud transmet ses droits sur l'abbaye dès 1220 à l'abbesse Aygeline en contrepartie de paiement de rente aux sœurs de Sainte-Marie-la Daurade de Cahors, dont dépendait l'abbaye de Leyme.
Très vite, l'abbaye obtient des possessions : Lissac en 1287, Vic en 1360, Montamel-Lazièrres en 1496, Les Bouysses en 1447, Costejeau (ou de Labastide). De 1220 à 1790, ce sont trente abbesses qui se succèdent à Leyme.
La plus fameuse, ou en tout cas, celle que l'histoire a retenu, n'est d'autre que Jeanne-Françoise de Noailles, issue de l'illustre famille du même nom. Cette abbesse, décédée en 1705, possède un tombeau doté d'une épitaphe. Auparavant placé dans l'église de l'abbaye, ce monument est aujourd'hui installé dans les anciens bâtiments conventuels. Ses armoiries apparaissent par deux fois sur ce corps de bâtiment confirmant l'impact de cette abbesse sur le monastère.
Un corps, toujours existant, est construit au sud, dans le prolongement du bâtiment est. Son ornementation de style renaissance laissent suggérer une datation du 16e ou 17e siècle pour cet agrandissement.
L'abbaye à la Révolution
Comme dans tout le pays, Leyme n'échappe pas à la vague spoliatrice de la Révolution française. Les religieuses sont chassées et les bâtiments de l'abbaye sont vendus au titre des biens nationaux entre 1790 et 1793. Hormis l'église qui devient propriété de la commune, les bâtiments conventuels sont finalement rachetés par M. Jalenques en 1794. Nous ne connaissons pas, à ce jour, de transformations de cette abbaye durant le 1er quart du 19e siècle. Cependant, le plan cadastral de 1825 nous permet d'observer l'implantation des bâtiments avant l'établissement de l'asile de Leyme.
Le frère Hilarion, M. Tissot (et M. Viargues) : 1835-1836
On peut considérer que l'aventure de l'Institut psychiatrique démarre en 1835 avec l'arrivée à Leyme d'un homme, Xavier Tissot, dit frère Hilarion-Tissot.
Ce religieux appartenant à la Congrégation des Frères de St-Jean-de-Dieu, est connu pour être le fondateur d'un certain nombre d'établissement de soins mentaux. Son passé d'aliéné mental l'a conduit à abandonner sa congrégation pour se faire soigner dans un établissement de soins dont il garde un très mauvais souvenir sur le traitement des maladies mentales. Depuis il consacra sa vie à la cause des soins des maladies mentales.
Malheureusement, il est aussi connu pour sa mauvaise gestion financière et il est régulièrement poursuivi par ses créanciers. Un séjour en prison l’empêche même de se rendre à Leyme en septembre 1835 afin de signer l'acte de vente de l'ancienne abbaye auprès de M. Jalenques, Il y envoie son élève, le frère Viargues.
Le frère Hilarion-Tissot rejoint son élève à Leyme au mois de novembre 1835. A la fin de l'année 1835, cette nouvelle maison de Santé accueille 13 malades. Il y installe des frères hospitaliers pour le service des hommes et des sœurs hospitalières pour les femmes. Ces religieux sont surtout des domestiques auxquels on a revêtu l'habit monastique. Jean Mans indique même que leur sincérité et leur dévotion étaient sujet à caution.
Le frère Hilarion-Tissot voyait dans la grande étendue du domaine de ce monastère, un lieu idéal pour le travail des aliénés (jardinage, agriculture et économie domestique), pilier de sa recette de guérison.
Face aux difficultés financières de l'établissement, Hilarion-Tissot sollicite l'aide du Préfet du Lot. Ce dernier lui accorde un prêt en contrepartie, il lui impose les visites d'un médecin-inspecteur, le Docteur Pouzalgues, deux fois par mois, afin de rendre compte de la qualité des installations et des soins apportés aux malades. Grâce à un rapport de Pouzalgues du 18 avril 1836, nous avons une description de l'asile et de son fonctionnement.
D'après le rapport du Docteur Poulzalgues, la maison de santé de Leyme s'articulait autour de trois corps de logis formant une cour ouverte vers l'ouest. Ils comprenaient l'église paroissiale et son presbytère au nord, et deux corps de bâtiment suffisants pour loger plus de 200 malades après réparations. Autour de cet îlot, étaient organisés plusieurs cours munies pour certaines de galerie couverte. Les hommes et les femmes étaient séparés et possédaient chacun des cours distinctes, fermées par de hauts murs. Les hommes bénéficiaient d'un dortoir installé au premier étage du corps du milieu, les femmes dormaient dans de petites chambres. Un réfectoire non localisé existait déjà à cette période.
Plusieurs annexes sont à l'étude dès 1836 : une infirmerie, des lieux d'aisance, une maison séparée pour les dames et une cour au sud pour la division des femmes.
Malheureusement pour le frère Hilarion-Tissot, ses ennuis financiers ont raison de son action à Leyme, il doit quitter l'établissement avec M. Viargues dès décembre 1836 afin d'éviter la prison pour dettes. Les deux compères n'avaient versé qu'un acompte au précédent propriétaire, M. Jalenques qui s'était gardé de pouvoir récupérer l'établissement en cas de non-paiement. C’est ainsi que M. Jalenques récupère l'entière propriété de l'asile de Leyme et sa direction.
Jalenques (père et fils) : décembre 1836-1853
Afin de fournir les liquidités nécessaires à l'exécution des travaux de l'asile, M. Jalenques fonde en 1837 une société (au départ 10 actionnaires). Jalenques reste directeur de 1837 à 1846 puis son fils prend le relai jusqu'en 1853. Jalenques était assisté par un médecin-chef, le Docteur Murat.
Le service des malades est assuré à partir de 1844 par les sœurs de Notre-Dame du Calvaire de Gramat (6 religieuses en 1844).
Le nombre de malades augmente rapidement, passant de 70 en 1836 à 300 en 1853. Pour faire face à cet accru de patients, il est nécessaire d'entreprendre la construction de nouveaux bâtiments. Une aile avec rez-de-chaussée et étage est édifiée côté est de l'abbaye. Une aile similaire est implantée côté ouest. Lors de ces travaux, des sauts de loup sont aménagés. Cette pratique était utilisée jusque-là pour des édifices fortifiés. Elle consiste à creuser de larges fossés, côté intérieur, et permet d'élever des murs d'une hauteur raisonnable qui ne gâchent pas la vue.
La direction de Cabriniat : 1853-1878
En 1853, M. Cabriniat, avocat à Figeac, succède à M. Jalenques à la direction de l'établissement jusqu'à sa mort en 1878. Il est inhumé dans le cimetière de l'asile, sa tombe est surmontée d'un chêne en l'honneur de ce directeur.
Cabriniat fait exécuter de nombreux travaux qui apportent presque la physionomie de l'asile tel qu'il était en 1935 (d'après Jean Mans). Cette importante phase de construction est liée au rapport de l'inspecteur en 1848 qui a jugé la situation déplorable et a préconisé la reconstruction des bâtiments. Ces travaux sont en projet avant l'arrivée de Cabriniat puisque des plans sont dressés dès le 12 février 1851 par Auguste Régy en tant qu'architecte de la ville et de l'arrondissement de Figeac. Régy fait figurer l'état existant des bâtiments ainsi que le projet de construction. Le projet n'est pas réalisé dans son intégralité car les bâtiments au sud dédiés à l’administration ne sont pas élevés.
Les travaux seraient réalisés en 10 ans de 1853 à 1863 et comprennent l'agrandissement du bâtiment central et la cour des services, l'agrandissement et la construction de bâtiments pour les divisions des femmes et des hommes, la construction d'une étable à vache, l'aménagement d'une route reliant Leyme à Aynac et le détournement de la route impériale.
En 1858, une nouvelle église et un presbytère sont construits dans le village de Leyme d'après les plans du même architecte, Auguste Régy. Ils viennent remplacer ceux de l'abbaye. Cette translation de l'église paroissiale répond aux attentes des habitants qui se plaignaient régulièrement des désagréments causés lors des cérémonies religieuses. Les nouveaux édifices paroissiaux sont érigés dans le cadre d'un échange de terrains entre la commune et l'asile. Le directeur récupère alors la propriété de l'ancienne église qu'il peut transformer en chapelle. Le mobilier est en grande partie transporté dans la nouvelle église paroissiale excepté le tombeau de l'abbesse de Noailles qui reste dans la chapelle.
L'œuvre de Camille Miret : 1878-1905
A la mort de M. Cabriniat en 1878, Camille Miret qui a donné son nom à l'Institut, reprend la direction de l'établissement. A son arrivée, l'asile de Leyme compte 550 malades. Cet ingénieur en Arts et Manufacture est lui aussi un directeur bâtisseur. Bien que la physionomie actuelle soit en place dès la direction de Cabriniat, l'aspect visuel de l'institut est lié aux nombreux aménagements de Camille Miret. Dans son histoire de l'asile de Leyme de 1935, Jean Mans fait apparaître une gravure datée de 1873 représentant l'établissement avant l'arrivée de Miret.
Les constructions de Cabriniat sont nombreuses mais elles sont avant tout utilitaires. En revanche, l'œuvre de Camille Miret a consisté à embellir les bâtiments, à en créer d’autres mais en ajoutant une dimension esthétique dans leur conception afin de créer un climat plus chaleureux et moins austère.
Néanmoins, il fait détruire l'ancienne église qui menaçait ruine. Il conserve tout de même le clocher qu'il fait consolider. A l'emplacement de l’église, il fait construire cinq bâtiments utilitaires dont une tour soutenant le clocher. Le pensionnat des hommes en mauvais état est rebâti et deux établissements de bains sont établis. Ces derniers conservent leur intérieur voûté et décoré dans un style moderne que l'on peut attribuer à l'art nouveau. Miret est aussi à l'origine de plusieurs dépendances (réservoirs, buanderie, poulailler, serre, dépôt de charbon, porcherie, écurie, etc.), d'un pavillon pour les parents des malades ainsi que de l'aménagement de la cour d'honneur avec une conciergerie et un bâtiment de service médical. Son œuvre la plus notable reste l'agréable jardin anglais dont il traça les plans. Pour l'implantation de ce jardin, Miret fait assécher cette zone marécageuse. Enfin, il commence le pavillon des neurasthéniques qui sera continué par son frère.
Joachim Miret : 1905-1909
Effectivement, Joachim Miret, devient directeur à la mort de son frère en 1905. A cette date, l'établissement accueille 624 malades. Durant les quatre années à sa tête, Joachim Miret poursuit les constructions débutées par son frère. Il cède son poste dès 1909 à Georges Pradel.
Georges Pradel : 1909-...
Cet ingénieur des arts et manufacture n'est pas un inconnu à Leyme puisque son grand-père était administrateur de la société au milieu du 19e siècle. Georges Pradel intègre l'institut comme sous-directeur en 1908 et prend la relève de Joachim Miret l'année suivante. Le nombre de malades connaît une chute dans les années 1920 en raison de l'ouverture de plusieurs autres établissements mais retrouve son attractivité en 1935, il compte 870 malades.
Plusieurs constructions et surtout reconstructions sont à mettre à son actif entre 1909 et 1935 : pensionnat des dames, quartier des gâteuses, atelier de pliage de la lingerie, section cellulaire des femmes, laboratoire, tennis, etc. Il est également à l'origine de la réfection des toitures des bâtiments de l'ancienne abbaye et c'est encore lui qui fait installer l'électricité.
Architecte d'arrondissement de Figeac.