Dossier d’œuvre architecture IA46100403 | Réalisé par ; ;
Cadot Fabien (Rédacteur)
Cadot Fabien

Chercheur en inventaire du patrimoine pour le Département du Lot depuis 2019.

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  • enquête thématique départementale, inventaire préliminaire de l'architecture civile médiévale
château
Œuvre étudiée

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Lot - Lacapelle-Marival
  • Commune Lacapelle-Marival
  • Cadastre 1826 A2 785, 786, 789 à 792  ; 2014 AB 419, 420, 421
  • Dénominations
    château

Le château de Lacapelle-Marival a été construit par une branche de la famille des Cardaillac. Ce donjon tardif de la seconde moitié du 15e siècle, aux dimensions puissantes, a été remanié pour accroître à la fois son confort et son symbole féodal (chemin de ronde sur mâchicoulis, échauguettes d'angle). De l'ancienne muraille qui entourait autrefois la cour seigneuriale, située dans le jardin donnant sur la façade occidentale, il ne reste aujourd'hui que deux tours rondes englobées dans un grand bâtiment rectangulaire. Ce logis, bien plus spacieux que le donjon primitif, a été commencé au milieu du 16e et achevé au 17e siècle. Il conserve de nombreux décors peints : plafond à la française orné de médaillons, personnages à l'Antique et figures allégoriques.

Lacapelle-Marival, ou Merlival, a fait partie de la baronnie de Cardaillac. Bertrand III de Cardaillac, sénéchal du roi d'Angleterre pour le Limousin, le Périgord et le Quercy en 1261, est seigneur de Bioule, de Lacapelle-Marival et autres places.

Le chanoine Albe fait la déduction que Géraud quitte le fort de Cardaillac pour rejoindre sa seigneurie et aurait fait "reconstruire le château de Lacapelle...". Ces propos ont été reprit pendant un siècle pour faire du château de Lacapelle-Marival, une construction du 13e siècle, notamment par J.-A. Delpon dans sa brève notice en 1831. Or aucun renseignement historique ou archéologique ne peut permettent de dater le château du 13e siècle. D'après les travaux récents de J.-L. Massy en 2017 et 2019, une communauté était regroupée dès le 13e siècle au sein d'un castrum, c'est-à-dire un lieu protégé par une enceinte fortifiée. La présence d'une tour féodale avec logis n’est pas à exclure mais elle n'a pas été identifiée. Si un premier château a existé, il pouvait se trouver dans le "fort", à proximité de l'église.

Aucune étude d'envergure sur ce château n'avait été réalisée avant le 21e siècle. Grâce à une connaissance renouvelée en "castelologie", l'existence d’éléments de défense tels que tours, mâchicoulis, tourelles, etc., pour des châteaux construits à partir du 15e siècle, sont des signes ostentatoires de pouvoir (J.-L. Massy, 2019). Ces éléments n'indiquent en rien une construction médiévale. En effet, l'observation archéologique des élévations, fondations ou sous-sol du château ne révèlent aucune trace antérieure au 15e siècle (G. Séraphin, 2023). G. Séraphin proposent une datation dans les années 1460 pour la construction de la tour maîtresse, dite donjon. Ces hypothèses sont confirmées par dendrochronologie d'après des prélèvements effectuées en 2024 sur des poutres et des solives de planchers des 3e et 4e niveaux de la tour maîtresse. Les résultats suggèrent que l'ensemble des bois provient d'un seul et unique abattage daté entre 1463 et 1480 (Dendrotech, 2024).

Aucun autre renseignement ne vient éclairer l'histoire de la seigneurie et du château avant la seconde moitié du 15e siècle. J. Depeyre (1960) s'étonnait d'ailleurs que G. Lacoste ne cite pas une seule fois le château ou même le bourg de Lacapelle-Marival pendant la guerre de Cent ans (de fait, il mentionne la prise du bourg en 1388). Astorg de Cardaillac, seigneur de Lacapelle-Marival, Saint-Sernin et autres lieux, est mentionné en 1470 dans un accord passé avec les verriers Colomb pour les fournitures et entretiens des vitres du château (J.-L. Massy, 2019). Une partie du château est donc achevée à cette période. En 1504, Astorg dénombre au roi pour Lacapelle-Marival avec une maison et toutes justices (L. d'Alauzier, 1985). Sa succession suscite un procès terminé en 1521 par un arrêt du Parlement de Toulouse, qui attribue Lacapelle-Marival à Gilibert de Cardaillac, au détriment de sa nièce (L. d'Alauzier, 1952). Une expertise faite vingt ans plus tard fournit une description très précise de l'état du château de "feu Gilibert", décédé en 1536 ou peu avant, et des travaux réalisés par son successeur, dont le nom n'est pas mentionné.

Henri-Victor de Cardaillac, marié en 1624 à Elisabeth de Pluvinel (H. de Terrebasse, 1911), obtient de Louis XIV l'érection de la seigneurie en marquisat en 1645. En 1732, le château et les terres sont vendus au maréchal Loupiac de La Devèze, dont hérite, en 1742, son petit-fils Joseph de Glandié, seigneur de Vareix, qui occupe les lieux. En 1757, la seigneurie passe à son frère Louis de Vareix, puis en 1766 à son neveu Alphonse-Louis de Montet. Le château est pillé de fond en comble en 1789 (C. Didon, 1996).

Les dispositions d'ensemble et les formes du donjon, et l'un des décors peints conservés, appartiennent bien à la seconde moitié du 15e siècle, et il faut donc en attribuer la construction à Astorg de Cardaillac ou bien à son père Guisbert de Cardaillac qui décède vers 1471. C'est sans doute à cet état qu'appartenaient l'escalier en vis et les croisées et demi-croisées décrits par l'état des lieux de 1541. Les rares vestiges de fenêtres de l'état d'origine indiquent que la mise en chantier du deuxième corps de bâtiment s'est faite au cours de la même campagne de travaux ou peu après. Les procès engendrés par la succession d'Astorg de Cardaillac semblent avoir interrompu les travaux (ce que constatent les experts de 1541) qui ne sont repris qu'au début des années 1530 par l'héritier de Gilibert.

La distribution et l'aspect du château ont été profondément modifiés dans le deuxième quart du 17e siècle, sans doute pour Henri-Victor de Cardaillac (les initiales E et H surmontées d'une couronne de marquis figurent sur le plafond peint du corps de logis sud), avec en particulier la construction d'un escalier à volées droites, le remplacement des croisées par de grandes fenêtres rectangulaires et l'ajout d'un niveau au corps de logis secondaire.

  • Période(s)
    • Principale : 2e moitié 15e siècle , daté par travaux historiques, datation par dendrochronologie
    • Principale : 2e quart 16e siècle , daté par travaux historiques
    • Principale : 2e quart 17e siècle , daté par travaux historiques
  • Auteur(s)

Le "donjon" est le corps principal du château : de plan rectangulaire, et non carré, il doit sans doute son appellation à sa hauteur et à son couronnement de mâchicoulis complété par des tourelles d'angle. Ses élévations montrent des phases successives de construction. Un mur de refend longitudinal divise les niveaux recoupés en quatre pièces par des cloisonnements transversaux. Le corps de logis secondaire est lié au donjon par un angle, tous deux desservis par l'escalier à volées droites et mur noyau du 17e siècle. C'est un bâtiment en simple profondeur, divisé par un refend médian, flanqué aux angles sud-est et sud-ouest de deux tours rondes qui étaient couronnées de mâchicoulis dont subsistent les consoles. Il ouvre au sud sur une esplanade terrassée dont le tracé suggère l'existence de bastions.

Le château conserve des ensembles de peintures murales et un plafond peint remarquables. Il mériterait une étude approfondie à confronter à la description de l'état des lieux en 1541.

  • Murs
    • grès pierre de taille
  • Toits
    ardoise, tuile creuse
  • Étages
    2 étages carrés, étage de comble
  • Couvertures
    • toit à longs pans brisés
    • toit conique
    • toit en pavillon
    • croupe
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours sans jour escalier en maçonnerie
  • Techniques
    • peinture
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Protections
    classé MH, 1939/01/24
  • Précisions sur la protection

    Château : classement par arrêté du 24 janvier 1939.

  • Référence MH

Bibliographie

  • Séraphin (Gilles), Donjons & châteaux du Moyen Âge dans le Lot, Portet-sur-Garonne, Editions midi-pyrénéennes, 2014.

    catalogue
  • Delpon (Jacques-Antoine), Statistique du département du Lot, Paris-Cahors, 1831, tome I.

    p. 471-472
  • Lacoste (Guillaume), Histoire générale de la province de Quercy, Cahors, Girma, 1885, 1ère édition 1783 (réédition : Marseille, Laffite Reprints, 1982), tome III.

    p. 291
  • Lacoste (Guillaume), Histoire générale de la province de Quercy, Cahors, Girma, 1886, 1ère édition 1783 (réédition : Marseille, Laffite Reprints, 1982), tome IV.

    p. 20
  • Cadiergues (Georges), Histoire de la seigneurie de Lacapelle-Marival, Cahors, Imprimerie catholique, 1905

  • Terrebasse (Humbert de), Antoine de Pluvinel, Dauphinois : 1552-1620, Lyon, L. Brun, 1911, p. 62.

  • Salet (Francis), La Capelle-Marival, dans Congrès archéologique de France, Ce session, 1937, Paris, Picard, 1938, p. 319-320.

  • Durliat (Marcel), Le château de Lacapelle-Marival, dans Figeac et le Quercy, Actes du XXIIIe congrès d'études régionales, Figeac 2-4 juin 1967, Cahors, 1969, p. 44-49.

  • Tollon (Bruno), Lacapelle-Marival, dans Congrès archéologique de France, 147e session, 1989, Quercy, Paris, S.F.A., 1993, p. 333-337.

  • Didon (Catherine), Châteaux, manoirs et logis. Le Lot, Chauray, Ed. Patrimoine medias, 1996.

    p. 96-97
  • Massy (Jean-Luc), Le château de Lacapelle-Marival, Une résidence Cardaillac, Art et Patrimoine, 2017.

  • Massy (Jean-Luc), Le château de Lacapelle-Marival, Une approche archéologique et historique pour une programmation de sa mise en valeur patrimoniale, 2 vols, dactylographié, 2019.

Périodiques

  • Labarthe (chanoine), Lacapelle-Marival et les seigneurs, par M. le Dr Georges Cadiergues, dans Bulletin de la Société des Etudes du Lot, t. XXXI, 1906, p. 175-179.

  • Alauzier (Louis d'), Les tombeaux d'Espagnac, dans Bulletin de la Société des Etudes du Lot, t. LXXIII, 1952, p. 16-18.

  • Depeyre (Jean), Le château de Lacapelle-Marival, dans Bulletin de la Société des Etudes du Lot, t. LXXXI, 1960, p. 210-216.

  • Rochettes (M. des), Quelques Cardaillac du pays figeacois, dans Bulletin de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, t. LXXXVII, 1961, p. 7-9.

  • Alauzier (Louis d'), "Le dénombrement de 1504 en Quercy pour le ban et l'arrière-ban", dans Bulletin de la Société des Etudes du Lot, tome CV, 1984, 3e fascicule.

    p. 266

Documents figurés

  • Châteaux et manoirs du Lot, carte touristique, Département du Lot, 2015.

Documents multimédia

  • https://patrimoines.lot.fr Châteaux et manoirs du Lot

Date(s) d'enquête : 2005; Date(s) de rédaction : 2005, 2014, 2025