Des Villebrun aux Milhé/Astruc
Les premières mentions historiques d'un moulin au pied du village de Roquebrun remontent au 17e siècle. Elles semblent concerner plus précisément le moulin le plus au sud, surmonté d'un pigeonnier ; il s'agit à cette date d'un moulin à blé, exploité par Jaques de Villebrun (ADH 232 EDT 8, Compoix de la communauté de Roquebrun, 1659, t.1). L'édifice, qui adopte une forme en éperon, présente à sa base un appareil en pierre médiéval.
En 1701, le moulin est acheté par Barthélémy Milhé, nom qui apparaît au 16e siècle dans le masage d'Escagnès (paroisse de Roquebrun). La famille Milhé s'enrichit dans la première moitié du 18e siècle grâce au négoce et à des alliances matrimoniales avantageuses - notamment avec la famille Rouanet à Cessenon-sur-Orb - leur permettant d'investir dans l'achat de terres, de moulins et dans la création en 1702 d'une manufacture de draps à Cessenon, dont la production est exportée vers le Levant.
La demi-soeur de Barthélémy III, Marguerite Milhé, hérite des biens de ce dernier situés à Roquebrun. L'ensemble comprend désormais moulins à blé, à foulon et à huile. Elle épouse en 1739 Pierre d'Astruc, conseiller-secrétaire du roi en la Cour des Comptes, Aides et Finances de Montpellier, nommé inspecteur des manufactures de Saint-Chinian en 1741. La famille Astruc, qui doit également sa fortune au négoce et à la fabrication du drap, jouit d'un important réseau. Elle est anoblie par charge au début du 18e siècle et prend le nom d'Astruc de Colombières suite à l'achat de la seigneurie en 1748.
Un bail à ferme (contrat de location entre propriétaire et preneur pour l'exploitation d'un bien rural) est contracté en 1747 entre Marguerite Milhé et Jean Mailhac. Ce document apporte quelques informations sur les moulins et la chaussée à cette date (ADH 2E66/130). Le sieur Mailhac s'oblige à payer chaque année une rente de 400 livres pour le moulin à blé, une rente de 100 livres pour le moulin foulon et une rente de 600 livres pour le moulin à huile et tous les autres biens (écurie, bergerie, terres...). La propriétaire s'engage à entretenir la chaussée qui porte l'eau aux moulins à blé et foulon excepté une ouverture aménagée à l'ouest de la chaussée laissée "pour la conservation tant de ladite chaussée que des susdits moulins du temps des inondations, laquelle ouverture sera fermée avec piquets et faissine sy besoin est pour faire aller l'eau auxdits moulins à frais communs [...]".
Achat et exploitation par la famille Moustelon
Le 13 juillet 1750, Marguerite Milhé vend à Pierre Moustelon les moulins à blé et foulon, « le luy baillant avec tous ces droits, libertés et servitudes et quitte de tous arérages de tailles, uzages et autres charges du passé jusques au premier de janvier prochain relevant de la directe du seigneur qu’il apartiendra et soubs l’uzage contenu en ces reconnaissances que parties ont dit ne scavoir » pour 5.000 livres dont 2.000 livres payées comptant en Louis d’or et écus et les autres 3.000 livres seront être payées dans 4 ans (AD34, 2 E 66/532, p. 110 v°-111 v°. Guillaume Sabatier, notaire). Il semblerait donc qu'à cette époque, la mémoire du seigneur détenant la propriété éminente de ces moulins ait été perdue. La famille Moustelon possède aux 18e et 19e siècles plusieurs moulins à céréales, foulon et huile sur les communes de Roquebrun et Vieussan.
Les sources du 18e siècle sont ambiguës quant à la présence d'un ou deux bâtiments-moulins alimentés par la chaussée en travers de l'Orb à cette époque. L'emploi du pluriel pour désigner "les moulins à blé et à foulon" peut en effet exprimer la présence de deux mécanismes à l'intérieur d'un unique édifice, ce que semblent confirmer les mutations au compoix du milieu du 18e siècle qui n'indiquent toujours qu'un moulin (à blé et à foulon), d'une superficie de sept cannes. La carte de l'Orb, datée de 1787 (1 Fi 111/3 Carte de la rivière d'Orb, feuille n°3) est trop imprécise pour trancher la question à cette date : si deux bâtiments accolés y sont bien figurés, leur disposition n'a rien de commun avec celle des édifices actuels. En revanche, deux moulins figurent bien au plan aquarellé de l’An XIII (ADH, 3 P 3416-24) ainsi qu’au cadastre napoléonien dressé en 1831. La période de construction de ce second moulin, près de la rive, pourrait donc se situer autour de la fin du 18e siècle ou au début du 19e siècle, sans qu'il soit possible d'en avoir la certitude.
Les descendants de Pierre Moustelon conservent les moulins après la Révolution. Les parcelles 2806, 2807 et 2811 de la section G des matrices cadastrales, qui correspondent aux trois moulins, sont encore enregistrées au nom de cette famille. La construction du pont sur l'Orb (1866-1867) impacte le fonctionnement des moulins, alors propriété d'Alphone Moustelon et exploités par M. Rivière, meunier. Le dossier de construction témoigne d'échanges entre ces derniers, craignant pour l'intégrité de la chaussée, et le service des Ponts et Chaussées (ADH 2 S 1130). Aux dires de l'administration, le moulin à céréales ne fonctionne déjà plus que rarement à cette date, n'ayant que peu de grains à moudre. Il cesse probalement de fonctionner peu après. Le moulin à huile, en revanche, ne cessera son activité qu'au 20e siècle.
Vers une valorisation touristique
Les moulins à céréales, foulon et huile de Roquebrun appartiennent aujourd'hui à la commune de Roquebrun. Deux des moulins ont été en partie restaurés grâce au concours du Parc Naturel Régional du Haut Languedoc. Le moulin à huile a été transformé en salle de réception.
Archéologue-topographe - Géoptère