En 1880, la société anonyme de la distillerie de l’Hérault, aux mains de C. Leenhardt et Ch. Blanquier, dépose une demande pour établir une « distillerie de grains et de toutes matières alcoolisables, avec le traitement de leurs produits et sous-produits » (5 M 339). Elle souhaite établir cette usine sur les terrains qu’elle détient (parcelle G 52) situés au nord de l’agglomération d’Agde, au tènement de la Devèze, entre les voies de chemin de fer, à proximité de la gare d’Agde (mise en service par la Compagnie des chemins de fer du Midi en 1857), le canalet et le canal du Midi, à proximité de l’écluse ronde. L’autorisation lui est accordée en 1881. La nouvelle usine est construite le long de l’avenue de Bessan (actuelle avenue Raymond Pitet). Elle comprend un atelier de fermentation, une distillerie (équipée de 2 colonnes à distiller et 3 colonnes à rectifier) avec sa haute cheminée, une fabrique de tourteaux, des bureaux, écuries et logements. Loué par la société Barbet Cie (1886), l’ensemble est partiellement démoli en 1887, exceptés les bureaux et la fabrique de tourteaux, dont la démolition n’intervient qu’en 1902. Le site est desservi par voie étroite dès les années 1890 et, vraisemblablement dès cette époque, par un embranchement particulier. Une nouvelle campagne de construction intervient en 1896 pour répondre aux besoins de la fabrication d’engrais organiques et chimiques : atelier équipé d’une machine à vapeur, forge, fabrique de crème de tartre et hangar sont nouvellement édifiés.
En 1898, le site est racheté par l’industriel montpelliérain Auguste Martignier qui crée en 1910 la société anonyme des établissements Martignier. C’est sous son impulsion qu’il est largement agrandi entre 1900 et 1904, en particulier la fabrique de tartre à laquelle est adjointe une fabrique d’acide tartrique, de crème de tartre (équipée de 6 fours) et d’acide citrique. La fabrication est essentiellement réalisée par séchage, mélanges et broyage à partir des résidus de raisins (lies et marcs). Les ateliers sont électrifiés dès le début des années 1900 grâce à l’installation de dynamos dans un bâtiment dédié. A partir de 1905, un atelier avec « 53 filtres, presse et 4 monte gaz » (matrice cadastrale), plusieurs magasins et hangars complètent les installations, à proximité des voies ferrées. En 1907, alors que près de 300 ouvriers travaillent dans l’usine, cette dernière est touchée par les inondations et les débordements de l’Hérault. Au début des années 1910, de nouvelles constructions prennent place à l’ouest du noyau historique (G 86) : des magasins, un atelier dédié au séchage et au broyage des tourteaux, une nouvelle machine à vapeur et 2 chaudières agrandissent les installations au plus près de la voie de chemin de fer.
En 1914, l’usine est rachetée par la société marseillaise Mante et Compagnie, devenue Société anonyme des établissements Mante et Cie en 1934. Une nouvelle pompe centrifuge avec dynamo est installée. Entre 1925 et 1936, une série de démolitions affecte le noyau ancien (G 52) alors que la partie occidentale du site (G 86) est rachetée en 1923 par Auguste Raynaud, industriel Montpellier. Ce dernier détient les bâtiments situés à l’ouest de l’embranchement particulier, essentiellement des magasins, un atelier de séchage et broyage ainsi qu’une salle des machines. Un nouveau hangar avec séchoir est construit à la fin des années 1920. En 1930, lui succède la Compagnie Méditerranéenne de Produits Chimiques (CMPA) dont le siège est à Montpellier, 9 boulevard Victor Hugo.
Un projet de construction d’une usine à gaz entre le canal du Midi et les « anciens établissements Mante et Cie » est déposé en 1938 (5 M 340). Construite au nord du site, elle est exploitée jusqu'en 1957 par la Société d’Entreprises Gazière et de Distribution (SEGAD). Électricité de France occupe cet espace jusque dans les années 1980 (siège du district EDF-GDF jusqu’en 1988).
Après la seconde guerre mondiale, l’usine d’engrais (G 52 et G 86) est aux mains de la Compagnie Méditerranéenne de Produits Chimiques. Au cours des années 1960, une partie du site est occupée par les établissements Béchard. De même que Midi Béton s’y installe au début des années 1970. Reprise par la SEDAGRI (Société d’Etudes et de Développement Agricole) vers 1975, l’usine d’engrais dépend encore de la Compagnie Méditerranéenne des Produits agricoles, détenue par le groupe Pechiney-Ugine-Kuhlmann puis Rhône Poulenc Agrochimie (1982). En 1987, le groupe Rhône Poulenc se défait de son activité d’agrochimie au profit de la Société « La Méditerranéenne ». Le foncier est racheté par le GEC (Groupe Européen de Conditionnement) le 1er janvier 1990, La Méditerranéenne devenant alors locataire du site. Ce dernier appartient aujourd’hui à la Communauté d’Agglomération Hérault Méditerranée. Il a subi une série de démolitions qui se sont accélérées au début des années 2020 dans le cadre d’un projet de nouveau quartier urbain porté par la communauté de communes.