« La situation du bassin houiller de Graissessac est en ce moment trop critique pour que les dangers qui menacent son industrie n´aient pas frappé notre attention. Les mines de la Grand Combe, favorisées dans leur développement par l'établissement des chemins de fer de Beaucaire et de Montpellier à Cette, font arriver le charbon par le canal de Beaucaire, à peu de frais, sur le canal du Midi, où elles nous rendront bientôt impossible, sur les marchés de Cette, Agde, Beziers, Narbonne. (...) la lutte que nous soutenons si péniblement en ce moment, n'ayant à notre disposition que des routes ordinaires, très mal entretenues. D´un autre côté, les mines de houille de Carmaux, par leur proximité du même canal, nous ferment les marchés de Carcassonne et de Toulouse. Dans ces circonstances graves, les exploitants du bassin de Graissessac n'ont d'autre espoir de salut que dans l´abaissement du prix de production porté aussi loin que possible par l'emploi des meilleures méthodes d´extraction et surtout par l´établissement de voies de communication rapides et économiques. Le Conseil d´administration des mines du Devois, pénétré de ces idées, vous adresse, monsieur le Préfet, une demande en autorisation, par arrêté préfectoral, d´expropriations des terrains nécessaires à la construction d´un chemin de fer à petite section (70 cm), destiné à relier les mines du Devois à l'entreprôt que possèdent les concessionnaires sur le chemin de Graissessac à Latour qui s´embranche sur la route départementale de Lodève à Bédarieux. La concession des mines du Devois de Graissessac est située sur les flancs des montagnes escarpées qui bordent la rive droite du Clédou. Le chemin de Latour aux mines, au contraire, est tracé sur la rive gauche de ce ruisseau. Jusqu'à ce jour les concessionnaires n´ont disposé, pour faire arriver leur charbon des mines à l'entrepôt situé sur la route, que du chemin de service très escarpé et seulement praticable pour le transport à dos de mulet. Ce mode de transport est, pour les exploitants, une cause de dépense considérable en faux frais de double chargement et déchargement, bris et déchet pour les gros charbons, mais principalement en raison même de la cherté du moyen de transport. Du reste le chiffre de l´extraction des mines du Devois dépend en ce moment de la quantité de mulets qui se trouvent dans la contrée, il suffit donc qu´une maladie contagieuse vienne décimer ces bêtes de somme pour que les mines soient obligées de suspendre leurs travaux et par cela enlever le pain à grand nombre de familles. L'établissement du chemin de fer que se propose d´établir la compagnie Usquin en rencontre d´autre obstacle que l´avidité de quelques propriétaires isolées qui, tout en comprenant le bien général qui doit résulter de cette création pour le pays, en développant l'industrie houillère, ne cherchent pas moins à abuser des circonstances dans leur intérêt personnel, mais la bienveillance éclairée que vous accordez à l´industrie houillère, monsieur le Préfet, fera promptement justice de ce misérable calcul de l´égoïsme. La compagnie des Mines du Devois joint à la présente demande un plan du tracé du chemin de fer à l’échelle du plan du cadastre. D’après les indications qui y sont rapportées, vous jugerez, monsieur le Préfet, qu’il ne reste qu’un tiers environ des terrains que doit traverser le chemin de fer, à exproprier, les demandeurs ayant préféré traiter de gré à gré avec les propriétaires qui ont reconnu le droit de passage dans leurs terrains sans des exigences par trop exorbitantes. Un arrêté rendu récemment en faveur des mines de Neffies pour un cas semblable et l’intérêt que vous y porter, monsieur le Préfet, à tout ce qui se rattache à l’industrie en général, font espérer que notre demande sera favorablement recueillie. A Montpellier le 21 avril 1845 » (AD Hérault, 8 S 99).
Cette demande émise par la Cie Usquin témoigne de la concurrence que se livrent les différents bassins houillers du Midi, en particulier celui de Grand Combe et celui de Carmaux. Elle atteste également de l’importance des voies de circulation qui influe sur le coût des marchandises et donc sur le prix de revient de la production. Cette demande concerne la construction d’une voie ferrée qui collecterait le minerai depuis la mine Garella, en passant par la mine Eugène et la mine Dupont jusqu’aux magasins de la compagnie situés au dessus du plateau Sainte-Barbe.
Ce projet ne se réalise pas avant 1850 et sur un tracé quelque peu modifié par rapport à la demande initiale, en lien avec la création de la gare. A partir de 1850, les plans inclinés automoteurs et les premiers plans inclinés équipés de treuils à vapeur remplacent le transport à dos de mulet depuis l’entrée des mines à flanc de coteau.