SYNTHESE : Regroupement de l'habitat en deux pôles concurrents. Mention en 1026 du castrum des Deux-vierges avec une chapelle castrale Sainte-Marie (mentionnée en 1160 ). Castrum de la première génération, sur un site de hauteur ; la vocation militaire prédomine sur le regroupement de l'habitat. Réussite du pôle ecclésial dans la plaine autour du prieuré de Saint-Saturnin (cité en 1167). Formation d'un village du type des dépendances monastiques.
L'église en position stratégique, commande la fortification d'agglomération datable du 12e siècle. Reconstruction de l'église au 14e siècle. Le consulat existe au 17e siècle : il posséde une fontaine commune, un four banal, un puits commun et trois places (la "placette" intra muros, la place de la fontaine et le "quai").
Maison consulaire mentionnée en 1738. Prospérité au 19e siècle, liée à la viticulture.
HISTORIQUE : La commune de Saint-Saturnin abrite l'un des plus anciens castra de la région, le château des Deux-Vierges étudié par Olivier Ginouvez et Laurent Schneider. Il occupe un bastion naturel au relief ruiniforme se dressant culminant à plus de 530 m. au nord-ouest du village actuel. Par cette position, le site contrôle toutes les communications entre la basse plaine et les causses. La plate forme d'une superficie d'environ 1500 m2 présente les vestiges d'éléments fortifiés médiévaux (une tour circulaire, probablement le donjon ) , une chapelle castrale (connue postérieurement sous le vocable Sainte-Marie - 11 60 - Saint-Fulcrand aujourd'hui), le tout partiellement enclos, là où les défenses naturelles restaient insuffisantes. Dans la partie sud du site, une tour quadrangulaire a été dégagée ainsi qu'un mur épais bordant la limite est du plateau. Les deux zones d'occupation sont séparées par un mur percé d'une porte. En l'état actuel de la fouille, la chronologie de ces différentes parties ne peut être clairement définie. Le castrum des Deux-Vierges, propriété d'une famille aristocratique attestée dès 1026, apparaît dans les documents en 1004. Le lignage des "Deux-Vierges" joue un rôle important dans la vie politique et religieuse de la moyenne vallée de l'Hérault. Leur château, véritable nid d'aigle ne fixe aucun habitat. Lieu de résidence aristocratique et surtout site à fonction militaire, il subit le processus de désenchatellement des XlVe et XVe s.
C'est dans la villa située deux km. au sud, dans la vallée, que le regroupement des hommes s'effectue autour de l'église paroissiale Saint-Saturnin de Lucian citée en 1067. Nous nous trouvons là en présence d'un cas où l'existence d'un castrum proche n'a eu aucune incidence sur le peuplement villageois. L'aspect exceptionnel du site perché choisi par les féodaux laïques expliquent cette indépendance totale entre la fonction de rassemblement des populations et celle de surveillance d'un lieu de passage. Saint-Saturnin, village de plaine, borde le chemin de Montpeyroux. Propriété de l'évêque de Lodève, il s'organise en fonction de l'église, située au nord-est. La fortification élevée en une seule à quatre tours d'angle et au moins deux entrées, sur les milieux des fronts nord-ouest et sud-est. Le front nord-ouest avec son entrée murée et la tour ouest restent visibles. La tour nord est une reconstruction récente reprenant un parti ancien. L'entrée sud-est n'existe plus mais le nom de la rue correspondante (du Portail) permet de la localiser. L'église reconstruite au XlVe siècle et sans doute agrandie à cette occasion rompt l'alignement du front nord-est. Entre l'église et le cimetière prend place la place publique avec sa fontaine, établie sur les fossés de l'enceinte.
Au XVIIe siècle, la communauté de Saint-Saturnin possède une fontaine commune, un four banal, un puits commun dans l'enclos de la ville et trois places (probablement la "placette" intra muros, la place de la Fontaine et "le quai", nom donné au fossé aménagé en bordure de la route de Jonquières, au sud-ouest de la rue du Portai). En 1738, nous trouvons la mention de la maison de ville. En 1773, la municipalité entreprend la construction d'un moulin à huile. Le nom de la seconde porte de la ville, fermée au XVIIIe s, "le portai du mûrier" évoque un artisanat lié au vers à soie, souvent complémentaire de l'activité viticole dont la suprématie n'en demeure pas moins écrasante. Si certaines demeures abritent une magnanerie, la majorité des maisons du XIXe siècle possède sa cave vinicole. Aujourd'hui encore la réputation de Saint-Saturnin tient à la renommée de son vin (cave coopérative). Le XIXe siècle ajoute dans la périphérie du village un habitat pavillonaire qui rompt avec l'urbanisation précédente et ignore le centre ancien.