• étude d'inventaire
hôtel de Cussonnel, puis de Castries
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Inventaire général Région Occitanie

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Montpellier centre - Montpellier
  • Commune Montpellier
  • Adresse 31 rue Saint-Guilhem
  • Cadastre 1977 HV 5
  • Dénominations
    demeure
  • Appellations
    Hôtel de Castries

Résumé : le noyau de la demeure est la maison de Gabriel de Cussonnel construite en 1608. Elle est remembrée avec plusieurs parcelles voisines par René Gaspard de la Croix, comte de Castries, une refonte générale des bâtiments s'imposant alors dont Simon Levesville semble être l'architecte, son testament faisant état d'activité au service de Castries. Autres travaux mentionnés dans la maison en 1663.

HISTORIQUE : Le 05/01/1608, Gabriel de Cussonnel, seigneur de Gallargues achète la maison au marchand Jean Creyssel, pour la somme de 3750 livres ; les parties observent qu'elle est ruinée en plusieurs endroicts et que pour la mettre en bon estât y convient faire plusieurs repparations ou la desmolir (A. D. 34, IIE56/221 f°7, le 05/01/1608). Le 14/04/1608, prix-fait de réfection passé avec Gaspard Poumier, Vidal Sauvan et Thomas Chirac (A. D. 34, IIE56/221 f°176 ; f°485, le 08/10/1608 : achat de bois ; f°486, le 08/10/1608 : achat de pierre).

Le 09/10/1642, acquisition par René Gaspard de Lacroix, comte de Castries, au prix de 21500 livres (A. D. 34, IIE58/38 f°512). Ce dernier fait exécuter des travaux, dont la nature n'est pas spécifiée, par Simon Levesville (A. D. 34, IIE55/102 f°20, le 20/01/1645). En 1647, annexion de plusieurs parcelles voisines et poursuite de l'aménagement (A. D. 34, IIE62/57 f°173, le 27/06/1647 ; f°231, le 14/09/1647 ; f°248v°-249v°-250v°, le 14/10/1647). Le 15/11/1662, Pierre de Bonzi (frère d'Isabeau de Bonzi épouse de René Gaspard de Lacroix) passe prix-fait, dans l'hôtel de Castries, pour la construction de l'évêché de Béziers en prescrivant de prendre modèle, pour la décoration, sur la résidence de son beau-frère (A. D. 34, IIE62/75 f°532v°). Le 03/07/1663, prix-fait pour de menus travaux passé avec Pierre Gendron et Guillaume Prudhomme (A. D. 34, IIE62/76 f°405v°). La reine mère, Anne d'Autriche, loge dans cette demeure en 1660. En 1678 l'hôtel est le cadre de fêtes mémorables : on y fit la première représentation d'opéra à Montpellier sur une musique de M. de la Sablière, maître de chapelle des Etats et un livret de Brueys. Le 09/01/1711, l'hôtel est vendu Joseph-François de Lacroix (Brun notaire).

Dans l'état actuel, six travées de façade appartiennent à la campagne de 1608, le reste de l'ouvrage résultant de la campagne des années 1640 ; porte d'entrée du XVIIIe siècle. Une baie du Xllle-XIVe siècle est conservée dans l'appartement du premier étage : elle correspond à une maison englobée dans l'extension des années 1640.

A la première campagne reviennent les six travées de gauche, emprise à laquelle se limitait la parcelle de Cussonnel. Cette façade est tout à fait remarquable par la morphologie de son étage de combles, couronné de fausses lucarnes qui cherchent à évoquer un parti de façade à la française. Il existe régionalement une petite série de tels ouvrages qui tranche sur l'usage dominant, les plus belles réalisations du genre étant à Montpellier l'hôtel de Grilhe (1, rue du Cannau) et à Nîmes l'hôtel de Lansard. Ce niveau de fausses lucarnes conclut une élévation ordonnancée à pilastres : sur un haut rez-de-chaussée (aujourd'hui ouvert d'arcades de boutiques), se dresse l'étage noble avec fenêtres accostées de pilastres ioniques portant entablement complet. L'étage de comble forme attique : les fenêtres couronnées de frontons à enroulements sont accostées de pilastres corinthiens. Techniquement, la réalisation de ces frontons festonnant en manière de lucarnes le couronnement de l'élévation, pose des problèmes de montage considérables. Aucun ouvrage de charpente ne correspondant en couvrement au pignon formé par le fronton, le cheneau est obligé de contourner chaque fronton par l'arrière. La simulation de la forme française se fait donc au prix d'une adaptation compliquée du système traditionnel de couverture et d'évacuation des eaux pluviales, la mode régnicole imposant une véritable torture aux formes usuelles régionales. Le précieux prix-fait de cette réalisation, de 1608, prend expressément modèle sur la maison nouvellemant bastye par monsieur le général Grilhe dont il prescrit de copier la porte principalle de l'entrée. L'un des maçons est Thomas Chirac. Le frère de celui-ci est l'auteur quasi assuré de l'hôtel nîmois de Lansard, où reparaît un niveau de pseudo-lucarnes. Cette dernière réalisation est un chef d'oeuvre de l'architecture des débuts du XVIle siècle dans le midi et dénote une science et une richesse d'invention décorative exceptionnelles. Nous nous demandons s'il ne faut pas créditer cet architecte du dessin de la façade de Cussonnel et de celui de la façade de Grilhe qui lui servit de modèle. Rien d'autre d'apparent ne subsiste de l'intervention de 1608, la porte principalle de l'entrée imitée de celle de Grilhe ayant été transformée par la suite (au XVIIIe siècle).

Deuxième campagne, des années 1640. A l'hôtel de Cussonnel, acquis en 1642, René Gaspard de Lacroix adjoint une parcelle mitoyenne, l'ancien logis des Balances, et quelques petites maisons élémentaires mitoyennes, achevant ainsi de régulariser son lot. Une intervention est mentionnée, sans autre précision, dans le testament de Levesville en 1645, Castries lui devant encore la somme de cinquante livres pour fin de paye du bastimant faict à sa maison. Le détail du décor, en forme rustique et doté des mêmes caractéristiques que celui de l'hôtel d'Antoine de Ranchin, confirme l'intervention de Levesville. Il faut également signaler les étonnants plafonds parquetés des paliers de l'escalier, d'un type que recommande le prix-fait de l'orléanais pour le présidial.

Le parti adopté calque en l'interprétant en termes modernes celui de l'hôtel montpelliérain de Jacques Coeur, que Levesville connaissait bien pour l'avoir rénové en 1632. Accolé au revers du corps d'entrée (comme la vis de l'argentier), un grand pavillon d'escalier distribue une galerie qui relie le corps antérieur de l'hôtel à son corps arrière tout en séparant la cour d'honneur et la cour de service. Comme chez Jacques Coeur la galerie était ouverte sur la cour de service par deux arcs en plein cintre. Le degré est rampe sur rampe, avec mur noyau évidé d'arcs rampants. Peut-être la pavillon a-t-il comporté un comble haut ? En tout état de cause la valeur scénographique du motif reste très réduite, ce pavillon étant implanté tout de suite au débouché de l'allée d'entrée, sans recul suffisant pour le voir en sa totalité : Levesville (s'il est bien l'auteur du plan) commet la même sorte d'erreur qu'à l'hôtel de Ranchin voisin (20, rue Saint-Guilhem). Dernière analogie avec l'hôtel de Jacques Coeur : à l'arrière les bâtiments s'ordonnent en U sur un espace libre ayant pu avoir fonction de jardin.

Au cours de cette campagne, l'élévation de l'hôtel de Cussonnel, qui n'avait que six travées, est étendue de deux travées (de droite) à l'identique de celles de 1608.

Le parti des façades sur cour est un rustique français reprenant en partie haute le principe des pseudo-lucarnes de la façade sur rue. Le thème de base est le chambranle des fenêtres à bossages en table et plate-bande en escalier, les fenêtres, à croisées à l'origine, ont été converties en italiennes. A la régularité du jeu des travées aux étages s'oppose au rez-de-chaussée la disposition libre des percements. Ces percements sont : l'entrée de la cage d'escalier ; l'entrée du petit escalier en vis ; les entrées des deux locaux du rez-de-chaussée et la communication, aujourd'hui murée de la grande cour avec la petite cour de service. Cette dernière porte en plein cintre, était peut-être assez grande pour laisser passer un carrosse qui pouvait trouver place dans une loge ou remise donnant sur cette cour secondaire. Chacune de ces portes fait l'objet d'un traitement décoratif à bossages extrêmement raffiné, le dessinateur variant ses motifs et ses formes à chaque nouvelle porte avec une grande richesse d'invention.

Des indices de la même recherche ont subsisté en intérieur. On peut noter le calepinage précis des bossages en table formant l'encadrement des arcs rampants dans le mur noyau de l'escalier ; la belle porte palière donnant accès à l'appartement sur rue du premier étage ; le parquetage des soffites des repos et paliers de l'escalier ainsi que du plafond de la galerie ; enfin, au fond de cette dernière l'accès à l'appartement arrière, la très belle porte de genre rustique malheureusement surchargée, un peu plus tard d'une niche ovale en amortissement.

La porte au fond de la galerie introduit dans un salon à l'italienne, embrassant deux niveaux (le premier et l'étage de combles) dont le décor de gypserie constitue l'un des spécimens les plus spectaculaires du genre à Montpellier. Le salon est rectangulaire, presque carré, et est couvert d'un plafond en arc de cloître délimitant un cadre rectangulaire au milieu duquel un second cadre ovale contient une peinture. La pièce maîtresse de la composition est la cheminée.

Il s'agit d'une cheminée en tombeau amortie d'un médaillon de César contenue dans un fond à dépouille de lion et trophées militaires. Dans les voussures du plafond se développe un décor à motifs d'aigles et d'angelots portant guirlandes. La peinture à l'huile exécutée directement sur l'enduit (?) sans toile interposée, représente Aurore précédant le char d'Apollon. Cette peinture, qui se rattache à toute un série de même style et de même iconographie, nous semble ne pouvoir revenir qu'à Jean de Troy dont le séjour ne devient définitif à Montpellier qu'à partir de 1674, terminus probable pour l'ensemble de ce décor. Les murs ont été remaniés sous la régence : trumeaux et dessus de portes forment des tableaux cintrés en haut de courbes et contre-courbes avec agrafes en têtes féminines caractéristiques du style des années 1720. Les gypseries de la cheminée et du plafond n'ont pratiquement pas été retouchées (sauf, peut-être l'une des têtes en consoles accostant la cheminée). Le marbre originel de la cheminée, disparu, est remplacé par un cadre du XIXe siècle. C'est dans ce salon qu'aurait été donnée la première représentation d'opéra de Montpellier en 1678, terminus post quem acceptable.

Bâtiments organisés sur deux cours, la cour d'honneur et la cour de service. A l'arrière les bâtiments s'assemblent en C sur l'emplacement probable du jardin. L'ensemble est le résultat homogène d'un grand dessin d'ensemble mais englobe la façade sur rue, intacte, de Gabriel de Cussonnel.

  • Murs
    • calcaire
    • moyen appareil
  • Toits
    tuile creuse
  • Étages
    2 étages carrés
  • Élévations extérieures
    élévation à travées
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours sans jour
  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Protections
    inscrit MH, 1995/08/24
  • Référence MH

IMP: 20221109_POP_01 ;

Bibliographie

  • SOURNIA, Bernard et VAYSSETTES, Jean-Louis. Montpellier : la demeure classique. Paris : Imprimerie nationale, 1994.

    p. 38, 39, 47, 49, 59, 61, 62, 63, 65, 67, 76, 77, 78, 79, 80, 86, 87, 91, 92, 203, 206, 262 267, 268, 269, 270, 271, 273, 279

Annexes

  • Documentation
Date(s) d'enquête : 1987; Date(s) de rédaction : 1994
(c) Inventaire général Région Occitanie
(c) Montpellier Méditerranée Métropole