• étude d'inventaire
hôtel Magnol
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Inventaire général Région Occitanie

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Montpellier centre - Montpellier
  • Commune Montpellier
  • Adresse 10 rue du Bayle
  • Cadastre 1977 HS 51
  • Dénominations
    demeure
  • Appellations
    Hôtel Magnol

l'immeuble est formé de 3 parcelles remembrées. La première est une maison élémentaire du 15e siècle ; La deuxième fait l'objet d'une refonte à situer vers 1708 (permission de voirie). La troisième est reconstruite vers 1680.

Historique : Le 10 juin 1701, vente par Jacques Philippe de Bornier, seigneur de Teillan, au médecin Pierre Magnol, pour 4500 livres (A. D. 34, IIE56/469 f°176 ; A. C. Montpellier, compoix de Sainte-Anne de 1665 [325] f°458). En 1707 : procès entre Pierre Magnol et un de ses voisins qui lui reproche d'avoir exhaussé sa maison et de lui avoir enlevé ses vues de côté correspondant à l'ancienne ruelle de la Fabrarié (Roger Hyvert). Sur un gros-oeuvre du dernier quart du XVIIe siècle, se superposent quelques remaniements datables de l'entrée en propriété de Pierre Magnol.

  • Période(s)
    • Principale : 15e siècle
    • Principale : 4e quart 17e siècle
    • Principale : 1er quart 18e siècle

La parcelle est sise dans le plus ancien noyau de peuplement de l'agglomération montpelliéraine : elle remembre plusieurs unités d'habitation de petite emprise caractéristique de l'urbanisation primitive de la ville, ce qui explique l'irrégularité du format de cette parcelle qui obéit à la ligne circulaire de ce noyau urbain primitif. La parcelle chevauche également une des rues concentriques de ce noyau primitif : un segment de cette rue se reconnaît converti en courette au coeur de la parcelle. La complication du tissu cadastral sous-jacent explique la difficulté de lecture de cette maison à la découpe cadastrale irrégulière et déchiquetée. Tout d'abord, elle a deux entrées opposées, une sur la rue du Bayle, l'autre sur la rue Philippi, donnant dans deux cours, elles aussi indépendantes, ayant chacune son propre escalier : fonctionnellement, il s'agit clairement de deux unités, ayant pu appartenir à un seul propriétaire, mais distinctes. La parcelle englobe de surcroît une petite maison médiévale, dont la façade donne sur la rue du Bayle. Ne nous étendons pas sur cette dernière typique du modèle que nous avons appelé "élémentaire" : sa façade porte les traces d'une grande réfection au XVe siècle (fenêtre d'étage à croisée couverte d'un larmier), et il subsiste à l'intérieur l'arc ayant porté le degré droit distribuant l'étage, à dater quant à lui du Xllle ou XlVe siècle. C'est au revers de cette maison que le segment de rue du vieux noyaux urbain se trouve remployé en courette.

Prenons les deux autres unités d'habitation et d'abord celle de la rue Philippi. Le parti de cette unité d'habitation évoque celui d'un petit hôtel à la française : la porte s'ouvre dans un mur de clôture introduisant à la cour ; à gauche, l'escalier rampe sur rampe, ouvert à chaque étage de baies en anse de panier, se trouve à la jonction des deux corps en L composant le bâtiment. Le troisième côté de la cour est formé par le mur mitoyen aveugle de l'hôtel d'Antoine de Ricard (3, rue Philippi). Ce voisinage est important et pose un problème sur l'histoire de la construction pour l'instant irrésolu. En effet la façade sur rue de l'hôtel de Ricard et celle sur rue de l'hôtel que nous appelons par convention de Magnol, sont presque identiques : ces deux façades accostent la porte d'entrée renforçant l'illusion d'un hôtel à la française symétrique (ou peu s'en faut). Les deux parcelles appartenaient-elles au même propriétaire au moment de la construction (Philippe de Bornier, seigneur de Teillan) ou deux voisins se sont-ils entendus pour traiter d'une manière unitaire dans la perspective toujours probable d'un remembrement au bénéfice de l'un d'eux ? La date approximative de construction de cette partie d'hôtel doit tourner autour de la première décennie du XVIIIe siècle : en effet, le 15 juin 1708, une permission d'aligner est accordée par les trésoriers de France aux héritiers de Ricard, la maison mitoyenne (A. D. 34, C 6260 f 96v°). Le style de la façade sur rue est caractéristique des premières décennies du XVIIIe siècle et c'est le même que celui employé dans la partie voisine de la maison de Magnol : encadrements et cordons lisses, porte à fronton avec mascaron à la clef et consoles typiques localement du goût décoratif à la Bérain des dernières années du règne de Louis XIV et des premières années de la Régence. Pas de hiatus entre la construction de la façade sur rue et le caractère de l'escalier et des façades sur cour, le tout étant évidemment redevable à une seule campagne. La partie opposée de l'hôtel de Magnol, sur la rue du Bayle, est de loin la plus intéressante pour ce qu'elle nous apprend sur les développements de l'architecture locale à la fin du XVIIe siècle : le passage d'entrée introduit à une cour étroite au fond de laquelle s'ouvre la loge d'un petit escalier ouvert en rez-de-chaussée. La deuxième volée de cet escalier présente son rampant en façade, lequel s'articule à un bref palier (sur arc surbaissé) par l'intermédiaire d'une clef pendante. La ferronnerie de la rampe (à fers plats), le style menu, bourré de réminiscence maniériste (mascarons grimaçants des tailloirs de l'arc portant le palier) nous ramène aux années 1670-1680. La réalisation est naïve, comportant des défauts d'échelle et des chameaux qui trahissent l'ouvrage d'un artisan. La forme d'ensemble de ce rampant d'escalier articulé par l'intermédiaire d'une clef pendante au palier qui lui fait suite, évoque un modèle malheureusement fort mutilé : le degré du château de Marsillargues conçu par Ponce Alexis de La Feuille et dont la date de 1679 nous paraît de nature à donner un bon terminus post quem pour la présente réalisation. Cette dernière a une jumelle à Montpellier, elle aussi très altérée, le degré de l'hôtel de Verchant, rue Embouque d'Or, réalisé par Antoine Giral et Jean Chassefière en 1683. Les rapports du premier de ces artisans avec le cercle du Canal Royal (il travaille notamment à Sète), sont de nature à expliquer l'emprunt au château de Marsillargues, ouvrage de l'inspecteur pour le roi des travaux du canal. Cet escalier prend place dans une loge ouverte en anse de panier d'une date apparemment un peu plus tardive et d'un style qui se ressent de l'influence de Daviler ; les façades sur cour des deux corps latéraux dénotent la même influence avec la forme caractéristique des fenêtres "en davilerte" et les mascarons garnissant les corniches nettement démarqués des types usuels du sculpteur de Daviler, Philippe Bertrand. On pourrait faire l'hypothèse d'une réalisation échelonnée sur une vingtaine d'années, démarrée par le degré pendant la décennie 1680 et achevée vers 1700 par la construction de la loge et des façades sur cour (peut-être au moment où Pierre Magnol acquiert la demeure).

  • Murs
    • calcaire
    • moyen appareil
  • Toits
    tuile creuse
  • Étages
    2 étages carrés
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier de type complexe cage ouverte, escalier suspendu
  • État de conservation
    mauvais état
  • Techniques
    • sculpture
    • ferronnerie
  • Statut de la propriété
    propriété privée

IMP: 20221109_POP_01 ;

Bibliographie

  • GRASSET-MOREL (Louis). Montpellier, ses sixains, ses îles, ses rues et ses faubourgs. Montpellier : Louis vallat, 1908.

  • SOURNIA, Bernard et VAYSSETTES, Jean-Louis. Montpellier : la demeure classique. Paris : Imprimerie nationale, 1994.

    pages 158, 159, 252, 260, 277, 280.
  • LEENHARDT, Albert. Vieux hôtels montpelliérains, Bellegarde : Sadag, 1935.

    p. 169-172

Périodiques

  • GUIRAUD, Louise. "Recherches topographiques sur Montpellier au Moyen Age", Mémoires de la Société archéologique de Montpellier, 2e série, tome 1, 1899.

  • GUIRAUD, Louise. "L'antique cimetière Saint-Firmin", Mémoires de la société archéologique de Montpellier, 2e série, tome III.

    p. 201
Date(s) d'enquête : 1987; Date(s) de rédaction : 1994
(c) Inventaire général Région Occitanie
(c) Montpellier Méditerranée Métropole