Construit pour Pierre Chirac, chirurgien du duc d'Orléans, sur l'emplacement d'un ensemble de maisons médiévales remembrées entre la fin du 17e et début 18e siècle. Le réalignement de la façade en retour sur la place Pétrarque, s'insère dans un projet, non abouti, de place à programme, mentionné par l'historien d'Aigrefeuille, à l'année 1715. Le dessin de cette façade serait parisien.
La parcelle résulte du remembrement réalisé par Pierre Chirac, médecin du roi, de plusieurs petites maisons (A. C. Montpellier, compoix de Sainte-Foy de 1665 [334], f°289v°). En 1715, construction de la façade sur la place Brandille, actuelle place Pétrarque (AIGREFEUILLE (Charles). Histoire de la ville de Montpellier..., tome III, page 302). En 1718, demande aux voyers pour ferrer une porte de bois sur la rue de l'Aiguillerie. En son état actuel la demeure résulte d'une refonte inachevée à situer à l'extrême fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle, laissant apparents de nombreux vestiges médiévaux et du XVIe siècle ; retouches du XIXe siècle.
CONCLUSION. Parvenu au faîte de sa carrière et homme désireux d'affirmer haut et fort sa réussite, Pierre Chirac, professeur en l'université de médecine et premier médecin du duc d'Orléans, achève de remembrer vers 1715, un groupe de médiocres parcelles pour s'y tailler un grand hôtel. Mécontent sans doute de l'étroitesse de rues peu propice au décorum d'une maison de qualité, Chirac est sûrement l'instigateur du projet de remodelage urbain dont est issue la place Brandille, l'actuelle place Pétrarque. Pour donner plus de clarté à ce carrefour étranglé, l'idée est émise en 1715, d'abattre une traînée de maisons... Mais, pour en épargner les frais à la ville, les voisins projetèrent d'en faire l'achat à leurs dépens, pourveu que la ville les déchargeât de la taille. La proposition ayant été acceptée... et la place se trouvant nette, le sieur Chirac, premier médecin de monsieur le régent, envoya de Paris le dessein de la façade de sa maison, qui occupe une des longueurs de cette place. Par l'ostentation de ses thèmes monumentaux, cette façade de Paris constitue un unicum absolu dans l'architecture privée montpelliéraine : elle repose sur un haut rez-de-chaussée à refends, et ses quatre travées centrales, légèrement relevées en avant-corps, sont couronnées de l'un des rares frontons de l'architecture privée intra-muros à cette époque. On reconnaît, très simplifié et privé des pilastres colossaux, le stéréotype de l'élévation des places royales de Jules Hardouin-Mansart. Mais Chirac en sera pour ses frais, et le schéma de sa façade, manifestement lancé comme l'amorce d'un ensemble à poursuivre, restera sans émule immédiat chez les autres riverains de la place. Un passage introduisait à une cour centrale (aujourd'hui occultée) sur laquelle prenait jour la cage d'un grand escalier ouvert (lui aussi très endommagé). C'est le morceau le plus spectaculaire de la demeure, l'un des premiers escaliers suspendus à limon porteur construits à Montpellier. Il s'ouvrait sur cour par deux grandes baies, l'une couverte en arc rampant, l'autre en arc plein cintre, toutes deux murées aujourd'hui. A rencontre de la règle dominante, les paliers sont repoussés au fond de la cage, ce qui a pour effet de reporter les rampants de la montée en façade et de lui imprimer leur obliquité. Cet escalier, à situer vers 1700, comme y invitent les modénatures et le motif de la rampe de fer forgé (évoquant la forme de balustres rampants, motif à la mode à Montpellier pendant les années 1690-1700). Les analogies de cet ouvrage avec les créations attestées d'Antoine Giral (notamment l'escalier de l'hôtel Verchant) nous incitent à le lui attribuer et à y voir l'une des premières expériences d'un constructeur local à partir des modèles lancés peu auparavant par Daviler. D'autre part, si notre hypothèse de datation est exacte, l'escalier est antérieur d'une quinzaine d'années à la façade sur la place Brandille et constitue le premier élément du remodelage entrepris par Chirac. De toute évidence le projet unificateur de Chirac est resté inachevé : l'escalier et la façade sur la place Brandille sont seuls en effet à témoigner de son grand dessein. Abondent par ailleurs les vestiges des constructions disparates dont est faite la parcelle. On identifie parfaitement les murs mitoyens des petites maisons remembrées constituant le fonds Chirac, reconvertis en murs de refend. Dans l'un de ces lots se reconnaît encore la console sur laquelle venait s'appuyer l'arc portant le degré droit qui menait à la salle du premier étage d'une de ces maison (XIVe siècle). Dans un autre lot subsistent trois travées voûtées d'ogives (également du XIVe siècle) couvrant le local du rez-de-chaussée. Sur cour les signes de discontinuité sont encore plus flagrants. Aux corps remaniés par Chirac (celui contenant l'escalier et le corps de façade sur la place Brandille) s'opposent deux autres corps de construction plus ancienne (comportant des éléments des XVe et XVIe siècles). Certains indices tendraient même à faire penser que la cour était commune à deux propriétaires distincts, Chirac d'un côté et un autre personnage de l'autre, ayant son propre accès (9, rue de la Petite Loge) et son propre escalier (XVIIe siècle). Aucun élément de distribution d'époque ancienne ne relie en tout cas ces deux unités d'habitation. Dans la cour se trouvent les vestiges d'une loge couverte en terrasse, un porche haut, comme les textes anciens appellent ce genre d'ouvrage. Fonctionnellement ce porche haut semble appartenir plutôt au voisin inconnu de Chirac. Avant de désastreuses et récentes "réparations", ce porche haut était bordé d'un portique à arcades scandées de pilastres, datable de la fin du XVIe siècle ou du début du XVIIe siècle. De la même époque paraît pouvoir être datée la jolie et rarissime trompe de Montpellier supportant une tourelle d'escalier dans l'angle des deux corps opposés à ceux rénovés par Chirac. Au même lot appartiennent divers vestiges médiévaux : le reste d'une façade en retrait de rue du Xllle-XIVe siècle, intégrée dans des constructions ultérieures, des fragments d'un décor peint, à motifs héraldiques (conservé dans les collections de la Société Archéologique de Montpellier). En synthèse, il semble que Chirac ait entrepris sa refonte des vieux lots de propriété en sa possession dans l'espérance, d'acquérir les parcelle mitoyennes, de l'autre côté de la cour, s'accommodant provisoirement d'un partage - cas assez rare à Montpellier- mais sans parvenir en fin de compte à parachever son entreprise d'unification parcellaire. Le grand parti de la façade sur la place, et l'ébauche d'une composition centrée sur cour et à grand escalier ouvert témoignent seuls du projet avorté.
ATTENTION : dossier pdf lié au dossier Gertrude.