Au début des années 1860, la commune de Saint-Chaptes vient d’acquérir la source de Saint-Estève (située sur le territoire de la commune de Saint-Dézéry, à plus de 2 km de Saint-Chaptes) dont elle veut conduire et distribuer l’eau dans le village. En échange, la commune s’est engagée à construire un abreuvoir et un lavoir dans la commune de Saint-Dézéry, ils bénéficient aussi de 1000 litres d’eau par jour. Un projet du 8 février 1862 réalisé par l'architecte de la ville d'Uzès, Paul Chabanon, évoque l'établissement d'un bassin à la source, la construction d'un lavoir et d'un abreuvoir à Saint-Dézéry, la conduite des eaux de la source au moyen de tuyaux à Saint-Chaptes et l'établissement de bornes fontaines à Saint-Chaptes. Le montant total du projet est estimé à 17 460,12 frs.
Une souscription volontaire est lancée en mai 1862 par la commune pour financer les travaux de conduite des eaux de la source au village. L'adjudication des travaux de la conduite des eaux revient à Paul Frichet le 13 juillet 1864. Cependant, les habitants s'opposent au conseil municipal sur la décision de réduire le nombre de bornes fontaines, en retirant celle du quartier des Mas et celle derrière l'Église. Selon une pétition du 6 septembre 1864 adressé au sous-préfet, les habitants considèrent la première comme une nécessité sur un point d'hygiène publique, car dans cette partie du village, on ne trouve que quelques puits ou citernes dont les eaux ne sont nullement potables. Pour la seconde, il s'agit selon eux d'un acte d'injustice contre les droits de tout l'intérieur du village, car dans l'emplacement prévu il n'y a pas d'équipement pour alimenter les habitants en eau. Dans une lettre adressée au préfet par un ingénieur des Ponts et Chaussées en date du 15 mai 1866, ce dernier constate que le débit de la source est beaucoup trop faible pour pouvoir alimenter les bornes fontaines comme ce qui est prévu, « son débit représente à peine celui d’une des bornes fontaines à Nîmes ».
Les travaux sont également retardés à cause d'une contestation de la commune de Saint-Dézéry qui n'est pas satisfaite de l'emplacement des travaux du lavoir et de l'abreuvoir promis par la commune de Saint-Chaptes. En effet, l'architecte Chabanon a changé l'emplacement, car les travaux affectaient trop la source. La commune de Saint-Chaptes a proposé un nouvel emplacement, refusé par la commune de Saint-Dézéry. Un expert se rend sur place en août 1866 et donne raison à la commune de Saint-Chaptes. Le décompte des travaux pour la conduite des eaux et des fontaines de Saint-Chaptes est réalisé le 9 février 1867 pour un montant total de 17 751,14 frs dont 529,40 frs pour quatre bornes fontaines.
Cependant, les conflits entre Saint-Dézéry et Saint-Chaptes continuent. Le maire de Saint-Dézéry accuse sa voisine de retard dans les travaux du lavoir et de l'abreuvoir, d'avoir accaparé la source pendant la sécheresse et refuse de reconnaître les travaux, réclamant une livraison officielle arbitrée par un architecte indépendant et un débit d'un demi-pouce d'eau. Le maire de Saint-Chaptes rétorque qu'il s'agit d'un pur entêtement administratif, puisque les habitants de Saint-Dézéry utilisent concrètement ces bassins en toute liberté depuis deux ans, et rappelle que l'acte notarié d'origine prévoit un volume fixe de 1 000 litres par jour et non un débit en pouce. Face à cette impasse totale où chaque maire accuse l'autre de mauvaise foi, le préfet contraint d'envoyer un ingénieur hydraulicien sur place pour trancher. Aucun document ne mentionne la suite, mais une lettre du 3 octobre 1868 de la sous-préfecture soutient Saint-Chaptes.
Un devis et des plans pour la modernisation et la rationalisation du réseau de distribution des eaux de Saint-Chaptes sont réalisés par l'architecte Paul Chabanon le 10 mai 1878. Il prévoit la construction d'un grand abreuvoir en pierre, pose d'une nouvelle base avec vasque en pierre dure, et modernisation complète de la tuyauterie interne (tuyaux et robinets d'arrêt en cuivre, sécurisation de la trappe d'accès par une serrure) aux bornes fontaines du Temple et de Galafres. Une modernisation similaire des mécanismes intérieurs, la pose d'une base neuve avec vasque, et réutilisation de deux anciennes auges aux bornes fontaines de l'Église et des Mas. Il prévoit également l'installation de trois vannes d'arrêt (robinets à soupape en bronze) sur la conduite principale pour sectoriser le réseau en trois branches distinctes et faciliter la maintenance. Ainsi que le déplacement de la fontaine monumentale sur la place de la Mairie, nécessitant son démontage minutieux pièce par pièce avant la reconstruction à l'identique.
Face à l'urgence des travaux, le conseil municipal souhaite éviter les lenteurs d'une procédure d'adjudication publique, d'autant plus que les caisses de la commune ne pourront régler l'entrepreneur qu'au cours de l'année 1879. Le conseil municipal choisit de confier directement le chantier à un artisan local de confiance, M. Isidore Périé, charron-forgeron à Saint-Chaptes. Ce dernier accepte de réaliser les travaux pour un montant de 1 935,47 francs, et accepte un paiement différé sans exiger de cautionnement. le décompte des travaux date du 5 mai 1880, et s'élève à 3 164.86 frs. L’écart entre le devis estimatif et le décompte n’est pas prévu par le conseil municipal qui considère qu'il s'agit d'une « erreur matérielle due à l'imprévoyance de l'architecte ». Pour contester ce manque de rigueur qui a piégé les finances de la commune, le conseil municipal valide le décompte des travaux pour pouvoir payer l'entreprise, mais décide formellement de bloquer le paiement du solde des honoraires de M. Chabanon. Pour payer le reliquat restant dû à l'entrepreneur, la commune va inscrire cette somme à son budget additionnel de 1880. Elle finance ce dépassement imprévu en utilisant l'argent tiré de la vente récente de terrains communaux.
En 1906, le village souffre d'un manque d'eau potable. En période d'été, le débit est si faible que la municipalité est contrainte de fermer deux bornes fontaines. Le problème touche particulièrement les habitants du quartier de l'avenue de la Gare (actuelle avenue de la République), contraints à de trop longs trajets pour s'approvisionner. Le conseil constate qu'il est impossible de créer de nouvelles bornes fontaines sans exploiter une nouvelle ressource. Il est alors décidé de capter l'eau du Gardon (situé à 1 500 mètres du village), filtrée et acheminée à l'aide d'un système de pompage. Les plans et devis sont dressés par l'architecte d'Alès, M. Bataille. La distribution de l'eau est réalisée par des canalisations en fonte menant à huit bornes fontaines alimentées par la nouvelle adduction et deux autres qui restent alimentées par la source Saint-Estève. Les travaux de canalisations et sur la robinetterie (23 555,60 francs) sont adjugé à M. Delprat Antoine le 12 avril 1908. Les bornes fontaines sont fournies en 1908 (date portée) par la fonderie "Thuau" à Rennes. Le décompte des travaux est réalisé le 29 mai 1910.
Assistante à la mission patrimoine du PETR Garrigues et Costières de Nîmes