Dossier d’œuvre architecture IA30004156 | Réalisé par ;
Raptis Kassandra (Contributeur)
Raptis Kassandra

Assistante à la mission patrimoine du PETR Garrigues et Costières de Nîmes

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
  • enquête thématique, PETR Garrigues et Costières de Nîmes
Captage de la source dite "la Font d'Arques" ; aqueduc ; réservoirs de Caveirac
Œuvre recensée
Auteur
Copyright
  • (c) PETR Garrigues et Costières de Nîmes

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Garrigues et Costières de Nîmes
  • Hydrographies Rhôny
  • Commune Caveirac
  • Lieu-dit La Font
  • Adresse chemin de la Font d'Arques
  • Cadastre 1938 A 576 Site de la Font d'Arques ; 2026 BK 11 Site de la Font d'Arques ; 1938 A 657 Réservoir à deux chambres ; 2026 BK 95 Réservoir à deux chambres
  • Dénominations
    aqueduc, réservoir
  • Appellations
    Font d'Arques

L'ensemble hydraulique se compose du captage d'une source pérenne (la Font d'Arques appelée aussi d'Arc ou Darques), un aqueduc, un bassin, une chambre de captage et différentes conduites et pièces d'eau. Cet ensemble alimente au XVIIe siècle le château de Caveirac (l'actuelle mairie) et un jardin de 35 hectares, puis devient communal au XIXe siècle.

La Font d'Arque est le caput aquae de l'aqueduc. Il s'agit d'une émergence karstique typique, pérenne, impénétrable, qui draine un aquifère de fissures discontinues situé en garrigue. Son débit précis est inconnu, mais variable en fonction du cycle hydrologique annuel. Son eau est de très bonne qualité, et a été sans doute utilisée dès la Préhistoire. Ce secteur a été le siège d'une occupation continue du Néolithique moyen au Chalcothiques, puis durant l'âge du fer, l'Antiquité et le Moyen Âge. Cependant, seul le captage contemporain (abandonné) est encore en place, et sa construction a oblitéré les vestiges antérieurs.

Selon une délibération du 14 mai 1791, cette source est de tout temps utilisée par les habitants de la commune. Au Début du XVIIIe siècle, le seigneur de château de Caveirac, M. Sartre, récupère l'autorité sur la source et fait construire un aqueduc servant à amener les eaux de la source à un bassin à ciel ouvert pour ensuite alimenter en eau les jardins du château. Selon la délibération, cette démarche a privé les habitants de l'eau de la source. Au moment de la révolution, cette démarche est vue comme une usurpation, preuve du despotisme ministérielle. La commune récupère alors la source (appartenant désormais à la famille Novy), détruisant ainsi une partie de l'aqueduc.

En 1816, Angélique Louise Charlote (sic) de Novy et son mari Augustin Casemir de Raphelis Soisson font une requête au préfet pour que les habitants de Caveirac reconnaissent leur droit de propriété sur la source. Le conseil municipal de Caveirac répond en soulignant que la source est une propriété communale depuis 1791 et que les prédécesseurs de Soisson et de Novy n’ont joui de la source que par un droit de féodalité. Cependant, le préfet donne raison à Soisson et de Novy, car la commune a récupéré la source par "des voies de fait les plus injustes et plus répréhensibles" (Avis du comité consultatif envoyé au préfet le 28 décembre 1816) et que les lois abolissant les droits féodaux ne concernent que les propriétaires d’immeuble soumis à des rentes et revenus seigneuriaux, ce qui ne concerne pas la source. Un arrêté préfectoral du 9 janvier 1817 confirme la victoire de Soisson et de Novy malgré les contestations de la commune. La commune n'est alors alimentée que par des puits privés et trois puits communaux, ce qui s'avère insuffisant pour répondre aux besoins de la population.

Le château et la source sont vendus à Jean Rey en 1826, puis à Pierre Bouzanquet. Ce dernier se plaint au préfet en mars 1845 que les habitants de Caveirac ont dégradé le bâtiment de la source. Selon le maire de la commune, les dégradations sont le fait d'un orage, cependant il conteste bien le droit de propriété de la source. Le conseil de préfecture donne raison à la commune, mais écarte la question de la propriété. Une délibération du conseil municipal du 31 août 1848 évoque un procès en cours entre Pierre Bouzanquet et la commune sur le droit de propriété. Le procès est suspendu, car un projet de transaction est mené entre Pierre Bouzanquet et Louis Bouzanquet (adjoint au maire) pour que la commune récupère la source et des dépendances de Pierre Bouzanquet. Cet accord est accepté à l'unanimité par le conseil municipal et Pierre Bouzanquet. il prévoit un dédommagement de 4000 frs payable en cinq ans. La commune doit également faire conduire à ses frais l’eau jusqu’au village pour la distribuer dans des fontaines. Le superflu doit servir à alimenter des lavoirs construits près du four et un autre près du château (près du jardin de Pierre Bouzanquet), cependant Pierre Bouzanquet est autorisé à utiliser pendant dix ans le superflu d’eau. La transaction est confirmée le 4 janvier 1849.

Les travaux deviennent à la source, aux canalisations et à la distribution de l'eau deviennent urgent, car le courant de la fontaine entraine des saletés liées au lavage du linge dans les puits causant une épidémie de choléra qui décime la population en 1849. Un devis est réalisé pour un montant de 22 000 frs, et la commune réalise une imposition extraordinaire sur huit ans (1851-1858) pour financer les travaux. Les travaux sont réalisés par Jean Desmond. C'est probablement à ce moment qu'un réservoir à toiture arrondie est construit.

Le 20 février 1852, la commune demande l'autorisation d'acquérir le superflu d'eau de Pierre Bouzanquet. Ce dernier accepte en échange d'un terrain communal d'une valeur de 380 frs et la somme de 220 frs. Une lettre du 21 février 1885 de M. Bouet, curateur de la faillite de Bouzanquet, demande le paiement de la somme de 4 000 frs ainsi que des intérêts pour la vente de la fontaine d’Arques datant de 1849. Le conseil considère que les conseils auparavant avaient déjà fait des tentatives pour réaliser le paiement, mais elles sont restées infructueuses, la commune accepte cependant de payer les 4000 frs, mais pas les intérêts. L'ordonnance publique du tribunal de première instance de Nîmes du 6 mars 1891 impose à la commune de payer les intérêts.

Un nouveau plan d'adduction d'eau réalisé par l'ingénieur V. Brunel est adopté par la commune le 24 juin 1931. Brunel prévoit la mise en place d'un périmètre de protection autour de la source. Le plan comprend aussi une canalisation qui conduit les eaux de la Font d'Arque à un nouveau réservoir qui vient compléter celui de 1849 sur le bord est du bassin à ciel ouvert mentionné auparavant. Le nouveau réservoir est réalisé par Roch Adiletto pour un montant de 25 450 frs. Les travaux sur le captage de la source et l'ancien réservoir sont réalisés par Henri Salem pour un montant de 29 452,60 frs. Les travaux sur les canalisations et la fontainerie sont réalisés par Doucet Guay et Cie. Cette entreprise se charge également de fournir un appareil de javellisation, système trébuchet, à installer dans la chambre des vannes entre les deux réservoirs. Ce dispositif doit s’assurer de la stérilisation de l’eau provenant de la source. Les travaux sont terminés en 1933 comme l'indique la plaque commémorative déposée sur le nouveau réservoir. Les deux réservoirs alimentent par des canalisations la commune et les lavoirs jusque dans la seconde moitié du XXe siècle.

La source devient insuffisante avec l'augmentation de la population, l'alimentation en eau provient d'une conduite reliée à la station du Bas-Rhône-Languedoc du marché-gare de Nîmes. Tout l'ancien système hydraulique est abandonné ; dans un état de conservation qui se détériore.

Le captage est protégé par une construction en maçonnerie d’environ 14 m sur 6 m recouverte d’une voute de 2,50 m de haut, mais beaucoup de défaut dans la voute et la porte d’entrée : périmètre de protection de 20 m de côté clos par un mur de 2 m de haut.

L'aqueduc est bien conservé sauf dans les 20-30 derniers mètres en amont de son raccord au captage. Il est nommé "la canonnade" (Agussol, 1977) de par son emboitement de tuyaux ronds. Il conduit sur 750 m les eaux de la Font d'Arques dans un bassin à ciel ouvert, puis de là par une conduite en plomb aux jardins du château. La conduite est un tuyau vernissé monochrome rond de 17 cm de diamètre interne, scellée par un mortier de chaux. Elle se situe au centre d'une maçonnerie, calée entre deux piédroits de 30 cm d'épaisseur. Elle se compose également de regards de visite quadrangulaires en moyen appareil, ils sont recouverts de tampon (deux dalles rectangulaires reliées entre elles par deux agrafes de fer) pour la plupart enlevé. Le débit de cet aqueduc devait se situer entre 1 et 2 litres par seconde lors de son fonctionnement.

L'aqueduc débouche sur un bassin à ciel ouvert et murs épais (80 cm). Il est contre-forté en aval par une maçonnerie simple de pierre sommairement appareillée lié au mortier. Son volume est de presque 6 000 m3. De par sa situation géographique, l'évaporation doit être importante en période estivale, au moment où l'eau est indispensable. L'alimentation du jardin et des pièces d'eau se réalise par des canalisations en plomb. La dénivellation de 25 m suffit pour obtenir une pression convenable et actionner les jets d'eau.

Pour les réservoirs, la chambre primitive (ouest, datant possiblement de l'achat de la source par la commune en 1849), à toiture arrondie, est maçonnée en pierre calcaire froides de la garrigue liée au mortier. La chambre la plus récente (est), rectangulaire, est en brique.

  • Statut de la propriété
    propriété de la commune

Documents d'archives

  • AD Gard 2 O 561 Eaux : Fontaine d'Arques 1817-1891

    AD Gard : 2 O 561
  • AD Gard 2 O 562 Eaux : construction, réparations de fontaines, adduction d'eau potable (1897-1935). Éclairage (1911-1921)

    AD Gard : 2 O 562

Bibliographie

  • Guilhem FABRE (dir.), Gérard GORY, Jean PEY, Temps de l'eau, sites et monuments entre Vidourle et Rhône, Bull. École Antique de Nîmes, n°29, 2011, p.377-382.

  • Jean-Marc ROGER, René MÉJEAN, Caveirac, porte de la Vaunage, Nages-et-Solorgues, éd. Association Maurice Aliger, 2007.

Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2026
(c) PETR Garrigues et Costières de Nîmes
Raptis Kassandra
Raptis Kassandra

Assistante à la mission patrimoine du PETR Garrigues et Costières de Nîmes

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.