Les recherches historiques menées par la famille Maraval (Archives privées, notes de Jacques Maraval,1987) permettent de faire remonter l'existence du château de Bonnéry au 16e siècle, détenu par un riche bourgeois d'Oms, un certain Bonnéry, sur l'emplacement d'une ancienne métairie mentionnée "Borio de las fons". Le château serait indiqué sous le nom de Bonnéry au 17e siècle. Au vu de l'analyse archéologique du bâtiment, la construction peut être située dans la 1ère moitié du 17e siècle, lancée probablement par Henri de Bonnéry. Les archives privées permettent de mieux préciser la période de la construction du château qui serait achevée ou en bonne voie de l'être le 14 octobre 1646, date de la consécration et bénédiction de la chapelle du château (Louis Tirefort, 2006). Différents éléments de la construction permettent de dater le château de la première moitié du 17e siècle : chaînes d'angle et encadrement des ouvertures en pierre de taille de granite, échauguettes d'angle percées de deux rangées de bouches à feu, présence de bouches à feu sous chaque fenêtre à croisée ou à traverse des étages, cuisine voûtée en berceau segmentaire.
Le château du 17e siècle s'organisait selon toute vraisemblance autour d'une cour, protégé par un mur d'enceinte dont il reste la portion ouest. L'enceinte était percée d'un portail protégé par un chemin de ronde reposant sur des consoles équipé de bouches à feu. L'enceinte englobait aussi la chapelle qui se trouvait dans la cour, au sud, tout près de la tour d'escalier. Le corps de logis principal était établi au sud. Le bâtiment rectangulaire était flanqué au sud-ouest d'une tour d'escalier rectangulaire et au sud-est d'une tour circulaire et était protégé à l'angle nord-ouest et nord-est par une échauguette d'angle. Les écuries fermaient le côté nord de la cour, disposant également de bouches à feu dans les allèges des fenêtres à meneau à l'étage alors qu'à l'est, une bergerie occupait une partie du rez-de-chaussée du côté de la cour. Un pigeonnier sur colonnes avait été élevé non loin de l'ensemble, au sud-ouest.£Henry de Bonnéry meurt sans héritier et sa soeur épouse Sébastien de Roquefort, le château passe dans la famille des Roquefort de Marquain entre 1670 et 1680. Il s'agit de la famille seigneuriale de Salles, de Brassac et de Cambounès pour les deux-tiers. La seigneurie reste dans la famille de Roquefort jusqu'en 1763, date à laquelle Benoît Maraval acquiert auprès de Charles de Roquefort les deux-tiers de la terre de Cambounès. En 1777, Charles de Roquefort vend à Benoit II Maraval (fils du précédent) le château de Bonnéry avec son domaine et les droits seigneuriaux attachés pour la somme de 36 000 f.
Son fils, Joseph Maraval prend la succession de son père en 1803. Le détail des différentes fonctions des bâtiments ou des parcelles données dans le tableau indicatif de 1830 (AD Tarn, 3 P 461) donne quelques informations supplémentaires. Les corps de bâtiments du château s'organisent autour d'une cour, fermée à l'ouest par le mur d'enceinte du château et au sud, par le corps principal du logis et un autre bâtiment de dimensions réduites qui borde l'entrée sud, peut-être la chapelle mentionnée près des cuisines. Au sud du château se trouvent les vergers, en parcelle 243, et le jardin, en parcelle 258. Les transformations opérées par Joseph Maraval dans le château se manifestent dès l'année 1830 car à cette date, la parcelle réservée aux vergers change de fonction. Au sud-est et à l'est, un grand bâtiment est élevé sur un plan à retour, à l'est du jardin. Le pigeonnier se trouve à l'ouest. Au nord et délimitant une arrière-cour, le four et la bergerie forment les bâtiments du domaine agricole. Les terres de pâturage sont à proximité, au sud.
Joseph Maraval entreprend la reconstruction et le réaménagement des bâtiments du château sur un plan beaucoup plus aéré. La chapelle est démolie. La tour orientale est arasée en 1830, elle est reconstruite dans le style Renaissance sur un plan ovale dans la décennie 1860 (Maraval, 1987 et date portée de 1868). La tour rectangulaire est exhaussée d'un étage de comble couvert d'un toit en pavillon à lucarnes. Le premier étage du logis du 17e siècle est réaménagé pour recevoir des salons de réception à la mode du jour. Il est agrandi par trois corps de bâtiments supplémentaires, établis en retour sur le côté oriental de la cour. Dans la chronologie, il est possible de restituer la construction du bâtiment nord dans un premier temps, les deux autres bâtiments ayant été construits dans un deuxième temps. Le côté nord de la cour est aussi occupé par deux bâtiments de communs abritant les écuries et les granges associées, qui relèvent sans aucun doute de la campagne de construction lancée par Joseph Maraval, et, à une période probablement contemporaine de la construction des bâtiments agricoles. Il fait construire la chapelle et la sacristie vers 1860 (Cf. notice IA81012373) à l'est du corps de logis et pour cela fait appel à un charpentier habile qui confectionne une charpente complexe pour la sacristie. Une nouvelle entrée monumentale avec grille, piliers et portail est élevée à l'est, dans le prolongement de la route, ce qui conditionne un nouveau chemin d'accès au château, passant devant la chapelle avant d'arriver à la cour. Il fait également édifier l'orangerie qui se trouve à l'est du corps de logis, à côté d'un vivier nouvellement aménagé qui, grâce à un système de pompe à bélier, permet de distribuer en eau courante tout le château.
Joseph Maraval, sans descendance, lègue le domaine à son neveu Théodose Maraval en 1860 qui épouse Camille Oulès en 1862. C'est à ce dernier qu'est dû l'achèvement des travaux lancés par son oncle, ceux de la chapelle, de la suppression du mur d'enceinte et du déplacement de l'entrée ainsi que la plantation du parc. Il lui est également attribué la reconstruction de la tour ovale qui conserve au-dessus de la corniche une pierre de fondation datée de 1868. Ces derniers travaux sont déclarés comme achevés dans le registre des augmentations en 1869 (AD Tarn, 3 P 464). Veuf, il se remarie en 1871 à Aline Vernier de Byans. Théodose Maraval a été également à l'initiative de l'aménagement du grand salon en 1877 et du salon vert. Joseph Maraval prend la suite du domaine à la mort de ce dernier en 1895, et, eut à coeur de développer la sylviculture avec la création d'une pépinière qui a probablement alimenté les plantations du parc. Le château et les bâtiments agricoles sont toujours la propriété des descendants de la famille Maraval qui conservent l'ensemble des bâtiments en état.
Chargée d'Inventaire au CAUE du Tarn