Au 19e siècle, la douceur du climat et la beauté du site, alliée à la découverte de la montagne, attirent de nombreux touristes en vallée d'Argelès, notamment des Anglais de Pau. Originaire du lieu, l'avocat parisien Hector Sassère, issu d'une famille de notaires, après avoir échoué en 1876 à devenir député de la localité, décide en 1882 d'acheter les sources thermales de la ville voisine de Gazost, à 12 km, et de les capter jusqu'à Argelès pour y créer une station thermale. Quatre sources d'eau froides étaient en effet exploitées à petite échelle dans ce village, en boisson et en bain. Deux d'entre elles furent exploitées pour être transportées à Argelès. Analysées en 1851 par le Dr. Blondin, elles étaient de type sulfurées-sodiques et azotées ; il les jugeait unique à l'échelle de la chaîne.
Sassère possédait 2,4 hectares de terre dans la plaine d'Argelès où une large zone, plate et fertile, irriguée de canaux et occupée par des champs, des prés et des alignements de peupliers, est disponible au pied de la vieille ville. Le 12 avril 1882, il fonde une société anonyme, la Société Thermale des Pyrénées, dont le capital est de 2, 5 M de francs, qui acquiert les sources de Gazost en 1883 et finance la construction d'une canalisation de 21 km pour acheminer l'eau d'un site à l'autre. Pour obtenir le foncier disponible pour un total de 26 ha, de nombreux terrains sont acquis par la société par l'attribution d'actions. Le projet est soutenu par la municipalité d'Argelès dont le maire, Michel Cénac est médecin. Un projet de traité entre la Villa et la société est établi.
Les négociation avec la Ville
Dans sa séance du 27 mars 1883, le conseil municipal préconise que "quoique la nouvelle cité à créer [...] soit la propriété exclusive de la société thermale, il est de toute nécessité pour la ville d'Argelès de posséder dans un des quartiers de cette nouvelle ville une place publique qui permettra à tous les habitants, sans distinction de quartier, de circuler librement dans toutes les rues places et édifices publics de la nouvelle cité". La société offre pour cela l'emplacement Payrafitte (quartier des Mathes) qui est alors un champ. Quel que soit l'emplacement, la ville veut cette place, pour les circulations urbaines, mais aussi pour y installer des baraques pour marchands forains ou des kiosques. La Ville négocie également un tarif maximum pour le traitement des habitants, la boisson étant donnée gratuitement. Elle revendique aussi le droit à la boisson et aux bains des indigens, à des périodes à fixer avec la société. L'entretien des rue du quartier thermal, leur éclairage doivent demeurer à la charge exclusive de la société (AD 65 1882-1890 25 E DEPOT 18 - Registre de délibérations d'Argelès-Gazost). La villa autorise sur sont territoire les travaux nécessaires à la pose des tuyaux de canalisation de l'eau de Gazost. Il est prévu que lorsque la société thermale des Pyrénées aura canalisé les eaux de Gazost, construit un établissement thermal avec bains et buvette et un casino, qu'elle aura fait les travaux de viabilité dans le domaine de 26 ha achetée par elle, la ville lui devra une somme de 50 000 F. A partir du moment ou l'établissement fonctionnera, la société aura droit aux 3/4 de la plus-value des droits d'octroi pendant 50 ans (disposition modifiée le 7 octobre 1883) . La ville concède à la société une prise d'eau dans le gave d'Azun (quartier de l'Arieulat) pour alimenter un canal desservant toutes les installations de la société. Elle autorise partout sur son territoire la conduite de l'eau nécessaire pour le service de la nouvelle cité mais tous les frais afférents sont à la charge de la Société. La place demandé par la ville doit finalement permettre d'accueillir un marché dont les étals doivent être ôtés avant 10 h du matin mais aucune construction ou baraque fixe. La libre circulation de la nouvelle cité ne pourra jamais être interdite au public mais ce dernier devra se conformer aux règlements de la Société pour les zones réservées, de façon pérennes ou momentanées pour des bals, spectacles ou manifestations diverses. La société accorde l'usage gratuit des eaux de Gazost en bain, douches et boissons aux indigents domiciliés à Argelès, du 1er octobre au 1er janvier et du 15 avril au 1er juin. La boisson est gratuite pour tous les habitants d'Argelès et le prix des prestations est limité à 50 centimes pour les bains et 40 centimes pour les douches et bains de pied, mais seulement aux heures vacantes. Le traité entre la société et la commune est régularisé lors d'une séance du 21 décembre 1884 du conseil municipal. Cette séance acte aussi un accord des deux parties pour établir un liaison directe entre le quartier thermal et le bourg où se trouvent bon nombres de ressources (postes et télégraphes, mairie, églises, commerces) en prolongeant la rue des trois moulins qui part de la place de la halle.
La société fait construire le bâtiment thermal (1884-1885) complété par un parc paysager et projette tout autour un véritable quartier thermal spacieux et aéré. Conçu par l'architecte paysagiste palois Larmanou, inspiré d'une ville idéale, cet aménagement d'urbanisme, desservi par de larges avenues plantées, s'organise selon un plan en étoile dont le parc thermal est le centre. Sassère prévoyait un quartier, regroupant casino, villas et hôtels avant de s'étendre dans d'autres stations mais la société fait faillite en 1888, alors qu'une seule des deux ailes prévues pour l'établissement thermale est construite. Les lots viabilisés s'avèrent difficiles à revendre et il faut réchauffer l'eau, qui provient d'une source froide, pour l'utiliser en soins thermaux : cela explique les difficultés financières rencontrées par la Société.
Elle est rachetée aux enchères par un rentier parisien, Gustave Ruiz, qui crée le 23 avril 1890 la société des eaux minérales d'Argelès-Gazost. Cette société publie des annonces pour vendre des villas ou des terrains à bâtir ou pour louer les villas déjà construites qu'elle possède. Le contexte s'avère lucratif car deux autres sociétés immobilières sont créées dans les années 1890, l'une par un avocat parisien, René Dubois, avec une activité de promoteur immobilier puisqu'elle construit des villas neuves pour les vendre, la seconde par Hector Sassère qui vend des terrains à bâtir mais qui s'avère frauduleuse.
La saisie de 1898 : un aperçu de l'urbanisation de la station
A la requête de René Dubois, au préjudice des administrateurs de la Société des Eaux minérales d'Argelès-Gazost, présidé par M. Couturat, la jeune station est vendue aux enchères, sur saisie-immobilière, le 7 avril 1898, à l'étude de M. Louis Tamon, avoué-licencié à Lourde. La saisie concerne, la source dite de Hond-Pudie, l'établissement thermal, le grand hôtel du parc et d'Angleterre, divers terrains formant une partie du parc ainsi que deux villas voisines, Marie-Louis et Mont-de-Gez (Le Pyrénéen, journal commercial, littéraire, d'annonces et politique, 06 mars 1898). Des terrains à bâtir dans le quartier de la Plaine (parcelle B 27 à 30, 43, 44, 46 à 48, 50 et 59) se trouvent dans le 5e lot. Ils sont traversés par deux avenues, de Lourdes et de Vieuzac, plantée l'une de platane, l'autre de sorbiers, que l'adjudicataire devra empierrer et sabler au fur et à mesure des constructions et qu'il devra entretenir et éclairer. Les constructions devront être des habitations bourgeoises (tout commerce est prohibé), clôturées, par des haies vives de laurrier-palme ou des murs d'appui de 90 cm maximum supportant une grille de fer d'1, 5 m, édifiées à en retrait de 2 m des avenues et ne comportant qu'un étage et un comble. De mêmes contraintes sont posées pour le 6e lot, des terrains à bâtir au quartier des Mathes sur une superficie d'environ 37 000 m2 (section B, parcelles 283p à 298 p, 258 p et 259 p). Ils sont traversée par quatre avenues plantées d'essences différentes : l'avenue du gave est plantée d'ormeaux, l'avenue de Cauterets de marronniers, l'avenue d'Artalens de tilleuls et l'avenue de Beaucens de noyers d'Amérique. Le sol de ces deux premières avenues avait été cédé à la Ville le 16 septembre 1895. Tous ces terrains ont des servitudes d'irrigation et sont entretenus par contrat par le jardinier Panphile Harraca. Le 10e lot est constitué par la maison du jardinier sa grange et des terrains sur une superficie d'environ 9 000 m² dans la quartier des Mathes (section B, parcelles 224p, 227p, 229, 230 p, 238). Ces terrains dédiés aux potagers et cultures de fleurs ne peuvent voir leur usage détourné qu'au profit d'habitat selon les mêmes règles que pour les deux autres quartiers des lots 5 et 6. Les outils du jardinier font partie du lot, tout comme la poterie (13 000 pots de tailles diverse, 6 terrines, 46 cloches en verre) et les plantes, notamment 10 000 plants de géraniums divers. Une petite serre et une grande serres avec divers plants complètent les installations horticoles de la station.
La station est néanmoins lancée et rencontre un certain succès : la plupart des villas ont été construites en une quinzaine d'années et 1 800 curistes fréquentent la station en 1900 attirés sans doute par la douceur du climat et la bonne desserte des lieux situés à 13 km de Lourdes et 35 km de Tarbes. Argelès était située sur le tracée de la route thermale et disposait d'une desserte en chemin de fer depuis 1864. Contrairement aux autres stations pyrénéennes, Argelès, à l'instar de Pau, étaient une station fréquentées aussi en hiver. Pour loger et divertir cette clientèle croissante, la station est dotée dans les années 1890 d'un casino en bois (détruit par un incendie en 1901) et d'un kiosque, ainsi que de plusieurs hôtels (du Parc, d'Angleterre, de France), disposant de tout le confort moderne, dont l'éclairage électrique. L'équipement de la station est complété autour de 1901 par la création d'un institut de thérapeutique physique. Argelès est alors une station courue, fréquentée davantage pour le divertissement que pour les soins ; des indigents ont néanmoins aussi accès aux eaux, ce qui est garanti par les conventions passées entre la société et la mairie. Parmi les célébrités de la Belle-Epoque, Jules Danbé, chef de l'orchestre de l'Opéra Comique de Paris, assure la programmation musicale de la station et se fait construire une villa en 1894.
La station hydrominérale et climatique et le passage sous contrôle municipal au XXe siècle.
En 1923 (décret du 15 février), la station obtient le statut de station hydrominérale et climatique malgré un avis défavorable en 1921. En 1924, la ville d'Argelès achève le rachat progressif des équipements de la stations : allées, établissement thermal, institut thérapeutique puis parc. Les chiffres du produit de la taxe de séjour sont connus entre 1923 et 1932 (avec un trou en 1928) grâce aux Annales des établissements thermaux, cercles, casinos, eaux minérales, à la Gazette des eaux (1er mai 1925) et à l'Avenir de Luchon (10 mars 1929) ; ils permettent d'estimer la fréquentation de la station (même si de nombreux visiteurs sont exemptés) et de la situer par rapport au corpus de la cinquantaine de stations hydrominérales de l'époque. Ce produit pour Argelès s'élève à 11 661 en 1923 (29e) et atteint 17 228 en 1924 (25e), 17 936 en 1925 (26e), 22 505 en 1926 (27e) et 21 272 F en 1927, chiffres très comparables à ceux de la station des Eaux-Bonnes. Un nouveau pic est atteint en en 1929, 33 073 F mais correspond à une hausse générale des fréquentations puisque Argelès reste à la 27eplace. En 1930 c'est encore 28 772 F qui sont récoltés (30e), mais l'effet de la crise semble se faire sentir en 1931 avec seulement 18 393 en 1931 (35e) avant une certaines reprise, 24 264 en 1932 (31e).
En 1926, Adrien Hébrard, directeur du Temps, cède à la ville les allées qui encerclent le parc qui étaient visiblement jusqu'alors des voies privées (Le Républicain des Hautes-Pyrénées, 10 novembre 1926). Hébrard avait été débiteur d'Hector Sassère à la fin des années 1890 et possédait certainement ainsi ces terrains Cela a pour effet de soumettre les habitants de la ville basse aux mêmes obligations que ceux de la ville haute ainsi qu'aux mêmes règlements d'hygiène. Elle fait cesser l'interdiction de la circulation des véhicules non suspendus sur ces avenues. C'est une charge nouvelle pour la Ville mais qui se justifie par "l'entretien de plus en plus abandonné de cette partie de la voirie". L'élagage des arbres doit fournir un revenu et cette cession doit permettre d'avancer dans le plan d'extension de la ville. C'est en raison de cette vente à l'amiable que ces allées ont été renommées du nom d'Adrien Hébrard.
En 1931, Le Société Foncière et Hôtelière, qui a pris la succession de la Société thermal initiale, vend 122 lots de terrains pour la construction de villas au sud du parc thermal sur une surface de 3 041 m². Cinq villas sont construites et en 1933 la société demande pour elle des concessions d'eau potable et des canalisations (Nogaro, 2006, p. 183-184).
En 1936, l'hôtel de France, le parc et le casino sont l'objet d'une saisie immobilière et d'une vente aux enchères (Le Bigourdan, 14 juin 1936). Ils sont alors décrits en détail. En face de lui, de l'autre côté de la route se trouve "l'Annexe de l'hôtel de France" ou Golf hôtel. Derrière et autour de cet hôtel sont mentionnés le jardin d'agrément et potager, avec petite usine électrique et buanderie ainsi que deux courts de tennis. Le lot comporte également la villa Carlito. Le mobilier de 46 chambres de l'hôtel de France et de 13 chambres de l'hôtel du golf est détaillé. Le jardin d'agrément compte 1 647 m carrés.
Cette saisie des biens de la Société foncière hôtelière de la Vallée d'Argelès concerne aussi, pour le lot n°3, le parc thermal avec le casino qui est mis à pris à 50 000 F.(Le Bigourdan, 13 mars 1937, vente aux enchères publiques). C'est à cette occasion que la Ville en devient propriétaire.
En 1935, la Ville avait racheté l'établissement thermal. C'est à l'issue de cette vente certainement que la municipalité devient propriétaire de l'hôtel du parc et d'Angleterre, de celui du golf mais également du casino. En 1938-1939 elle acquiert l'Institut de thérapeutique qu'elle transforme en casino. Elle ne prend possession du parc qu'en 1941.
Chercheur à l'inventaire général d'Occitanie jusqu'en 2012.