Une source appelée les Eaux Chaudes, sourd au nord du village en aval. Cette source de 24° est très abondante. Elle est utilisée initialement pour l’arrosage des jardins et alimente un lavoir communal. Gensanne en 1778, dans son histoire naturelle du Languedoc, mentionne une source d’eau ferrugineuse au nord d’Alet à 24° (source communale) (GENSANNE, 1778, p. 152-153). Le rapport des mines en 1933 la classe dans les eaux bicarbonatée sodique. Ce type de source tiède n'est utilisé qu'en boisson, pour les affections digestives. On les emploie en bain après chauffage pour les maladies cutanées.
Dans le cadastre de 1830, une construction apparaît au lieu-dit des Eaux Chaudes, probablement un établissement de bains. Les gens du pays avaient constaté que les cas de typhoïde et de maladies intestinales étaient rares chez les personnes buvant cette eau. Ce n’est que vers 1850 que les travaux sont entrepris pour capter les eaux de source et notamment celle des Eaux Chaudes ou source communale. Un captage est réalisé pour aller chercher l’eau au pied d’un énorme rocher calcaire.
1886-1891 : l'établissement thermal communal
En 1884 la commune cherche à tirer partie de ces eaux thérapeutiques mal exploitées alors qu'elles ont des propriétés analogues celles de la source buvette au sud du village. L'eau canalisée alimente alors 3 buvettes aménagées sous un petit hangar. Le maire d'Alet, M. Pagez, traite avec M. Cazaux qui reçoit une concession d'exploitation pendant 75 ans moyennant une redevance annuelle de 1 000 F. A l'issue du bail, les installations doivent revenir à la commune (AD Hérault 5 M 556), mais aux élections de 1888, l'opposant de M. Pagez, M. Denarnaud l'emporte et refuse ce traité qui n'a pas encore été approuvé par l'administration et projette une adjudication publique. Entretemps, les frères Cazaux avaient acheté des terrains en amont de la source : évincés par le nouveau maire, ils reprennent les fouilles et mettent à jour une nouvelle source, dite des romains, très abondante qui compromet la source communale. Les élections de 1888 étant invalidées, de nouvelles élections en 1889 amènent à la mairie M. Conquet qui cherchent à régler la question des eaux. Plusieurs offres sont faites, notamment par le directeur de l'établissement concurrent sud mais, en raison de la gêne occasionnée par les travaux de la source des Romains, la préférence est donnée aux frères Cazaux. Le nouveau bail signé le 30 mars 1889 prévoit un contrat pendant 50 ans, contre une redevance annuelle de 3 000 F.
En date du 22 janvier 1886, la source communale dite des Eaux Chaudes, obtient une autorisation ministérielle d’exploitation. L’eau est mise en bouteille dans un bâtiment situé au nord du village, avant d’être commercialisée. Un établissement thermal communal est édifié en amont, près du pont romain. L’architecte marseillais Angré Gabelle en établit les plans en 1886. Alimenté par les eaux de la source communale, l’établissement de la source communale comprend une buvette, des bains, et une piscine. Le corps principal hors œuvre est flanqué de deux pavillons latéraux, qui sont reliés par deux galeries ouvertes de larges baies. Le porche d’entrée est orné d’un auvent en bois découpé. Le parc est aménagé d’un bassin circulaire au centre et agrémenté de sculptures représentants un lion couché et une naïade. L’ensemble architectural, largement inspiré par l’orientalisme, rappelle que la source froide tout près a été baptisée source orientale ou source des Arabes. Selon Lise Grenier, ces références directes naissent de la volonté d’insuffler un vent d’exotisme au lieu, pour accentuer le dépaysement des baigneurs (GRENIER, 1985, p.280), et l'on peut établir un parallèle avec l'établissement de bain contemporain de Salies-du-Salat. Les thermes d'Alet offraient un temps de repos, comme dans un autre monde, accentué par le caractère bucolique et romantique des ruines de l’abbaye du IXème siècle et les jardins de l’Évêché.
Les renseignements statistiques collectés par le service des mines en 1890 indiquent que le concessionnaire est Cazaux. 150 personnes ont fréquenté les sources en 1889 (AD Hérault, 5 M 556). L'établissement thermal est alors en construction sur des terrains acquis par M. Cazaux frères, qui devront faire retour à la commune à l'issue de la concession. L'année suivante, le nombre de baigneurs est à néant et le concessionnaire indique que l'établissement n'ouvrira qu'à partir du 1er juin 1891. L'activité d'embouteillage se poursuit : en 1890, 181 000 bouteilles sont expédiées par la source communale. En 1891, 350 baigneurs fréquentent l'établissement et 200 000 bouteilles sont expédiées. L'établissement compte 10 baignoires et une piscine.
Le droit d'exploitation de la concession de la source thermo-minérale dite les Eaux-Chaudes d'Alet est mis en vente en 1892 par la commune, en même temps que le droit au bail du 30 mars 1889 fait par la commune pour une durée de 50 ans et l'usufruit pendant cette période des immeubles en dépendant :
- la source dite des Eaux-Chaudes d'Alet, autorisée par l'état, appréciée pour les problèmes gastriques et cutanés.
- un "très bel établissement thermal" avec ses dépendances : buvettes, vastes magasins pour la manutention et l'expédition de l'eau, Salons de compagnie, bureau, galerie. "Cet établissement récemment construit en forme de chartreuse, est édifié au milieu d'un joli parc d'agrément, situé sur la rive droite, en face la gare de cette localité". L'ensemble est clôturé sur le devant par une grille en fer forgé et comprend 10 cabinets avec baignoires et appareils d'hydrothérapie complets pour douche, une vaste piscine à eau courante.
L'état est décrit en 1933 par le service des mines (AD Hérault, 5 M 556). Le captage consiste alors en une canalisation souterraine en poterie vernie, qui alimente trois buvettes extérieures. L'excédent des eaux se déverse dans un petit réservoir couvert d'où elles sont conduites à une salle d'embouteillage. Les bouteilles y sont trempées dans des bassins en ciment, puis brossées et rincées. Le recommandation de la circulaire ministérielle du 9 août 1894 ne sont pas respectées : les bouteilles ne sont pas stérilisées et les capsules-bouchons ne sont ni purifiés, ni rincés. La source alimente l'établissement de bain située à 200 m au sud. L'excédent d'eau alimente une piscine de 54 m². L'établissement comporte un appareil à douches, 10 baignoires en fonte émaillée et une buvette. Le nombre de bouteilles expédiées est de l'ordre de 200 000 par an. Pendant la saison d'été 1932, l'établissement a été fréquenté par 170 personnes pour un total de 3 570 journées de cure.
Un nouvel établissement en 1964
La source communale est dotée d’un nouveau captage en 1950. Son débit est de 50m3 par heure. Elle est utilisée pour l’embouteillage et le thermalisme. Des locaux modernes ont été édifiés dans les années 1960 au-dessus des anciens thermes. Le nouvel établissement thermal est inauguré en 1964. Durant la saison, du 1er avril au 30 novembre, 800 personnes pouvaient être accueillies. Les cures médicales prescrites concernent les troubles digestifs et les problèmes de surcharge pondérale. Les soins sont de deux sortes : des soins internes avec cures d’eau de boisson et soins externes sous forme de jets, de bains, massages sous l’eau, sauna… Le Centre propose également des soins de remise en forme avec des modelages amincissants, des massages relaxants, et de la réflexologie plantaire. Une infirmière et trois esthéticiennes sont à l’écoute des curistes afin que ceux-ci puissent profiter au mieux de leur séjour. L’activité thermale cesse au milieu des années 2000 et une usine de limonade s’y installe un temps. Aujourd’hui, l’établissement est fermé, mais le parc est ouvert au public. L’eau n’est plus mise en bouteille, mais la piscine accueille des baigneurs en saison, et les locaux peuvent profiter de l’eau d’Alet au lavoir communal.