Résumé : Construction à la fin du 11e ou au début du 12e de la partie ouest de la nef ; au 12e siècle construction du portail et du chevet ; au 14e, démolition du chevet roman et agrandissement de la nef à l'est, construction d'un nouveau chevet et du clocher, ensemble de l'église inscrite en 1937, nef romane classée en 1962.
Historique : Le lieu de Salses ("Salices") est mentionné dès 799 dans le cartulaire d'Aniane et la paroisse Sainte-Marie de Salses en 1082 dans un lefs d'un moine de Gellone, don rappelé dans le testament de l'abbé Guilhem, en 1122. Cette paroisse figure aussi dans des actes en faveur du monastère de Gellone, en 1100, 1102 et 1116 ; située dans le diocèse de Lodève, elle fournissait à l'évêque, en 1236, un revenu de dix sètiers de blé et autant de paumelle ; les dîmes étaient indivises entre l'évêque et le chapitre, en 1251.
L'évêque possédait aussi divers biens et domaines sur ce territoire, et, contre les reconnaissances reçues de Berenger du Doulié, l'évêque Pierre attribuait à ce dernier et à son frère, en 1225, un fief-bénéfice.
En 1280, le curé Jean Grimai, las de l'oppression des seigneurs de Saint-Privat, donna à l'évêque tous ses droits de juridiction, haute et moyenne justice, sur le lieu de Salses, avec la moitié des biens propres à l'église ; en. 1295, l'évêque Gaucelin compléta son emprise temporelle en rachetant du roi la moitié des Cens, qui revenaient à Saint-Louis depuis 1269.
En 1325 enfin, l'évêque Hernard de la Guinnie institua dans sa cathédrale un archiprêtré et unit à ce bénéfice l'église paroissiale de Salses. Ce fut l'apogée du domaine épiscopal de Salses, dont l'effritement commença en 1577 par la vente de la juridiction à Jacques de Fos.
Telles sont les données historiques très fragmentaires que l'on pos8èdë sur cette église ; il semble toutefois s'en dégager la conclusion que l'histoire de cette ancienne paroisse n'est pas aussi indissolublement liée à celle du monastère de Gellone que semblent le suggérer les brèves notices consacrées à l'édifice.
Il n'y aurait donc pas lieu d'attribuer trop d'importance aux dates de 1082, 1100, 1122, rapportées ci-dessus, sinon pour admettre qu'il existait alors une église paroissiale Notre-Dame, dont rien n'indique que Gellone ait jamais perçu les dîmes.
On serait plus fondé à rapprocher l'union au nouvel archiprêtré de Lodève, en 1325 de l'église de Salses, et l'importante campagne d'agrandissement de l'édifice, dont la première travée élargie unilatéralement, prolongée par un choeur accosté de chapelles et par un vaste chevet, traduit les résultats d'une campagne homogène du XlVe siècle.
La nef romane étroite est décorée extérieurement d'arcatures "lombardes" sur lésennes et présente, à l'intérieur, des arcs de décharge longitudinaux ; les arcatures ne sont pas du type primitif connu, à claveaux distincts, mais partent de claveaux communs, à un degré d'évolution très avancé vers le type final à Linteau échancré. Cette partie de l'édifioe ne semble donc pas pouvoir dater da milieu du 11esiècle, comme le propose M. de Dainville, mais de la fin de ce même siècle, même en se référant aux arcatures de Saint-Guilhem, qui sont à claveaux distincts.
Une fenêtre primitive, au sud de la nef, a été partiellement obturée ; M. de Dainville estime que ce fut par la construction de la voûte. Un exament plus attentif montre que cette baie ne pouvait être masquée, ni par la voûte, ni même par l'arc longitudinal intérieur qui supporte la retombée du doubleau. Il est plus simple d'admettre que cette fenêtre ne fut sacrifiée que lors de la construction du portail décoré, fruit d'une campagne nettement plus tardive.
Si ces prémisses sont admises, une importante difficulté se trouve résolue dans la chronologie de l'édifice ; les piliers engagés intérieurs, que M. de Dainville lui-même n'hésite pas à rapporter à la première campagne, retrouvent leur destination qui était, avec les arcs longitudinaux intérieurs, de supporter les arcs doubleaux du berceau, or, l'un des doubleaux repose sur les clefs en console des arcs longitudinaux de la travée de fond.
En résumé, il semblerait possible de réduire à deux campagnes plutôt qu'à trois, la chronologie de l'édifice roman : la première, peut-être de quelque durée, débutant vers la fin du 11e siècle : nef, lésennes et arcatures extérieures, arcs et piliers intérieurs, avec leurs chapiteaux sobrement sculptés ; campagne terminée par l'éxécution des voûtes. La deuxième campagne, probablement entreprise pour porter remède à des mouvements inquiétants, comporte la construction de massifs contreforts extérieurs, plaqués sans liaison contre les murs ou les lésennes ; la réfection du mur occidental, décoré d'une jolie fenêtre à colonnettes ; et enfin la construction de portail, venant à masquer une partie d'une fenêtre primitive. Comme un doubleau reposait assez témérairement, à l'aplomb de cette baie, il en était résulté une lézarde et une amorce de décollement, justifiant à la fois le muraillement intérieur de l'ouverture et la surépaisseur donnée à l'avant-porte ; même la bande lombarde, disjointe, dut recevoir alors une réfection. L'ensemble de cette campagne peut être située au 12e siècle.
D'après le. paragraphe précédent, il n'y aurait pas à séparer, dans le temps, l'exécution du portail de celle de la fenêtre occidentale, ces deux baies étant semblablement décorées de boudins sur colonnettes.
Mais si, à la suite de nouvelles recherches, il était démontré que le voûtement de la nef devait être attribué à une campagne intermédiaire distincte, postérieure à l'ornementation extérieure d'arcatures, alors il conviendrait d'y rattacher aussi les piliers engagés, avec leurs chapiteaux sculptés, et aussi les arcs intérieurs, tout au moins ceux de la travée de fond ; les raccordements des assises et l'appareil ne semblent pas s'accorder avec une semblable hypothèse, laquelle, pour cette raison précise, n'a pas été retenue.
Une troisième oampagne, gothique, prend place vraisemblablement au 14e siècle et pourrait être contemporaine de l'union de la paroisse à l'archiprêtré de Lodève, c'est-à-dire de 1325. Le choeur a été alors élargi de trois mètres vers le nord, avec conservatipn de l'alignement du mur sud. Le désaxement qui en résulte paraît avoir été motivé par un souci d'économie, ce qui supposerait que le mur méridional du choeur serait, au moins en partie, l'ancien mur roman. L'enduit intérieur et le plaquage extérieur de diverses constructions privées ne permettent pas de s'en assurer ; mais, dans cettte hypothèse, il n'est pas exclu que le clocher lui-même, situé également au sud, ne soit roman dans ses parties basses.
Ce choeur gothique comprend :
- une partie de nef, longue de 8m,40, voûtée en berceau brisé et divisée en deux travées par un doubleau sur consoles, ajouté, semble-t-il, à une époque plus récente;
- deux chapelles accostant la première travée, l'une au nord et l'autre au sud, celle-ci à la base du clocher ; les voûtements et arcades de ces chapelles sont du 14e siècle, ainsi que les sculptures qui les décorent ;
- un grand chevet à sept pans, percé de trois grandes fenêtres et orné intérieurement de fines colonnettes à chapiteaux sculptés ; la voûte en a été reprise à une époque récente et sensiblement abaissée en sorte que les hauts de fenêtres ont été tronqués ;
- un grand clocher carré (sur la chapelle sud) et sa tourelle extérieure polygonale contenant un escalier en vis.
La face nord du clocher montre, au-dessus des toitures du choeur adjacent, une grande arcade aveugle en arc brisé, s'élevant environ deux fois plus haut que l'arcade de la chapelle de base.
Il semblerait donc qu'une chapelle haute, formant tribune au-dessus de la chapelle inférieure, ait initialement été prévue, sinon exécutée, ce qui aurait supposé une surélévation considérable de la travée proche du sanctuaire, laquelle aurait alors forme un véritable transept.
Cette disposition aurait évidemment exigé un voûtement sur croisées d'ogives et il semble bien qu'il y ait eu au moins un début d'exécution, puisque le mur nord du clocher et son prolongement fermant la tourelle, portent des traces distinctes d'arrachements, aussi bien aux bords extérieurs de l'arcade aveugle que vers l'est, où paraît s'amorcer une arcade adjacente.
Rien de semblable n'est visible du côté nord, où la chapelle d'exécution modeste, n'atteint même pas le haut des contreforts qui l'encadrent. Il semble donc que le projet d'un choeur gothique très élevé, comportant transept à tribunes, n'ait reçu qu'un début d'exécution, puisqu'en définitive une voûte aveugle en berceau brisé a été édifiée, au départ du sommet des aroades inférieures.
Quant aux apports modernes, ils intéressent surtout les voûtements : deux arcs doubleaux ont été tendus sous le berceau brisé gothique et s'appuient sur des consoles moulurées.